BRÉUS Hervé, Jean, Alain

Par Jacques Chapron, Marc Ménager

Né le 28 mars 1926 à Saint-André-des-Eaux (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 15 septembre 2017 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ; comptable ; syndicaliste CFTC puis CFDT, délégué au comité d’établissement des Ateliers et forges de l’Ouest (AFO), secrétaire de section, membre de la commission exécutive de l’Union des métaux de Saint-Nazaire, secrétaire de l’Union locale des retraités de Saint-Nazaire (1983-1996), secrétaire adjoint de l’Union régionale des retraités des Pays de la Loire (1985-1997).

En 1923, son père, Hervé Bréus, fut nommé facteur-receveur à la poste de Saint-André-des-Eaux. Militant associatif, il fonda et présida l’amicale laïque de cette commune. Tolérant, il accepta avec bienveillance l’éducation catholique que son épouse, Hélène Bréus née Biwand, prodigua à ses enfants. Quatrième d’une fratrie de neuf enfants qui comptait six garçons et trois filles, Hervé Bréus effectua sa scolarité à l’école publique de Saint-André-des-Eaux. Après le certificat d’études primaires, il entra en 1938 à l’école primaire supérieure Aristide Briand de Saint-Nazaire et obtint en 1942 le brevet élémentaire et le brevet élémentaire primaire supérieur.

Cette même année, il commença à travailler à Saint-Nazaire comme aide-comptable aux Ateliers et Forges de l’Ouest (AFO), entreprise de construction et réparation navale. En septembre 1943, celle-ci se replia à Basse-Indre, près de Nantes, pour échapper aux bombardements de la cité portuaire nazairienne. Elle revint s’établir à Saint-Nazaire en avril 1948. Après son service militaire accompli de mai 1946 à janvier 1947, Hervé Bréus retrouva son emploi aux AFO. Le 7 juin 1949, il épousa Marguerite Dieulangard, fille de petits cultivateurs de Saint-André-des-Eaux et employée de maison. Deux garçons allaient naître de cette union.

Hervé Bréus décida de se syndiquer le 17 avril 1950 après un meeting qui mettait fin à une grève de quarante jours des métallurgistes nazairiens, sans qu’aucun résultat n’ait été obtenu. Il choisit la CFTC parce qu’il avait été impressionné par le discours ferme et digne de Nestor Rombeaut, secrétaire de l’UL-CFTC, pour qui « c’était une rentrée de colère et d’humiliation, mais avec le poing serré dans la poche ».

Cette année-là, aux élections des délégués du personnel, la CFTC n’obtint que 4 % des voix tant était grande l’emprise de la CGT. Mais, dès 1951, quatre délégués CFTC furent élus – dont Hervé Bréus – au comité d’entreprise nouvellement créé. Il allait assurer ce mandat jusqu’en 1981. Un long travail de développement commença alors avec Pierre Jallais, René Boulo et Guy Bastard. Une section syndicale fut créée en 1955 dont il devint le secrétaire. Les efforts fournis par les pionniers et l’arrivée de jeunes militants permirent à la CFDT de recueillir 45 % des voix chez les ouvriers et employés aux élections de 1975 et de compter deux cents adhérents. À cette période, les AFO employaient mille trois cents salariés dont sept cents à Saint-Nazaire, après avoir absorbé, en 1967, l’établissement Dubigeon de Brest. Hervé Bréus devint alors membre du comité central d’entreprise et coordonnateur des élus CFDT.

Il fut un militant très engagé dans les structures syndicales CFTC-CFDT de la région nazairienne. En 1956, il participa à la fois à l’élaboration de la convention collective des employés, techniciens et agents de maîtrise (ETAM) de la métallurgie de Saint-Nazaire, et à sa signature en janvier 1957. En 1959, à la création de l’Union des métaux de Saint-Nazaire – qui regroupait le syndicat des ouvriers et celui des ETAM –, il fut élu membre de son conseil et de sa commission exécutive. À ce titre et dans la perspective de l’évolution de la CFTC, il présida une commission spéciale chargée de définir les modalités des débats et du vote des sections syndicales au congrès de l’Union des métaux du 11 octobre 1964. Les travaux de cette commission permirent au congrès de se dérouler dans de bonnes conditions. Le rapport favorable à l’évolution de la CFTC présenté par Yves Thoby, fut adopté par 82,6 % des mandats. Il présida, de 1960 à 1965, le Centre local d’éducation syndicale créé par l’UL de Saint-Nazaire pour élaborer et organiser des sessions locales de formation pour les militants. Président du syndicat des ETAM de 1964 à 1975, Hervé Bréus fut en 1967 un des responsables et négociateurs CFDT de la grève des « mensuels » de la métallurgie nazairienne qui fut suivie pendant deux mois par 90 % des trois mille deux cents ETAM du bassin d’emploi. Ce mouvement eut un profond retentissement national.

Il siégea, avec Marcel Guihéneuf et Robert Bigaut, à la branche navale de la Fédération générale de la Métallurgie (FGM) CFDT de 1964 à 1978. Dans le cadre d’une mission confiée par la FGM, il participa en 1976 à Cadix (Espagne), en compagnie de Louis Morice, à des rencontres avec les syndicats clandestins de l’Union syndicale ouvrière (USO) afin de les d’aider à se structurer dans l’optique d’une future légalisation.

Le premier choc pétrolier provoqua dès 1975 une chute brutale de la charge de travail de tous les chantiers français de réparation navale. Des restructurations réalisées dans la hâte et sans perspectives, ainsi que l’absence de volonté politique d’imposer le maintien de pôles de réparation en France conduisirent les AFO à disparaitre de Saint-Nazaire en 1987. Hervé Bréus quitta les AFO en septembre 1982 dans le cadre des contrats de solidarité. Il adhéra aussitôt aux structures des retraités CFDT dans lesquelles il prit des responsabilités au niveau local et régional et siégea à la commission « action revendicative » de l’Union confédérale des retraités de 1985 à 1997.

Mutualiste convaincu, Hervé Bréus fut de 1949 à 1987 successivement secrétaire, trésorier puis président de la mutuelle d’entreprise des AFO ainsi que conseiller de l’Union mutualiste d’arrondissement. Membre de l’action catholique ouvrière (ACO) en 1956, il en devint le responsable pour la région nazairienne de 1969 à 1974. Il fut aussi conseiller municipal à Saint-André-des-Eaux de 1953 à 1959 et membre du parti socialiste de 1974 à 1981.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190263, notice BRÉUS Hervé, Jean, Alain par Jacques Chapron, Marc Ménager, version mise en ligne le 7 mars 2017, dernière modification le 11 octobre 2017.

Par Jacques Chapron, Marc Ménager

ŒUVRE : Un printemps sur l’estuaire. Saint-Nazaire : la CFDT au cœur des luttes (1945-1975), Centre d’histoire du travail de Nantes, 2005.

SOURCES : Archives de la CFDT de Saint-Nazaire. – Entretien avec Hervé Bréus en 2016.

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