BONJOUR-PERROCHON Auguste

Par Jean-Luc Labbé

Né et mort à Issoudun (Indre), 6 novembre 1859 – 26 décembre 1904, militant socialiste blanquiste en 1883, ouvrier parcheminier puis petit patron d’un atelier de mégisserie-parcheminerie, conseiller municipal à partir de 1892, conseiller général en 1898, maire d’Issoudun de 1899 à mai 1904, « socialiste autonome ».

En décembre 1883, Auguste Bonjour fut élu au comité du quartier des Capucins de « La Ligue démocratique pour la revendication des franchises communales », organisation d’inspiration socialiste blanquiste. Il recueillit 94 voix sur les 112 exprimés et arriva largement en tête. Il n’avait alors que 23 ans et faisait partie de cette nouvelle génération qui allait construire progressivement l’hégémonie socialiste à Issoudun avec jacques Dufour. Ces ceux-là finiront par s’opposer durement.
Auguste Bonjour était né en 1859 dans une famille ouvrière : son père André, journalier de 41 ans, et sa mère Anne Voisin, fille de vigneron de 33 ans, habitaient rue des Capucins, à proximité de la rue Saint-Martin bordée par les ateliers qui travaillaient le cuir. Un journalier de 66 ans et un sabotier de 64 ans avaient été les témoins de sa naissance. Auguste se maria avec Ernestine Perrochon et le 1er novembre 1883 ils déclaraient la naissance d’un fils, Marcel. À cette date Auguste se déclarait parcheminier et sa femme lingère. Il était encore ouvrier parcheminier qualifié, où peut-être déjà artisan à son compte puisque son domicile se trouvait désormais rue Saint-Martin, le long de la rivière forcée dont l’eau servait au lavage des peaux. Pour la déclaration de son fils à la mairie, il était accompagné d’Henri François, son beau-frère vigneron de 34 ans et de François Basty, un ami parcheminier de 34 ans.
Auguste Bonjour fut élu au conseil municipal d’Issoudun pour la 1ère fois en 1892, alors que Jacques Dufour* devenait maire en arrachant la majorité aux républicains modérés. Une partie de ces derniers, refusant le socialisme, démissionnèrent en 1895 avant la fin du mandat ; Jacques Dufour fit alors d’Auguste Bonjour son 2e adjoint. Lors des élections municipales de 1896, Dufour fut réélu avec une liste entièrement socialiste et Auguste Bonjour devint 1er adjoint au maire. En cette position de premier adjoint au maire, il se présenta au conseil général dans le canton-sud d’Issoudun. Sa victoire ne fut pas anecdotique puisqu’il battit le sortant Alfred Brunet, ancien maire d’Issoudun (entre 1888 et 1892) et surtout président en exercice du Conseil général de l’Indre.
Dufour avait été élu conseiller général du canton-nord en 1888 et député en 1898. Pour ne pas cumuler trop de mandats, il démissionna du conseil municipal en 1899 et demanda à Auguste Bonjour de devenir maire d’Issoudun quelques mois avant le renouvellement du conseil municipal en 1900 ; élection que remporta Auguste Bonjour. Mais peu de temps après sa démission, Jacques Dufour avait dû regretter sa décision. Auguste Bonjour, avec Jules Devaux en particulier, constitua le parti des « socialistes autonomes », favorable à la participation ministérielle de Millerand, alors que Dufour confirmait son appartenance au courant socialiste révolutionnaire.
Les divergences politiques s’approfondirent et les socialistes autonomes présentèrent un candidat contre Dufour aux élections législatives de 1902. La confrontation devenait inévitable pour les élections municipales de 1904. Auguste Bonjour accepta de conduire une liste des socialistes autonomes mais subit une défaite sévère ; Jacques Dufour redevint maire en mai 1904 au nom de l’Union Socialiste Révolutionnaire. En juillet de la même année, 600 ouvriers mégissiers se mirent en grève. Auguste Bonjour était concerné. Après avoir été apprenti parcheminier puis artisan, il était alors à la tête d’une entreprise d’une douzaine d’ouvriers (L’entreprise se trouvait au 66 de la rue Ledru-Rollin, actuelle rue Saint-Martin). Solidaire des patrons mégissiers pendant les deux premiers mois de la grève, il fit partie des quatre ou cinq « patrons de gauche » (sur une quarantaine d’entreprises dont la plus importante employait une soixantaine d’ouvriers) qui cherchèrent un compromis avec la CGT. La détermination ouvrière et les désaccords au sein du patronat aboutirent à une augmentation de salaires qui donnait la victoire à la CGT.
La grève prit fin peu après la mi-décembre et, le 24, la CGT inaugurait la Bourse du travail. Sans qu’il y eût un rapport quelconque, Auguste Dufour décéda le 26 décembre et le journal indiqua que 1500 personnes suivirent son enterrement civil. Il n’avait que 45 ans. Sa Veuve Ernestine Bonjour-Perrochon, avec son fils Marcel, continua à développer l’entreprise qui comptait une quinzaine d’ouvriers en 1910. En 1908, où peut-être avant, la veuve d’Auguste Bonjour avait embauché Paul Meunier, le secrétaire du syndicat CGT des ouvriers mégissiers et parcheminiers. Auguste Bonjour et Paul Meunier s’étaient bien connus : ils avaient ensemble siégé au conseil municipal de 1996 à mai 1904.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190665, notice BONJOUR-PERROCHON Auguste par Jean-Luc Labbé, version mise en ligne le 17 mars 2017, dernière modification le 17 mars 2017.

Par Jean-Luc Labbé

SOURCES : Arch. Dép. Indre, relevés électoraux, rapports de police, recensement 1901 et état-civil.

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