VACHER Roland

Par Pierre Vandevoorde

Né le 13 décembre 1930 à Amfreville-sur-Iton (Eure) ; technicien ; syndicaliste CFTC puis CGT ; militant trotskyste de Vernon (Eure) puis de l’entreprise Alsthom de Saint-Ouen (Seine- Seine-Saint-Denis) ; membre du bureau politique du PCI, membre du PSU puis de la LCR.

Roland Vacher grandit à la cité Nathan Meyer, quartier très pauvre de Saint-Marcel (commune attenante à Vernon) où habitaient beaucoup d’Italiens. À treize ans, il organisait des bals populaires dans une usine incendiée par les occupants avant leur retraite. Son père était responsable des FFI, son oncle maternel, Athos Lisa, fut membre du Comité central du PCItalien, en prison avec Gramsci. Confronté au racisme et à l’injustice, il fut attiré par les mouvements sociaux chrétiens.
En 1950, il entra au LRBA à Vernon comme technicien radio autodidacte. Il milita à la CFTC, au courant « Reconstruction » et fut bientôt membre de la Commission administrative départementale. En 1953, il rejoignit au PCI (Parti communiste internationaliste) Camille Januel, et passa à la CGT, emmenant avec lui un certain nombre de techniciens. Pour expliquer sa rupture, il donna à ses camarades de l’UD-CFTC des explications qui ne suscitèrent qu’une incompréhension étonnée (« la guerre qui vient » et « la nécessité de défendre l’URSS », selon les thèses de Michel Pablo et de la direction de la IVe Internationale d’alors). Au LRBA, l’appartenance politique de Januel et Vacher reste ignorée de tous.
La situation changea en 1956, après le vote des pouvoirs spéciaux par le PCF, avec l’adhésion collective de six ouvriers qualifiés, parmi lesquels Jack Houdet*, Louis Fontaine* et Jean Boquet*. La cellule de Vernon du PCI développa dès lors une activité sur tous les terrains. Vacher en devint la cheville ouvrière, tandis que Januel se mit progressivement en retrait. Il le remplaça au Comité central et consacra beaucoup de temps et d’énergie au mouvement « Jeune Résistance » qui militait pour l’insoumission et organisait l’aide aux déserteurs.
Le coup d’État de De Gaulle marqua une inflexion qui se fait sentir dans l’entreprise aussi. Vachern Januel et Boquet subissent des mesures d’isolement, sans réaction collective. Mais dans le même temps, le rayon d’action de la cellule s’étendit à la vallée de la Seine, de Mantes à Rouen.
Devenu en plus membre du BP, Roland Vacher ne consacrait guère de temps à sa femme et à son garçon, et les relations étaient tendues. La cellule « vallée de Seine » cessa de fonctionner après la fin de la guerre d’Algérie.
En 1962, la cellule de Vernon demanda son adhésion collective au PCF qui refusa. Ils entrèrent alors au PSU, où ils rejoignirent la tendance « socialiste révolutionnaire » (SR), dans laquelle se reconnaît vite la quinzaine de membres de la section de Vernon. Elle est animée nationalement entre autres par des membres du PCI comme Michel Lequenne et d’anciens trotskystes comme Marcel Pennetier qui suivait particulièrement Vernon. Ils y restèrent jusqu’en 1964.
La fin de la guerre d’Algérie ouvrit une nouvelle période marquée par des difficultés croissantes. C’est la crise au PCI avec ceux qui pensent qu’Alger devient le centre de la révolution mondiale. Roland Vacher vécut mal ces tensions très vives, qui se répercutèrent localement. Il bascula dans une dépression profonde dont il mit plusieurs années à se remettre. Il partit en 1964 à Briançon pour se soigner sur décision du médecin du travail de l’entreprise, démissionna du PCI et quitta le LRBA et Vernon pour la région parisienne en 1965 ; Il travailla dans diverses entreprises et reprit une formation professionnelle. Devenu ingénieur avant d’entrer comme dessinateur à l’Alsthom de Saint Ouen, il renoua avec l’action militante en 1968 dans les rangs de la Ligue Communiste. La cellule Alsthom développa une intense activité, gagna des militants, créa un groupe sympathisant. « Taupe rouge », mais se heurta à l’appareil de la CGT, ce qui valut à Roland et à un autre camarade d’en être exclu en octobre 1972 à la veille d’une vague de licenciements. Après la fermeture de la Delle-Alsthom fin 1972, il fut intérimaire pendant dix ans dans toute la banlieue « rouge » comme câbleur, ajusteur et OS. Il devint ensuite « permanent technique » à la fédération de Paris de la Ligue. En 1988, après la campagne présidentielle autour de Pierre Juquin, il fut avec Michel Lequenne* de la minorité qui voulait continuer dans cette voie, se solidarisa avec lui lors de son départ et collabora toujours étroitement avec lui. Partisan du Front de gauche en 2012, il soutient la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon en 2017.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article189099, notice VACHER Roland par Pierre Vandevoorde, version mise en ligne le 30 janvier 2017, dernière modification le 30 janvier 2017.

Par Pierre Vandevoorde

SOURCES : Sylvain Pattieu, Les camarades des frères. Trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie. Syllepse, Paris, 2002. – Pierre Vandevoorde, « 1950 et après : Trois décennies d’activités trotskystes à Vernon (Eure) et au Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques (LRBA) », 2015 http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39874 - Les cahiers du crabe n°2, « L’intervention de la Ligue Communiste à Alsthom Saint Ouen 1968-1972 ».

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