CAUMONT (de) Robert [MONCORNET DE CAUMONT Robert, Raoul, Jean, Pierre, dit]

Par Gilles Morin

Né le 16 février 1930 à Paris (XVIIe arr.) ; administrateur civil, sous-préfet ; fondateur des Groupes d’action municipale ; membre des Clubs dans le Calvados, puis du Parti socialiste dans les Hautes-Alpes ; conseiller général de Caen (1967-1973) ; maire de Briançon ; député socialiste des Hautes-Alpes (1981-1986).

Fils de Pierre Montcornet de Caumont, fondé de pouvoir au Crédit lyonnais, Robert de Caumont suivit des études au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, puis au lycée Charlemagne, enfin à Condorcet à Paris. Diplômé de l’IEP, après avoir été secrétaire d’administration au ministère de l’Éducation nationale en 1952, il fut chef de cabinet du préfet de Dordogne. Robert Lacoste, président du conseil général de la Dordogne, le prit comme attaché au ministère de l’Algérie en 1957, après sa sortie de l’ENA où il fut élève à partir de 1954. Robert de Caumont entra ensuite dans la préfectorale comme sous-préfet à partir de 1958 en Normandie, puis fut nommé directeur de cabinet de Maurice Herzog, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports (1964-1966). Il revint dans le Calvados, comme chef de cabinet du préfet, puis sous-préfet de Caen, responsable des affaires économiques dans le Calvados. En 1967, il fut détaché à la Direction des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, puis, en 1969-1972, fut directeur de l’Institut d’urbanisme de Paris, rattaché à la faculté de Dauphine après l’éclatement de la Sorbonne. Il réintégra l’Éducation nationale en 1973 comme administrateur civil.
Robert de Caumont, qui avait dirigé des camps de formation de responsables de mouvements de jeunesse dans les années 1950, commença à militer dans le Calvados, mais tout d’abord dans les rangs de la majorité gaulliste, avant de rejoindre la gauche. Aux élections municipales de 1965, il anima la liste du député UNR, le docteur Buot. Il apparaissait alors comme proche d’Edgar Pisani. Puis il devint l’animateur du « Mouvement d’information et d’action civiques », Caen-Demain, « mouvement pédagogique d’initiation aux problèmes locaux et groupe d’agitation pour le développement économique, social et culturel de l’agglomération de Caen ». Il contacta les partis et syndicats de gauche locaux pour entreprendre un dialogue public avec eux en 1966, mais rencontra beaucoup de prévention dans un premier temps.
Avec Hubert Dubedout* et François Geindre*, il fut l’un des hommes symboles du mouvement des Groupes d’action municipale (GAM). D’ailleurs, son ami Michel Rocard*, qu’il connaissait depuis vingt ans déjà, le décrit ainsi dans une lettre à Pierre Mendès France en 1966 : « De Caumont a beaucoup de traits communs avec Dubedout. Il est plus l’inlassable propagandiste du développement local qu’une tête politique. » Le slogan des GAM était « Prendre le pouvoir ou rendre le pouvoir aux citoyens... ». La formule était autant tournée alors contre l’opposition qui voulait « prendre le pouvoir » que contre les autorités en place ; tous étant accusés de vouloir le confisquer. La convergence entre la gauche et les GAM, dont la plupart des militants venaient de la gauche chrétienne, se fit progressivement. « Caen Demain » eut un discours tout d’abord apolitique, très éloigné des références autogestionnaires futures. Dans le « Rapport d’orientation » présenté à l’Assemblée générale constitutive de ce groupe, le 14 janvier 1966, cinq « attitudes fondamentales » étaient définies :
« a) Regarder l’avenir en face pour le mieux maîtriser,
« b) favoriser l’avènement d’une véritable coopération intercommunale,
« c) informer objectivement et complètement la population et lui donner les moyens de s’exprimer,
« d) rassembler des citoyens d’opinions politiques différentes pour une action commune dans un domaine sur lequel ils sont d’accord,
« e) rejeter tout comportement démagogique, volontaire ou par omission, et dénoncer, d’où qu’elles viennent, les initiatives de nature à dresser tout ou partie de l’opinion contre l’intérêt général. »
Si des thèmes comme le développement de la coopération intercommunale sont assez originaux, et vont perdurer, la volonté de rassembler « des citoyens d’opinions politiques différentes » et la volonté de dénoncer certaines initiatives « d’où qu’elles viennent » exprimaient un « apolitisme » qui était l’apanage de la droite. L’ambiguïté ne durera qu’un an, dès son élection au conseil général du Calvados, dans le canton de Caen-Nord le 1er octobre 1967, de Caumont siégea à gauche. Il fut présenté par Caen-Demain aux élections législatives de juin 1968.
