VILLEGER Claude, Henri

Par Michel Thébault, Isabel Val Viga

Né le 28 octobre 1928 à Bussière-Boffy (Haute-Vienne), massacré le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; ouvrier agricole ; victime civile.

plaque famille Villéger, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Villéger, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga

Claude Villéger était le fils de Jean-Baptiste* (né le 5 février 1902, à Bussière-Boffy), colon, et de son épouse Marguerite née Ollivier (née le 21 novembre 1902, à Lorigné, Deux-Sèvres). Ses parents s’étaient mariés le 20 juillet 1926 à Bussière-Boffy.
Il était le deuxième d’une fratrie de sept enfants, Guy Léopold* (né le 8 juillet 1927, à Chamborand, Creuse), Renée Marie Madeleine (née le 23 avril 1930, à Aixe-sur-Vienne), André* (né le 16 février 1933, à Saint-Brice-sur-Vienne), Odette Marie Thérèse (née le 27 novembre 1934, à Oradour-sur-Glane), Armand Joseph* (né le 27 mai 1938, à Oradour-sur-Glane), Hélène (née le 1er avril 1942, à Oradour-sur-Glane).
Son père exerçait la profession d’agriculteur, mentionné plus précisément comme colon (exploitant d’une terre pour une durée déterminée, concédée par un propriétaire avec qui il doit partager les fruits de l’exploitation). Vraisemblablement du fait des changements de baux, la famille changea à plusieurs reprises de lieu de résidence.
Au recensement de 1936, la famille était domiciliée à La Maillerie à Oradour-sur-Glane.
En 1944, la famille était domiciliée à la ferme de Masset à l’entrée du village à Oradour-sur-Glane, ils avaient accueillis pour l’été le fils de leur ami, Serge Lévignac*, réfugié d’Avignon, considérant Oradour plus sûre. C’est dans cette ferme que le commandant SS Adolf Diekmann et ses soldats du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich installa le 10 juin 1944 en début d’après-midi, son poste de commandement et de contrôle.
Sa mère et ses sœurs échappèrent au massacre, ayant pu s’enfuir à l’arrivé des Allemands.
« La famille Villéger habite Masset, une ferme située à huit cents mètres du Bourg, séparée de la rivière, la Glane, par une grande prairie, face aux Brégères. Deux grands garçons, Guy* et Henri, sont partis dès le matin, avec une paire de bœufs attelés à une charrette, pour se rendre à Bournet, de l’autre côté du Bourg, vers Le Repaire. Ils doivent couper des herbes sèches pour faire la litière des animaux, et ils ont aussi prévu de ramener un chargement de fagots. Ils emportent un repas froid, car ils rentreront dans l’après-midi. Leur camarade Serge* les accompagne. Il habite Avignon, mais son père, considérant la campagne limousine comme plus sûre, en cas d’événements, que la ville d’Avignon, a confié son fils, pour l’été, à son ami Jean Villéger. Charles, le jeune frère de Serge, est lui-même hébergé au Bourg. Vers onze heures, Jean Villéger, conduisant un second attelage, destiné celui-ci à contenir la litière, part pour rejoindre les trois jeunes gens. Deux autres garçons, André* et Armand*, sont à l’école à Oradour. La maman, Marguerite, et ses trois filles, sont à la maison : Odette n’est pas à l’école avec ses frères à cause d’un problème aux yeux, Hélène, la toute dernière, dort paisiblement dans son petit lit.
Vers quatorze heures, Renée, aînée des filles, est sur le pas de la porte. Elle voit des soldats qui montent vers la ferme par le pré, après avoir traversé la Glane sur un tronc d’arbre faisant office de passerelle. Très surprise, elle pense à des gars du maquis qui viendraient se ravitailler à la ferme. On a entendu dire que certains se rendaient ainsi chez les agriculteurs quand ils manquaient de vivres. Mais, bientôt, elle réalise que ce sont des Allemands. Brusquement, l’un d’eux met un genou à terre et pointe son fusil dans sa direction. Prise de panique, elle appelle sa mère : ’’Maman, c’est les Boches ! Ils vont nous tuer ! Lève vite ta sœur, réagit la mère. Prends ton sac à main, dit Renée. La maman ne retrouve pas son sac, elle n’a pas le temps. Vote, Renée, sa petite sœur dans les bras, la maman, suivie par Odette flanquée de son petit chien, sortent par une porte à l’arrière de la maison. Elles gagnent un petit champ séparé de la ferme par un mur, le coudert. Les SS sont déjà dans la maison. On les entend fouiller partout, recherchant les habitants. Heureusement, le coudert est couvert de broussailles et de grands genêts. A l’endroit le plus touffu, elles se blottissent avec le petit chien, les unes contre les autres, et restent immobiles. »

