BOIS Louis, Jacques

Par Jacques Girault

Né le 3 juin 1897 à Montauban (Tarn-et-Garonne), mort le 4 août 1986 à Clamart (Hauts-de-Seine) ; professeur ; militant pacifiste.

Cinquième enfant d’Henri Bois (1862-1924), professeur à la faculté de théologie protestante de Montauban qui disparut au bénéfice de celle de Montpellier (Hérault) dont il présida l’ouverture en janvier 1920, en engageant la nouvelle faculté à associer méthodiquement recherche théologique et formation pastorale, Jacques Bois, élève du lycée de Montauban, bachelier dans l’académie de Montpellier, fut mobilisé dans l’infanterie en 1916 comme soldat de deuxième classe. Blessé à deux reprises, il fut démobilisé en 1919.

Inscrit à la Faculté des Lettres de Montpellier, Jacques Bois obtint la licence ès lettres en 1920 et le diplôme d’études supérieures (option Philosophie) en 1921. Admissible en 1922, il fut reçu à l’agrégation de Philosophie en 1923, premier de la section des démobilisés.

Jacques Bois se maria en septembre 1923 à Bosdarros (Basse-Pyrénées) avec Raymonde Sarthou (voir Raymonde Bois), fille d’un professeur, victime de la Grande Guerre, étudiante qui devint professeur agrégée de philosophie en 1929. Le couple eut trois enfants.

Jacques Bois commença à enseigner au collège de Blois (Loir-et-Cher) en octobre 1923, puis fut nommé en 1924 au lycée de Saint-Omer (Pas-de-Calais) avant d’obtenir la poste de professeur de philosophie au lycée de Moulins (Allier) à partir d’octobre 1926 avec un complément de service au lycée de jeunes filles de la ville alors que son épouse y enseignait les lettres.

Protestant progressiste, avec son épouse, proches du journal Évangile et Liberté et du pasteur pacifiste Henri Roser, Jacques Bois en 1930 commença à officier comme pasteur suppléant dans le cadre du temple local. Cette activité fut soulignée par l’Inspecteur d’Académie qui, dans son rapport, mentionnait les « remarques » que faisaient aussi bien les militants laïques que les milieux catholiques. Cette mise en garde correspondait à l’état d’esprit de ses rapports d’inspection qui soulignaient la mollesse de son attitude en dépit de l’intérêt de ses réflexions.

Jacques Bois et son épouse, agrégée en 1929, obtinrent deux chaires de philosophie dans les lycées de Cahors (Lot) à partir d’octobre 1931. Alors que son épouse réussissait au lycée de jeunes filles, il entra très vite en conflit avec des parents d’élèves qui lui reprochaient son manque de discipline et certains aspects de son enseignement. Ils firent pression sur l’administration pour obtenir sa mutation. Sa position fut fragilisée par la motion votée, en 1933, par le congrès du Syndicat national des instituteurs qui, au nom de la défense laïque, citait son cas. Le journal parisien Excelsior utilisa son cas pour mieux critiquer les enseignants. Pendant tout l’été de 1933, la direction de l’enseignement secondaire chercha une solution respectueuse de la légalité. Or Anatole de Monzie, maire de Cahors, était ministre de l’Éducation nationale. Le couple Bois, qui avait des enfants, refusa le déplacement vers Charleville (Ardennes) puis leur nomination dans deux villes différentes de l’Aisne. Finalement une solution se dégagea à Nantes, lui au lycée Clemenceau, elle au lycée Guist’hau.
Au lycée Clemenceau, les clivages politiques expliquèrent très vite les contestations contre le professeur de philosophie qui, dans une réponse à une enquête de la revue du mouvement Paix par le Droit, en février 1934, donnait son avis sur la crise du pacifisme. Son enseignement s’adressait aux classes de préparation aux écoles d’agro et de Saint-Cyr qui ne tardèrent pas à se dépeupler. Un père d’élève, officier, dénonça ses propos « antimilitaristes et antifrançais » tenus lors de la remise d’un devoir sur le progrès technique et la morale. Dans son corrigé, Bois avait pris l’exemple des canons qui pouvaient être une atteinte à la morale. Il s’en expliqua dans une longue lettre à l’inspection, où il indiqua que dans son compte rendu, il avait rappelé qu’au nom de la morale, il ne fallait pas condamner le progrès technique. Le professeur aurait aussi pris parti contre l’attitude d’un élève qui avait insulté un agent du lycée qui, à la demande du proviseur, effaçait une inscription à la craie « Vive La Rocque ». Une campagne de presse commença contre Jacques Bois ouverte par L’Action française, qui, le 19 décembre 1935, le qualifiait de « communiste ». Prétextant d’autres incidents et chahuts, la presse de droite locale et régionale livra des informations contre ce professeur. Par exemple « le citoyen Bois se contentait de distiller le venin bolcheviste, car c’est un communiste notoire » (Le Petit Nantais, 14 décembre 1935) ou rapportait des propos qu’aient tenus Bois comme « supprimer l’armée c’est supprimer la guerre » (La Province, 7 décembre 1935). Le proviseur, dans un premier temps, estima qu’il s’agissait d’un « objecteur de conscience », puis émit des avis hostiles allant des faibles résultats des lycéens au baccalauréat pour conclure sur la « dignité professionnelle et autorité compromise à Nantes ».