À partir de 1968, les différents GAM organisèrent des rencontres nationales, la première se tenant à Grenoble. Le rapprochement se fit tout d’abord autour de positionnements et de pratiques, avant qu’une idéologie propre ne soit élaborée. Le travail de formulation de cette idéologie fut réalisé par Robert de Caumont secrétaire du groupe de travail des rencontres nationales des GAM en 1969, puis du mouvement national des GAM à partir de 1972.
Les groupes du GAM cherchaient à favoriser l’engagement de chacun ; l’assemblée générale étant au centre de la vie associative plutôt que le conseil d’administration ; des commissions de travail (permanentes et ad hoc) étudiaient les sujets et organisaient l’action ; enfin, un « noyau actif » réunissait les plus engagés. L’enquête auprès de la population constituait leur mode d’action privilégié, précédant des débats autour d’études techniques. Il s’agissait de contester le pouvoir des technocrates et de mobiliser la population.
Les GAM contestaient à la fois le cadre même de l’organisation communale et le type de pouvoir exercé sur le terrain, rejetant conjointement l’interaction des « notables » et les « technocrates », proposant l’élaboration collective d’une politique d’urbanisme à l’échelle des agglomérations. Ils mettaient en cause le pouvoir communal, à la fois par le bas, en prônant la participation au niveau du quartier, et par le haut, en défendant l’intercommunalité, le regroupement des communes, le développement de métropoles d’équilibre et la régionalisation.
Ces conceptions furent mises en forme dans un ouvrage que de Caumont publia avec Marc Tessier. Après 1968, les GAM passèrent progressivement du thème de la « participation » à celui de l’autogestion. Et de Caumont, militant du club Objectif 72, de Robert Buron*, en 1970, puis du PSU de 1972 à 1974, radicalisa ses positions.
Mais dans le Calvados, les préventions envers lui n’avaient pas disparu à gauche. Lors des élections de 1971, selon Bernard Hamelin, « Si le GAM de Caen obtient un résultat honorable mais insuffisant, celui d’Hérouville arrive en tête, permettant l’élection de François Geindre*, jeune avocat. Ce dernier est élu à la faveur de la surprenante défaite personnelle de la tête de liste du GAM, Robert de Caumont, son nom étant largement barré par des électeurs qui utilisent leur droit au panachage. L’électorat de gauche ne semble pas avoir oublié l’itinéraire atypique de cet homme, successivement "inventeur" d’Hérouville lorsqu’il travaillait à la préfecture et surtout deuxième de la liste UDR derrière le député Buot lors des élections municipales de 1965, à Caen. »
De Caumont et les GAM développèrent un discours fondé sur les thématiques de ce que l’on appela bientôt la « deuxième gauche ». Nés, selon eux, « de la base », spontanément, pour répondre aux problèmes urbains de la population, ils s’organisaient à partir de ceux-ci, créant entre eux des structures souples de coordinations. Les relations entre groupes affiliés étaient non hiérarchiques, minimales, fondées sur la base d’une charte librement débattue et ratifiée. Le mouvement contestait les cadres politiques et administratifs de la société existante, la centralisation, les notables, pour proposer des solutions alternatives concrètes que ses animateurs voulaient plus proches des citoyens. L’adversaire, le pouvoir en place, était clairement désigné et la solution avancée était l’instauration du socialisme autogestionnaire par le rassemblement de toutes les forces se réclamant de celui-ci, initiant un « front de classe » de tous les exploités.
Comme la majorité des cadres du PSU, De Caumont rejoignit le Parti socialiste lors des assises du socialisme en 1974, entraînant la majorité des animateurs des GAM. Son vocabulaire se politisa encore, faisant de nombreuses références à l’autogestion. Il n’est pas de phrase sans des expressions comme la « prise de conscience politique », « l’exploitation », « l’humiliation », ou « l’aliénation » des « travailleurs », ou encore l’évocation des « luttes sociales ». Sacrifiant au vocabulaire du temps, de Caumont évoqua même un « front de classe spontanément défensif antimonopolistique » devant devenir « offensif anticapitaliste ».
