CAVIGNAC Jean

Par Jean-Paul Salles

Né le 28 août 1938 à Périssac (Gironde), mort le 14 juillet 1989 à Bordeaux (Gironde) ; archiviste ; militant de la CGT et de Lutte ouvrière à Bordeaux ; animateur de l’Institut aquitain d’histoire sociale.

Fils de Max Cavignac (né en 1911), officier de gendarmerie, et de Christiane Chauvreau (née en 1909), professeur de lettres, mariés le 15 juillet 1936 à Bordeaux (cérémonie religieuse à l’église Saint-Seurin), Jean Cavignac était le deuxième enfant d’une fratrie de cinq. Il se maria en octobre 1961 à Antony (Hauts-de-Seine) avec Anne Adrien, conservateur de bibliothèque, décédée à Bordeaux le 12 février 1973, dont il eut deux filles. Il vécut ensuite maritalement avec Danielle Gomez Del Junco.
Il fit ses études aux lycées d’Agen, d’Angoulême et de Grenoble, puis à la Sorbonne et à l’École des Chartes, à Paris. Il obtint une licence de lettres (1961), le diplôme d’archiviste paléographe (1962) avec son étude Jean Pellet, négociant en gros. Contribution à l’étude du négoce bordelais au XVIIIe siècle, puis un doctorat ès lettres de 3e cycle (1986) avec sa thèse Les Israélites bordelais au début du XIXe siècle. Il fit son service militaire au 2e régiment de Hussards à Orléans (novembre 1962-août 1963), puis au Service historique de l’armée française à Vincennes (août 1963-avril 1964).
Jean Cavignac exerça la profession de conservateur aux Archives départementales de la Gironde du 15 juillet 1962 à sa mort. Il fut responsable du dépôt annexe à partir de novembre 1985. Il fonda, avec Maurice Carmona, l’Institut aquitain d’études sociales (8 novembre 1968) qui se donna pour but : « le développement des études sociologiques et historiques sur le mouvement ouvrier en Aquitaine ». Il fut secrétaire de l’Association de quartier Vivre au Grand Parc (1969-1973), secrétaire général de l’Académie Montesquieu (1971), trésorier de la Société des écrivains d’Aquitaine, correspondant départemental de l’Institut d’histoire du temps présent (1982), correspondant régional de la Société d’histoire de la Révolution de 1848, correspondant régional de l’équipe de recherche du CNRS ER 208, « Nouvelle Gallia Judaïca » (1984), président des Amis de l’ancien magasin aux vivres de la Marine (1986), membre du conseil d’administration de la Société historique et archéologique de Libourne et du Libournais et membre des comités de rédaction de Résistance-Réalités et des Cahiers du Vitrezais. Enfin, il dirigea Le Courrier des Abattoirs, comme rédacteur en chef d’Euroviande (1976-1984).
Il adhéra à la CFTC en 1962, puis à la CGC section archives de France (1964-1969), et enfin à la CGT des Affaires culturelles, section archives (1969-1989) ; il participa en tant que délégué au 13e congrès (1970) de l’UGFF-CGT à Montreuil-sous-Bois. Il fut membre du bureau de l’Institut CGT d’histoire sociale d’Aquitaine de 1983 à 1989. « Participer à une manifestation avec lui dans les rues de Bordeaux était un vrai plaisir et une leçon d’histoire sociale. Il n’était pas une rue, un cours ou un boulevard où il n’avait une anecdote à raconter sur l’histoire d’un immeuble (construction, événements s’y étant déroulés...), sur ses habitants (leurs vies professionnelles, privées, leurs rôles dans la vie politique de la ville). » (Témoignage de Mauricette Laprie)
Royaliste à dix neuf ans, membre des Amis de la nation française entre 1958 et 1961, il adhéra au PSU dans les années 1960. Secrétaire à l’organisation à la section de Bordeaux de 1968 à 1971, il fut délégué au Ve congrès à Dijon (1969). Il participa à la campagne de Michel Rocard* lors des présidentielles de 1969, puis fut candidat du PSU aux élections cantonales de mars 1970, à Langon. Il fut l’initiateur du Groupe d’action socialiste du quartier du Grand Parc, ouvert aux adhérents et sympathisants du PSU. Puis il rejoignit Lutte ouvrière en 1971 à la suite de la campagne municipale commune de LO et du PSU qui présentaient une liste « Bordeaux aux travailleurs » sur laquelle Jean était candidat. Cet engagement ne fut pas le fait d’un caprice mais d’un long mûrissement. Il resta fidèle à ces idées jusqu’à sa mort. Il fut candidat LO à plusieurs reprises, notamment lors des élections législatives de mars 1978 dans la 10e circonscription de la Gironde (Blayais). Le 1er mai 1984, il était présent quand ses camarades de LO, qui tentaient de protester contre leur exclusion de la CGT, furent agressés par des militants de cette organisation. Engagé dans le militantisme de terrain - vente du journal LO, rédaction de bulletins d’entreprise - il affirma toujours ses idées dans un milieu peu acquis aux idées contestataires.
Parallèlement à cet engagement politique, il fut un érudit curieux de tout, abordant tous les domaines de l’histoire sociale locale : syndicalisme, classe ouvrière, commerce local, régional et colonial, protestants, notables, étrangers, histoire littéraire, voire même histoire religieuse.
Son sens de la justice et sa clairvoyance en firent un des éléments déclencheurs du procès Papon, mais il se mit volontairement en retrait, compte tenu des obligations de réserve découlant de ses fonctions (sa hiérarchie sut fermer les yeux). Travaillant dès 1979 avec Michel Slitinsky, il lui demanda de l’aider à classer des dossiers dits « familiaux » issus du service des questions juives de la préfecture de la Gironde : ils mirent plusieurs mois à reconstituer plus de 1 300 dossiers épars. En 1981, avec Michel Bergès, ils mirent à jour les archives des rafles juives de 1942.
Jean Cavignac fut fait chevalier des Arts et Lettres (1983) et chevalier du Mérite agricole (1985).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19068, notice CAVIGNAC Jean par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jean-Paul Salles