Alors que le contexte politique s’était modifié, se posait à l’administration la nécessité de respecter la légalité. Son épouse étant proposée pour entrer dans le cadre parisien, il demanda un poste double en région parisienne, soutenu par un inspecteur général qui finit par lui faire admettre d’être nommé à Beauvais (Oise) pour la rentrée d’octobre 1939 alors que son épouse obtenait sa mutation pour le lycée Fénelon à Paris.

Pendant cette période, le couple s’engagea dans les luttes antifascistes tout en restant pacifiste. Membres d’un syndicat des enseignants du secondaire, proches du Parti socialiste SFIO, ils furent actifs avec les milieux protestants soutiens de Front populaire tout en participant à certains formes de loisirs populaires au moment des vacances. Mobilisé en septembre 1939, il fut affecté spécial au lycée de Nantes.

Jacques Bois obtint un poste à partir d’octobre 1941 pour enseigner la philosophie au lycée Saint-Louis à Paris dans les classes scientifiques. Son service fut complété aux lycées Charlemagne puis Louis le Grand où il enseigna en classes terminales scientifiques et de préparatoires à l’école Centrale. Nommé directeur de stage d’agrégation de 1946 à 1951, ses rapports d’inspection, souvent élogieux, soulignaient toutefois son « manque de fermeté et de dynamisme ».

Habitant Sceaux (Seine/Hauts-de-Seine) où sa femme enseignait au lycée Marie Curie, Jacques Bois adhérait au Parti socialiste et comme son ami Edouard Depreux passa au Parti socialiste autonome puis au Parti socialiste unifié. Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire, signataire dans L’Université syndicaliste du 25 février 1948, de l’appel « Pour un Syndicalisme indépendant » préconisant l’affiliation du SNES à la CGT-FO, il adoptait une attitude réservée par rapport aux événements. Après avoir été détaché au Maroc au lycée de Marrakech en 1957-1958, avec l’appui de l’inspection générale, il obtint au lycée Lakanal à Sceaux le poste de professeur de Philosophie dans les classes de préparation au concours d’entrée aux sections littéraires de l’École normale supérieure de l’enseignement technique à partir de d’octobre 1958. Il y enseigna jusqu’à sa retraite en 1963. Dans ces classes de « techniques lettres », considérées comme les meilleures classes préparationnaires pour cette école, son travail fut facilité. Prudent, il abordait parfois les questions politiques avec les élèves très politisés et leur manifestait son soutien tout en les incitant à la prudence.

Avec son épouse, il prolongea leur activité en repartant enseigner en Tunisie aux lycées de Sfax (1963-1964) puis de Carthage (1964-1965). 

Jacques Bois avait publié des articles dans diverses revues dont la Revue de métaphysique et de morale et la l’institut protestant de Montpellier après 1926. Il collabora après sa création en 1947 de l’association d’éducation populaire d’inspiration chrétienne, « La vie nouvelle ». Il demeurait très attaché à la maison familiale achetée par son père, à Malons (Malons-et-Elze, Gard), dans le haut-pays cévenol protestant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190126, notice BOIS Louis, Jacques par Jacques Girault, version mise en ligne le 4 mars 2017, dernière modification le 26 novembre 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F17/28088. — Notes d’Alain Dalançon.

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