DODOT Émile, Jules [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Anthony Lorry, Guillaume Davranche, Dominique Petit

Né le 3 janvier 1839 à Paris, mort le 24 mars 1902 à Paris (VIIIe arr.)  ; cordonnier  ; blanquiste puis anarchiste.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Compagnon de Blanqui, Jules Dodot – parfois orthographié à tort Dodo – lutta contre le Second Empire en 1868-1870. Le 28 avril 1870, il fut condamné à quatre mois de prison pour tentative de vol. Le 16 octobre, il fut condamné à quatre mois de prison pour outrages publics à la pudeur.
En 1871, il habitait au 6, rue des Fontaines-du-Temple à Paris 3e.
Sous la Commune, il fut élu chef de batterie du 3e arrondissement et combattit les Versaillais à Levallois-Perret. Durant la semaine sanglante, il se battit sur les barricades. Le dernier combat auquel il prit part fut celui des Buttes-Chaumont, le 27 mai 1871 au soir. Il parvint à échapper au massacre et se réfugia à Londres, où il travailla comme cordonnier, se joignit aux autres proscrits blanquistes et adhéra à l’Association internationale des travailleurs.
Le 13 mai 1873, il fut condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire. En 1874, il gagna la Belgique – sa présence est attestée à Bruxelles le 24 août – avant d’en être expulsé en octobre. Il revint alors à Londres où il fut membre du groupe blanquiste La Commune révolutionnaire.
Après l’amnistie, il s’installa à Levallois-Perret (Seine). Passé à l’anarchisme, il milita au groupe local La Solidarité jusqu’en 1898.
En 1894, il habitait dans un garni, au 3, rue Valentin, situé au 2e étage, dans une chambre exiguë (3 mètres de long sur 2 mètres de large) et exerçait toujours comme cordonnier, au dehors assez régulièrement, sauf quand des douleurs, dont il était atteint, le forçaient à garder la chambre. Lorsqu’il était malade, Elvire Chauveau, connue pour ses opinions anarchistes, lui apportait à manger.
En janvier, son domicile fut perquisitionné, sans résultat. Le 27 février, le commissaire de police de Levallois-Perret toqua de nouveau chez lui, à 6 heures du matin, avec un mandat de perquisition et un mandat d’amener, pour association de malfaiteurs. Il saisit dans sa chambre une enveloppe venant de Londres et contenant un imprimé intitulé « Panamistes et dynamiteurs ».
Le 28 février, Dodot fut emprisonné à Mazas. Le 5 mars, il fut remis en liberté par le juge d’instruction.
Le 1er juillet, nouvelle perquisition (sans résultat), et nouvelle arrestation. Après un séjour à Mazas, il fut placé en liberté conditionnelle le 10 juillet.
Enfin, le 10 juin 1895, le juge d’instruction prononça un non-lieu concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs. Le mois suivant, Dodot figurait comme gérant du journal Sur le trimard de Mécislas Golberg.
En novembre 1895, il fut hospitalisé à l’hôpital Beaujon, salle n°2. Les Temps nouveaux invitèrent à aller lui rendre visite. Le mois suivant une liste de souscription était même ouverte à Montpellier, au Bar français, pour lui venir en aide.
En juillet 1898, Dodot était, avec Cuisse et Fourmont, cosignataire d’un appel du groupe La Solidarité des trimardeurs pour ouvrir un local afin d’héberger les camarades chemineaux de passage. Ils recherchaient de la literie, du linge, des habits, des chaussures et espéraient financer les achats et payer le loyer grâce aux versements mensuels des adhérents du groupe.
Passé 1898, on ne trouve plus trace d’activité de Dodot. Malade, il vivait dans une grande misère au 31, passage Thouzelin, à Levallois-Perret. En 1901, Charles Malato lança une souscription en sa faveur dans L’Aurore. Parmi les gens qui versèrent leur obole figuraient Paule Mink et Alfred Fromentin. Une vente aux enchères fut également organisée, avec des œuvres données par plusieurs artistes, dont Steinlen. Le compagnon Fourmont lança un appel à la solidarité dans les Temps nouveaux pour « le compagnon Dodot, un vieux libertaire que la maladie empêche de travailler  ».
Dodot mourut à l’hôpital Beaujon et ses obsèques, au cimetière de Saint-Ouen, donnèrent lieu à une petite manifestation révolutionnaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190530, notice DODOT Émile, Jules [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Anthony Lorry, Guillaume Davranche, Dominique Petit, version mise en ligne le 15 mars 2017, dernière modification le 22 avril 2020.

Par Jean Maitron, Anthony Lorry, Guillaume Davranche, Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES  : État civil de Paris — Arch. Nat., BB 24/856 A, n° 2388. — Arch. PPo., listes de contumaces — Arch. PPo. BA/1039, dossier « Dodot Émile  ». — Le Journal des débats des 3 janvier et 27 février 1894 — L’Intransigeant 1er mars 1894 — Le Père Peinard du 29 juillet 1898. — Les Temps nouveaux, 30 novembre, 21 décembre 1895, 11 janvier 1896, 30 juillet 1898, 6 avril 1901. — Charles Malato, « Un vieux révolutionnaire  », L’Aurore du 29 mars 1901 et du 28 mars 1902. — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Les Communards en exil. État de la proscription communaliste à Bruxelles et dans les faubourgs, Bruxelles, 1971. — Notes de Michel Cordillot. — Arch. de Paris D.3 U6 carton 49.

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