DELVAILLE Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle [veuve PINÈDE]

Par Dominique Tantin, Michel Thébault, Isabel Val Viga

Née le 27 novembre 1877 à Bayonne (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), massacrée le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; sans profession ; victime civile.

Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle Delvaille
Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle Delvaille
crédit : MémorialGenWeb

Née à Bayonne, quartier Saint-Esprit, dans la maison Doubrère, rue du Moulin, Gabrielle (prénom d’usage) Delvaille était la fille de Samuel Lucien (12 janvier 1855 et décédé le 23 juillet 1935, à Bayonne), commis négociant, et de son épouse Judith Désirée Fernande née Léon (née le 14 juillet 1859, à Bayonne). Ses parents s’étaient mariés le 12 février 1877 à Bayonne.
Le 26 février 1896 à Bayonne, elle épousa Jacob Émile Pinède (né le 24 juin 1862, à Oloron-Sainte-Marie, Pyrénées-Atlantiques et décédé avant 1940), employé de commerce, domicilié avec sa mère à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques). De cette union naquirent deux enfants, Miriam Léontine Louise (née le 29 juin 1897) épouse d’Albert Levinson, et Isaac Robert* (né le 24 juillet 1899), époux d’Yvonne Carmen Silva*, parents de Jacqueline, Francine, André, nés tous les deux à Oloron-Sainte-Marie.
Au début des années 40, devenue veuve, elle vivait chez son fils, Robert, industriel de la mégisserie à Bayonne domiciliée au 9, boulevard Alsace Lorraine, quartier Saint-Esprit.
Début 1943, les autorités allemandes décidèrent l’expulsion de tous les juifs des départements côtiers. Robert Pinède, représentant de l’UGIF pour la région de Bayonne, parvint en avril - mai 1943 à négocier avec la Kommandatur locale et avec l’aide du maire de Bayonne, les conditions d’évacuation de la communauté bayonnaise vers l’ancienne zone libre (Bayonne fut ainsi une des seules villes de France à autoriser les juifs à partir librement). Tandis que de nombreuses familles juives gagnaient la région de Pau (dans la partie du département en ex zone-libre), Robert Pinède utilisant ses liens avec les établissements de mégisserie de Saint-Junien (Haute-Vienne), gagna le Limousin avec toute sa famille, et sa mère Gabrielle Pinède.
Les six membres de la famille Pinède trouvèrent à s’installer à Oradour-sur-Glane, en mai 1943.
Ses petits-enfants échappèrent au massacre, ayant pu se cacher.
« 10 juin 1944, vers 14 heures — Nous avons depuis peu terminé notre repas ; et nous achevons de ’’faire la vaisselle’’. Soudain, nous entendons monter une colonne allemande. Papa aperçoit bientôt une auto-mitrailleuse, non loin de nôtre maison. Comme nous sommes juifs, il pense ’’qu’on vient le chercher’’, pour l’appréhender et l’emmener... Ma sœur Francine, mon petit frère André et moi, nous nous cachons sous un escalier qui donne accès au jardin. Et nous restons là, serrés l’un contre l’autre. Longtemps. Durant plusieurs heures. A maintes reprises, nous entendons des soldats qui montent et descendent ledit escalier... Nous ne comprenons pas ce qui se passe vraiment à l’intérieur et à l’extérieur de la maison. Vers 18 heures 30, nous sommes toujours là, immobiles et muets, terrés dans notre cachette. C’est alors que nous parvient le crépitement caractéristique du feu. Le feu... Il est ici, et partout, alentour. Nous nous décidons à abandonner notre cachette. Le plus naturellement, le plus calmement possible, nous traversons le pré voisin. De nombreux bruits de tirs d’armes nous parviennent. Chemin faisant, nous rencontrons trois soldats allemands. Nous leur parlons ; du moins, nous essayons de nous faire comprendre... L’un d’eux nous fait signe du bras, qui signifie : ’’Partez ! Partez !’’