ŒUVRE : La liste complète de ses écrits (164 références) a été publiée par sa collaboratrice Mauricette Laprie dans le Bulletin de l’Institut aquitain d’histoire sociale (IAES n° 58, mars 1992). Son adhésion à LO n’a pas interrompu un rythme soutenu de plusieurs publications par an. Outre ses contributions à des Colloques organisés par des Sociétés savantes, ses articles ont été publiés dans les revues suivantes : Annales du Midi, Archistra, Archives juives, Bulletin de l’IAES, Bulletin de la Société Borda, Cahiers du Bazadais, Cahiers Léon Trotsky, Cahiers du Vitrezais, Échos judiciaires girondins, Euroviande, La Gazette des Archives, Gironde, revue départementale, Le Gnomon, Revue de l’Agenais, Revue d’Études juives, Revue historique et archéologique du Libournais, La Vie de Bordeaux.
Ouvrages : Jean Pellet, négociant de gros (1694-1772). Contribution à l’étude du négoce bordelais du XVIIIe siècle, Sevpen, 1967, 401 p. (Thèse de l’École des Chartes). — Les Israélites bordelais au début du XIXe siècle, thèse de doctorat de 3e cycle, Université de Bordeaux, 1986, 750 p. — Dictionnaire du judaisme bordelais aux XVIIIe et XIXe siècles, Bordeaux, ADG, 1987. — En collaboration : avec Jean Valette, Bordeaux, la Guyane et les États-Unis, 1750-1820, Catalogue, Arch. Dép. de la Gironde. — Grands notables du Premier Empire, Gironde, CNRS, 1986.

SOURCES : Témoignage écrit de Mauricette Laprie, recension de ses écrits par M. Laprie dans le Bulletin de l’IAES n° 58, mars 1992. — Témoignage écrit de Val, une de ses anciennes camarades de LO.

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