« Marguerite Villéger et ses filles sont toujours blotties dans les broussailles. Le temps passe, puis une fusillade nourrie éclate ; les balles crépitent contre le mur de clôture. ’’Surtout ne criez pas. Si vous êtes touchées, ne pleurez pas’’, recommande la maman. On entend aussi de fortes explosions. Vers le soir, des flammes apparaissent. La ferme brûle, on sent la fumée. Les SS sont tout près, ils peuvent les découvrir, mais le chien n’aboie pas, les enfants ne pleurent pas. Mue par l’instinct de survie, chacune retient sa respiration. A la tombée de la nuit, les gens du tramway, que les SS conduisent vers la route des Bordes, voient les soudards qui ripaillent. Une table garnie de victuailles a été sortie dans la cour. Ils ont de quoi se régaler : la famille Villéger avait tué et débité un cochon deux jours plus tôt. Les quatre fugitives entendent les tueurs chanter et plaisanter. Elles sont toujours tapies au même endroit. De temps en temps, elles bougent un peu leurs membres engourdis. La nuit est interminable. Bien qu’il ne fasse pas froid, elles grelottent par moment. Enfin, une clarté laiteuse annonce le jour. On n’entend plus les tueurs ; ils sont partis, mais aucune n’ose encore bouger. Renée, qui se conduit en maman avec sa petite sœur, se hasarde à sortir ; il faut absolument du lait pour Hélène. La maison est entièrement détruite. Il n’y a rien à récupérer, ni objet, ni nourriture. Le eu n’est pas encore éteint. Comme dans les autres fermes, avant de mettre le feu, ils ont libéré les vaches qui se trouvaient à l’étable, et fait sortir les cochons. Seul, un gros chien de berger sera trouvé mort dans la cour. Une étable, par extraordinaire, n’a pas brûlé, et une vache est rentrée. Renée s’approche, la trait et récupère ainsi un peu de lait, qu’elle s’empresse de faire boire à la petite fille. A coté, il y a une cabane, occupée à l’occasion par un ramoneur. A l’intérieur, Renée trouve un morceau de pain dur. Il faudra s’en contenter. Bientôt, elle entend des pas sur la route. Effrayés, elle se cache dans un carré de choux campaliers. Elle est soulagée en entendant parler français, et même patois. Elle s’approche : ce sont des habitants des Bordes, le village le plus proche. Ils reviennent d’Oradour où ils ont découvert les cadavres calcinés : ’’Tous les gens sont morts. Ils ont tué tout le monde, ma pauvre petite, même les femmes et les enfants.’’ Renée rejoint sa maman et ses sœurs, mais n’ose pas leur annoncer l’horrible nouvelle ; elles sortent de leur cachette, et se rendent dans un taillis proche, où elles peuvent détendre leurs bras et leurs jambes endoloris. Un peu plus tard, Mr Javelaud, un ami, averti de leur présence, vient les chercher et les conduit chez lui, au moulin des Bordes, où il les hébergera pendant un mois. (...) »
Il fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich, mitraillé puis brûlé avec son père et son frère Guy Léopold dans l’une des six granges dans lesquelles les hommes furent massacrés. Ses frères André et Armand Joseph furent brûlés dans l’église avec l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane.
Claude Villégier obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane.
Sa sœur Renée Marie Madeleine, sera une habitante du village provisoire, servante de la famille Émile Blancher et son épouse Marie née Barrière. Elle épousera le 7 juin 1947 à Oradour-sur-Glane, Jean Roger Maneuf (né le 18 juin 1922, à Oradour-sur-Glane et décédé le 16 décembre 1995, à Saint-Junien).
Sa sœur Odette Marie Thérèse épousera le 13 octobre 1953 à Saint-Pellerin (Eure-et-Loir), Max Georges Joseph Mauger (né le7 novembre 1931, à Le Havre, Seine-Maritime et décédé le 7 juillet 1972, en Allemagne).
Sa sœur Hélène épousera Jean Claude Simonet.
Sa mère décède le 1er octobre 1993 à Saint-Junien.
Voir Oradour-sur-Glane

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article189871, notice VILLEGER Claude, Henri par Michel Thébault, Isabel Val Viga, version mise en ligne le 23 février 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault, Isabel Val Viga

plaque famille Villéger, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Villéger, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil de la Haute-Vienne, actes de naissances, mariages, décès, recensements. — Albert Valade, Oradour, 10 juin 1944, la page de catéchisme, éditions de la Veytizou sarl (p55-57, p77-78).

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