BIGAUD Robert, François

Par Louis Morice

Né le 16 octobre 1931 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 8 juillet 2011 à Saint-Nazaire ; mouleur puis soudeur ; syndicaliste CFTC-CFDT, secrétaire de sections syndicales, président du syndicat des ouvriers de Saint-Nazaire (1965-1985), membre de la commission exécutive de l’Union des métaux de Saint-Nazaire (1959-1985), du conseil de l’UD de Loire-Atlantique (1959-1981), du bureau de la branche navale de la FGM, du conseil confédéral (1962-1966).

Robert Bigaud en 1960.

Son père, François Bigaud (1902-1974), ouvrier agricole dans le Morbihan vint habiter à Saint-Nazaire en 1923 où il travailla comme manœuvre puis comme ouvrier spécialisé dans la métallurgie. Sa mère Léonie-Jeanne Bigaud née Frappin (1911-2004), également originaire du Morbihan, fut femme de ménage. Ils étaient de confession catholique, non pratiquants sans engagement militant. Ils eurent trois enfants, un garçon et deux filles.

Robert Bigaud fut scolarisé dans l’enseignement confessionnel, d’abord à Saint-Nazaire puis au pensionnat d’Angreviers, situé sur la commune de Gorges à 85 kilomètres de Saint-Nazaire. Ce dernier accueillait des enfants évacués de Saint-Nazaire après les bombardements de 1942. Il en ressortit avec le certificat d’études primaires puis entra en 1947 au centre d’apprentissage des Fonderies de Saint-Nazaire où il obtint le CAP de mouleur. Il s’était investi fortement dans un foyer qui fut un lieu de socialisation pour de nombreux jeunes de la cité d’Herbins, où étaient relogés des réfugiés en 1945. Ce fut dans cet environnement qu’il rencontra Marthe Baffé, sa future épouse, dont l’engagement allait orienter son parcours militant. Fonctionnaire aux PTT, adhérente CFTC, elle militait à la JOCF dont elle assura la présidence de la fédération nazairienne pendant cinq ans. Ils se marièrent en 1956 et eurent quatre enfants.

Au retour de son service militaire, qu’il effectua en Allemagne du 26 avril 1952 au 15 octobre 1953, il retrouva son poste de travail aux Fonderies de Saint-Nazaire où il avait été embauché comme mouleur. Il adhéra à la CFTC en 1954 et fut élu délégué du personnel puis devint rapidement secrétaire de la section syndicale. En 1956, il intégra les Chantiers de l’Atlantique – qui comptaient alors dix mille salariés – pour devenir soudeur. Cette même année marqua une rupture dans la politique contractuelle jusqu’alors en vigueur à Saint-Nazaire : la CFTC et FO signèrent en effet pour la première fois un accord d’entreprise spécifique aux Chantiers de l’Atlantique qui apporta des résultats appréciables. Nestor Rombeaut, Laurent Lucas et Yves Thoby en furent les artisans pour la CFTC.

Robert Bigaud fut élu délégué du personnel en 1957 et secrétaire de la section syndicale en 1961. Depuis plusieurs années, celle-ci était en proie à de vives tensions entre militants plutôt traditionnels et des jeunes plus exigeants, prémices du débat sur l’évolution de la CFTC. Avec l’aide de Yves Thoby, secrétaire de l’Union métaux, et Pierre Jeanne, secrétaire national de la Fédération de la Métallurgie, Robert Bigaud, secondé par Michel Boué, put doter la section d’une structure stable autour de René Aoustin, René Pernes, Lucien Douin, Jo Gabory. Pendant son mandat, la section syndicale poursuivit la pratique des accords d’entreprise avec comme objectif prioritaire d’aligner le statut des ouvriers sur celui des employés, techniciens et agents de maîtrise (ETAM), ce qui fut atteint en 1972. Robert Bigaud eut toujours la volonté d’associer les salariés au déroulement des négociations car s’il croyait à la politique contractuelle, il était également persuadé que le rapport de force est nécessaire pour imposer les compromis.

