POULY Léon, Paul

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 3 novembre 1915 à Lyon (VIe arr.), exécuté en représailles le 10 janvier 1944 à l’École du Service de santé militaire à Lyon (Rhône) ; cantinier ou employé de commerce

Léon Pouly était le fils de Claude Pouly et de Marguerite Joséphine Vacher. Il avait un frère, Claude Georges, né en 1909 à Salles (Rhône). Son père fut successivement notaire à Salles puis assureur, employé et manœuvre à Lyon (Rhône). Léon Pouly vécut avec sa famille au 19 cours Lafayette (Lyon, Vie arr.). En 1936, il exerçait la profession d’imprimeur.
Le 27 avril 1936, Léon Pouly s’engagea pour cinq ans dans l’armée française à l’intendance de Lons-le-Saunier (Jura). Le 1er mai 1936, il embarqua à Marseille et arriva au Maroc le 4 mai. Il fut affecté à la base aérienne 137. Le 27 décembre 1936, il fut incorporé dans la 2e compagnie de l’air. Il fut nommé caporal le 1er février 1937. Détaché au 1er régiment de zouaves à Casablanca le 20 février 1937, il fut affecté par voie de changement de corps au 602e groupe d’infanterie de l’air. Le 24 mai 1937, il passa à la base aérienne 201 située en Algérie puis, le 30 août 1938, au bataillon de l’air 203. Il fut promu caporal chef le 15 septembre 1938 et sergent le 1er janvier 1939. A sa demande, il quitta l’Algérie le 3 juin 1939 pour intégrer la base aérienne de Lyon. C’est à ce poste qu’il fit la guerre en 1939 et 1940. Le 1er janvier 1941, il fut placé en congé d’armistice sans emploi. Arrivé en fin de contrat le 24 avril 1941, il fut rayé des contrôles de l’armée active. Le 27 novembre 1942, il fut démobilisé par le centre administratif d’Orange (Vaucluse).
En 1943, Léon Pouly demeurait à Narbonne (Aude), 2 ou 3 rue de Blida. Il était marié et exerçait la profession de cantinier ou d’employé de commerce.
Soupçonné d’activité communiste et de vol au préjudice de la Wehrmacht, Léon Pouly fut arrêté le 25 novembre 1943 à Lyon et incarcéré à la prison de Montluc.
Le 10 janvier 1944, à 14h15, 4 quai Saint-Clair (quai André Lassagne, Lyon, Ier arr.), à hauteur du tunnel de la Croix-Rousse, sept résistants tirèrent sur trois soldats allemands à bicyclette et prirent la fuite. Deux soldats furent mortellement touchés et le troisième, grièvement blessé, décéda peu après. Des barrages furent aussitôt établis par les Allemands. Des personnes furent arrêtées dans le quartier et conduites à la prison de Montluc.
Vers 19 heures, Léon Pouly et vingt-et-un autres détenus (parmi lesquels des hommes raflés après l’attentat) furent extraits de la prison. Ils furent conduits dans les caves de l’École du Service de santé militaire, siège de la Gestapo, avenue Berthelot (Lyon, VIIe arr.), puis ils furent exécutés. Le lendemain vers 6 heures du matin, les inspecteurs du Service de l’identité judiciaire furent chargés de transporter les cadavres à l’Institut médico-légal. Ils découvrirent l’une des victimes assise dans un fauteuil.
Dans une lettre du 22 janvier 1944, le préfet régional Angeli écrivit : « les chefs de la Police allemande […] m’ont fait connaître que les détenus auraient essayé de s’enfuir par une porte laissée ouverte après avoir tenté de désarmer le gardien. Celui-ci aurait appelé au secours. D’autres seraient venus qui auraient fauché les vingt-deux victimes à coup de mitraillettes ». Le préfet ne fut pas dupe. Il ajouta : « L’opinion considère que les autorités d’occupation ont usé en la circonstance de représailles à la suite d’un attentat qui la veille avait coûté la mort dans les rues de Lyon à deux soldats allemands. Quoi qu’il en soit, cette affaire a provoqué une émotion profonde. L’Officier de la police allemande qui m’a reçu ainsi que le Maire de Lyon m’a exprimé ses regrets en disant c’est la guerre ».
Le corps de Léon Pouly fut identifié par sa famille.
Soupçonné de détention illégale d’armes, son frère, Claude Pouly, fut arrêté le 17 novembre 1943 à Lyon. Il fut interné à Montluc. Malade de la diphtérie, il fut transféré à l’hôpital de la Croix-Rousse (Lyon) où il décéda le 29 décembre 1943.


Lyon, Avenue Berthelot (10 janvier 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article189128, notice POULY Léon, Paul par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 31 janvier 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : AD Rhône, 3335W22, 3335W6, 3335W5, 182W269, 31J157, 3460W4, 1RP3069, 6MP580, 6MP627, 6MP673, 6MP722, 6MP554.— Bruno Permezel, Victimes de l’Occupation à Lyon et alentour, 81 monuments 11 parcours, 2001.— Onac du Rhône, Les Fusillés de l’avenue Berthelot, 24 novembre 1943, 2008.— Paul Garcin, Interdit par la censure : 1942-1944, 1944.— Raymond Léculier, Alice Joly, A Montluc, prisonnier de la Gestapo, souvenirs de Raymond Léculier, 25 novembre 1943 – 25 août 1944, 2006.— Notes de Jacques Chauvet.

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