. Nous ne nous rendons toujours compte de rien. Nous passons devant le cimetière. En vérité, nous errons. Nous marchons ainsi jusqu’au soir. Vers 21 heures 30, nous arrivons au château de la Martinières. Là, nous constatons que les gens se préparent, avec une certaine hâte, à évacuer le lieu. Cependant, ils prennent le temps de nous apporter un peu de réconfort, et de nous offrir à manger ; alors que de partout, aux environs, les tirs se multiplient. Et soudain, voici qu’arrive Robert Hébras ; il est couvert de brûlures, et en sang. Il a des balles dans le corps. Il nous raconte la terrible épreuve que lui et ses compagnons viennent de vivre, dans la grange Laudy... A cette heure, Oradour est en flammes. Tous ici, pétrifiés, angoissés et impuissants, nous le constatons en effet de visu. Nus demeurons ainsi, ensemble, à discuter, jusqu’au lever du jour. Ma sœur, mon frère et moi, nous ignorons où se trouvent, maintenant, nos parents ; nous sommes affreusement inquiets. Robert Hébras nous propose : ’’Venez donc avec moi, chez ma sœur et mon beau-frère André’’. Nous partons. A travers champs et prés, nos parcourons, à pied, plusieurs kilomètres. Nous arrivons enfin au Pouyol, donc, chez la sœur de Robert. C’est là que nous retrouvons ’’tous les rescapés, les jeunes’’. Céans, nous passons, ensemble, plusieurs jours. Mais chacun de nous reste en alerte permanente... Ma sœur, mon frère et moi, nous sommes recueillis par des cousins. Et finalement, nous resterons à Oradour jusqu’au 25 septembre 1944. En ce jour de juin 1944, j’ai tout perdu... Tout. »
Elle fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich et brûlée dans l’église avec sa belle-fille et l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane. Son fils fut mitraillé puis brûlé dans la grange Beaulieu dans laquelle des hommes furent massacrés, son corps fut identifié.
Sarah Delvaille obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane, et sur le monument aux morts de Bayonne.
Il existe à Bayonne, un Chemin Pinède « Souvenir des martyrs d’Oradour-sur-Glane ».
Sa petite-fille Jacqueline sera témoin au procès de Bordeaux de 1953.
De retour à Bayonne, ils s’installèrent avec leur grande tante dans l’appartement de leurs parents. Jacqueline épousera en 1945, son fiancé Mr Claverie, lors de son retour du STO et Francine, trois mois après sa sœur avec un Américain Herbert Harwood. Cette dernière part alors vivre aux États-Unis où elle décède le 26 janvier 1966, la même semaine que le mari de Jacqueline. Celle-ci part à son tour aux États-Unis, mais ne s’y sentant pas bien revient rapidement en France s’occuper de son frère jusqu’à son décès le 18 février 1992 à Bayonne. Jacqueline décède le 14 février 2017 à Jurançon, inhumée à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).
Voir Oradour-sur-Glane

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article189068, notice DELVAILLE Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle [veuve PINÈDE] par Dominique Tantin, Michel Thébault, Isabel Val Viga, version mise en ligne le 29 janvier 2017, dernière modification le 20 décembre 2020.

Par Dominique Tantin, Michel Thébault, Isabel Val Viga

Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle Delvaille
Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle Delvaille
crédit : MémorialGenWeb
plaque des réfugiés Juifs, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque des réfugiés Juifs, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
plaque famille Pinède, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Pinède, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
Chemin Pinède, à Bayonne
Chemin Pinède, à Bayonne
source : Bayonne

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil des Pyrénées-Atlantiques, actes de naissances, mariages, décès, registre de matricule militaire. — Jean Crouzet, Loges et Francs-Maçons Côte basque et Bas-Adour (1740-1940), Ed. Atlantica. — Site internet Retour vers les Basses-Pyrénées, Partage d’archives publiques et privées liées au département des Basses-Pyrénées, 1790-1969. — Série Destin Isaac Robert Pinède, Centre de Mémoire, Oradour-sur-Glane. — Louys Riclafe et Henri Demay, Paroles de miraculés, témoignage de Jacqueline Pinède, éditions L’Harmattan (p98 à 100).

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