Il dut faire face à plusieurs restructurations des Chantiers de l’Atlantique. En 1968, ce fut la cession du département chaudronnerie pour créer Babcock Atlantique, puis la disparition de cette société en 1973. Lors de chaque opération, il fallut négocier le statut et la reprise des salariés. Enfin, en 1975, la fusion avec Alsthom pour créer un grand groupe industriel conduisit la section syndicale à rejoindre celles des autres établissements d’Alsthom.

Il eut à affronter les multiples crises de la construction navale. Dès 1964, deux cents licenciements eurent lieu aux Chantiers de l’Atlantique, les premiers depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’expérience de Robert Bigaud ainsi que sa connaissance de la situation économique de l’industrie navale nationale et internationale le conduisirent à siéger à la branche navale de la FGM. Il participa activement avec Jean Lapeyre, secrétaire nationale de la FGM et Marcel Guihéneuf, responsable de la branche, à toutes les rencontres et négociations avec les pouvoirs publics et les patrons de la navale nationale et européenne, afin d’obtenir des mesures structurelles permettant à cette industrie de sortir de la crise et de préserver l’emploi.

Il adhéra au PSU puis au PS lorsque le courant majoritaire du PSU rejoignit celui-ci. Cependant il ne prit aucune responsabilité ni mandat électif, considérant indispensable de préserver l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis de tout groupement politique ou religieux. Il aborda l’évolution de la CFTC avec cette même conception. Pendant son mandat au conseil confédéral, où il siégeait au titre de l’UD de Loire-Atlantique, il participa à tous les débats préparatoires à cette évolution. Sur les trente-quatre membres de cette instance, il fut l’un des vingt-cinq qui votèrent, le 11 octobre 1964, un texte de compromis permettant d’élargir la majorité favorable à l’évolution dans la perspective du congrès de novembre 1964 qui créa la CFDT.

Épris de liberté et d’ouverture, il prit position pour l’indépendance de l’Algérie. Il rencontra à plusieurs reprises, avec Yves Thoby, André Mornet et Michel Jeanne, des Algériens, membres du FLN hébergés clandestinement chez Jo Gabory, président de l’UL de Saint-Nazaire. Partisan de l’école publique, il fut à l’origine de la création d’un conseil de parents d’élèves adhérent à la FCPE, démarche qui dans le contexte nazairien de la fin des années soixante, suscita des réticences de la part de laïques qui trouvaient suspect qu’un responsable de la CFDT prenne cette initiative.

En 1984, il participa aux négociations nationales qui créèrent les congés de conversion dont le volet « départs anticipés » qui lui permit de quitter les Chantiers de l’Atlantique en 1985 – cette entreprise à laquelle il était si profondément attaché – pour être mis en dispense d’activité à cinquante-trois ans puis en préretraite à cinquante-cinq ans.

Robert Bigaud poursuivit son action militante en prenant en charge, pour l’Union locale de Saint-Nazaire, les secteurs du commerce et du textile. En 1990, il devint conseiller du salarié pour assister les personnes isolées menacées de licenciements. En 1995, il entra au conseil de l’Union locale des retraités de Saint-Nazaire. Avec la somme d’expériences qu’il avait accumulée, il fut un des principaux rédacteurs de l’ouvrage Un printemps sur l’estuaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190262, notice BIGAUD Robert, François par Louis Morice, version mise en ligne le 7 mars 2017, dernière modification le 21 octobre 2020.

Par Louis Morice

Robert Bigaud en 1960.

ŒUVRE : Ouvrage collectif, La CFTC nazairienne 1920-1940, Union locale CFDT de Saint-Nazaire, 1992. – Ouvrage collectif, Un printemps sur l’estuaire. Saint-Nazaire : la CFDT au cœur des luttes (1945-1975), Centre d’histoire du travail de Nantes, 2005.

SOURCES : Archives locale et départementale CFDT. – Franck Georgi, L’invention de la CFDT, 1957-1970. Syndicalisme, catholicisme et politique dans la France de l’expansion, Éditions de l’Atelier/CNRS éd., 1995. – Entretien avec la famille de Robert Bigaud, février 2016.

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