De Caumont entra au comité directeur du Parti socialiste en 1975 et y resta jusqu’en 1977. Ayant rejoint Briançon en 1975, il anima le groupe « montagne » du Parti socialiste et entrepris de définir avec les montagnards des différents massifs une loi française de la montagne. Il devint président du parc national des Écrins en 1981. Le 21 juin 1981, il fut élu député de la 2e circonscription des Hautes-Alpes. Avec Louis Besson*, il fut à l’origine de la loi française de la montagne de 1983. Il en fut le rapporteur et chercha l’unanimité. « Montagnards de tous les partis, unissez-vous ! », fut la première phrase de son rapport devant l’Assemblée nationale, et à l’unanimité les parlementaires se rallièrent à un projet devenu consensuel. Réélu en 1986, il fut battu en 1988 par le RPR Patrick Ollier.
Il restait maire de Briançon, ayant gagné la municipalité en 1983. Pariant sur un développement de la ville, il avait largement dépensé pour son développement. Il avait notamment relié Briançon à la station de ski de Serre-Chevalier par un téléphérique, d’un coût de 250 millions de francs, orientant encore plus nettement l’économie autour du tourisme qui devint la principale ressource de la commune et son principal vecteur de communication. Mais ces dépenses avaient entraîné des impôts nouveaux et d’autres mesures lui furent reprochées : il avait également augmenté fortement le nombre d’employés municipaux et développé le club de hockey sur glace. Robert de Caumont se défendait vigoureusement d’avoir commis des erreurs de gestion. Il affirmait que la gestion de la dette de la ville, parfaitement soutenable, reposait sur une politique de croissance économique. En 1991, treize de ses anciens colistiers démissionnèrent, entraînant une élection partielle. La commune était particulièrement endettée. Il perdit l’élection, étant devancé par son rival UDF, mais aussi par Gérard Fromm, socialiste dissident.
Toujours conseiller régional de la région PACA depuis 1986 et membre du bureau du Conseiller régional, il ne fut pas reconduit. En effet, en mars 1992, de Caumont, investi par les instances nationales du PS pour conduire la liste socialiste aux élections régionales dans le département, se vit opposer une liste adverse « Énergie Sud » patronnée par Bernard Tapie, avec l’appui de la fédération conduite par le député fabusien Daniel Chevallier. Il l’assigna en justice, sans succès, pour obtenir l’invalidation des bulletins de vote mentionnant le soutien de la fédération. Mais, en juillet 1992, la commission des conflits de la fédération des Hautes-Alpes se prononça pour son exclusion, considérant qu’il avait « tenté de semer le trouble dans l’électorat socialiste et de jeter le discrédit dans l’ensemble de la fédération du PS ». Cette exclusion visait à l’empêcher de briguer l’investiture dans la 2e circonscription où les rocardiens étaient majoritaires.
Robert de Caumont demeura au Parti socialiste et continua à jouer un rôle important au plan local. Toujours conseiller municipal de Briançon en 2007 et conseiller de la communauté de communes, il présidait le « Pays du grand briançonnais » et était encore membre du comité directeur de l’Association nationale des élus de montagne, président de l’Association de développement de la Haute-Durance (Hautes-Alpes) depuis 1982 et président du comité du bassin d’emploi de Haute-Durance

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19033, notice CAUMONT (de) Robert [MONCORNET DE CAUMONT Robert, Raoul, Jean, Pierre, dit] par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 avril 2022.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : avec M. Tessier, Les Groupes d’action municipale, Éditions universitaires, collection « citoyens », 1971, 224 p. — Des Conseillers généraux. Pour quoi faire ?, Syros, 1973, 187 p.

SOURCES : Arch. Nat., CAC, 19830172, article 101 ; fonds du PSU, 581 AP 66. — « Les Élections législatives de juin 1981 », Le Monde, dossiers et documents, p. 126. — Encyclopédie périodique, Communes et maires de France, Société générale de presse, 1987. — Le Monde, 22 juillet 1992. — Le Cairn, n° 31, novembre 2004. — Bertrand Hamelin, « Les transformations sociales et politiques dans le Calvados (1958-1974) », enquête de l’IHTP Les Français et la politique du milieu des années cinquante à l’après 1968, Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, n° 79, premier semestre 2002. — Gilles Morin, « Les Groupes d’action municipale et l’autogestion », dans Frank Georgi (dir.), Autogestion, la dernière utopie ?, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 309-322. — Lettre de Michel Rocard du 21 septembre 1966, correspondance de Caumont, Institut Pierre Mendès France.

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