BOULPIQUANTE Henri, Jules

Par Jean-Luc Labbé

Né le 13 septembre 1861 à Millau (Aveyron) et mort le 1er mars 1906 à Courbevoie (S-et-O) ; forgeron ; syndicaliste de la métallurgie et de l’Indre, militant et candidat socialiste à Châteauroux 1894-1896.

Henri Boulpiquante, forgeron venant de Béziers (Hérault), arriva vers 1892 à Châteauroux. Il fut un acteur très en vue dans les mois qui précédèrent et suivirent le congrès national corporatif de Limoges, congrès constitutif de la CGT. Dans le même temps, il prenait part à la recréation d’organisations socialistes dans la Préfecture de Châteauroux.
La première mention du militantisme d’Henri Boulpiquante remontait au 30 septembre 1894, date à laquelle il présidait une réunion publique tenue avec la participation du « citoyen Blondeau », conseiller municipal de Paris, membre du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire. Le commissaire de police résuma cette conférence au Préfet : « Monsieur Blondeau, conseiller municipal ouvrier du Parti socialiste de Paris (sic), a fait une conférence sur l’organisation, le fonctionnement et le but des syndicats. Il a engagé les ouvriers à créer une bourse du travail puis à se fédérer avec les syndicats de Tours. M. Blondeau a ensuite critiqué le gouvernement et a fait l’éloge du parti socialiste ». Le programme de travail d’Henri Boulpiquante pour les mois suivants était fixé…
En ce mois de septembre 1894, il n’existait que quelques syndicats : typographie depuis 1886, manufacture des tabacs depuis 1890, ébénisterie depuis 1891, tous les trois à Châteauroux dans un paysage syndical dominé par le Syndicat des ouvriers et ouvrières de la manufacture des tabacs et ses 1200 syndiqué.es. Une grosse dizaine de nouveaux syndicats ouvriers se créèrent alors à Châteauroux et Issoudun auxquels s’ajoutèrent plusieurs syndicats de bûcherons, carriers et journaliers agricoles.
Henri Boulpiquante fut élu membre du bureau de « l’Union syndicale des ouvriers métallurgistes de Châteauroux et de l’Indre », lors d’une assemblée générale constitutive de 70 ouvriers au début du mois d’octobre 1894 ; syndicat dont les statuts précisaient l’adhésion à la « Fédération nationale des ouvriers métallurgistes de France ». Le jeune Boulpiquante était domicilié Rue de Cluis et travaillait vraisemblablement chez l’industriel Hidien comme A. Mériot, le président du syndicat.
Le 28 août 1895, le Conseil municipal de Châteauroux vota une subvention de 100 Francs « au syndicat des métallurgistes et au syndicat du bâtiment pour l’envoi de délégués syndicaux à leurs congrès respectifs ». Henri Boulpiquante fut donc le délégué au congrès des métallurgistes qui se tint à Limoges et il resta sur place pour le 7ème congrès national corporatif. Pour la première fois, un syndiqué castelroussin participait à un congrès national interprofessionnel. Henri Boulpiquante fut naturellement chargé à son retour d’en faire le compte-rendu lors de réunions publiques et de porter l’annonce du processus constitutif de la CGT. Boulpiquante revenait également de Limoges avec la connaissance des orientations syndicales révolutionnaires qui y avaient prévalu. A Châteauroux, deux tendances syndicales se firent jour ; les syndicats des métallurgistes et du bâtiment d’un côté (une fiche de police classait Boulpiquante parmi les « socialistes révolutionnaires » et de l’autre les syndicats des Tabacs et des typographes, de tradition corporatiste. L’enjeu portait également sur l’indépendance vis-à-vis du maire républicain radical de Châteauroux.
En fin d’année 1895, Henri Boulpiquante apparait parmi ceux qui créèrent « L’Union fédérale des syndicats de l’Indre » dite aussi « Fédération des travailleurs ». Les statuts furent rédigés et déposés par Henri Boulpiquante, en février 1896. Il était alors secrétaire de cette Union départementale présidée par Pélissier, du syndicat des métallurgistes. Début mars, le syndicat des Tabacs démissionna de cette Union départementale qui comprenait alors les métallurgistes, le bâtiment, les ébénistes, les cordonniers de Châteauroux, le bâtiment et les cuirs et peaux d’Issoudun, les carriers-bûcherons du Poinçonnet. Toujours en ce début d’année 1896, une « réunion générale de la Fédération des travailleurs », réunion qui rassembla 350 syndiqués dans la salle du théâtre, confirmait la place prise par Henri Boulpiquante. Il exprima son désaccord avec le maire, présent à la réunion, qui refusait de soutenir le projet de Bourse du travail. Le maire voulait bien subventionner la Bourse du travail mais s’il en était le président ; ce que ne pouvaient accepter les partisans d’un syndicalisme combattif.
Au cours de cette réunion il fut aussi question de renforcer « le parti ouvrier » et d’engager certains « à faire partie du conseil municipal et au besoin d’y former la majorité ». Blondeau, du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) engagea " les syndicats à participer au congrès socialiste qui se tiendra pour Pacques à Angers". Henri Boulpiquante s’engagea donc politiquement, à supposer qu’il ne fut pas déjà un militant socialiste. Moins de trois mois après cette assemblée générale il était candidat aux élections municipales de Châteauroux sur la liste socialiste d’Edmond Augras. Il était candidat explicitement au titre de « président du syndicat des ouvriers métallurgistes » tout comme Bruneau le fut au titre de « président du syndicat des ouvriers du bâtiment », Pichon « président du syndicat des ébénistes », Pélissier « président de la fédération des travailleurs de l’Indre » et Lefèbvre « président de la société vigneronne ». Le maire républicain radical goûta peu cette liste, qui n’eut pas d’élu, mais qui le contestait sur sa gauche. L’une des conséquences fut le report de quatre ans de l’ouverture de la Bourse du travail, ouverture qui ne pouvait se faire sans les subventions de la mairie et la participation du « gros » syndicat des tabacs.
Avant ces élections municipales de début mai, les métallurgistes de Châteauroux, pour la première grève recensée dans ce secteur d’activité depuis les débuts de la 3ème République, avaient stoppé le travail du 8 au 16 avril. La revendication d’une réduction du temps de travail avec le maintien du salaire fut acceptée par les trois principaux patrons. Sur un total de 106 ouvriers 72 avaient fait grève. La journée de travail passa de 12 à 11 heures pour des salaires compris entre 2,5 et 4 Francs suivant les qualifications. Boulpiquante et le syndicat pouvaient se dire victorieux même si dans le même temps le syndicat du bâtiment avait obtenu la diminution du temps de travail et l’augmentation des salaires.
Le 17 mai 1896, Henri Boulpiquante présida la réunion du syndicat des métallurgistes qui modifia ses statuts en supprimant la présidence et la vice-présidence pour ne conserver qu’un bureau de trois personnes, bureau animé par un secrétaire ; changement de statuts mettant en œuvre les préconisations de la CGT. Dans le même temps Henri Boulpiquante refusait de déclarer à la Préfecture et à la Mairie le nombre de syndiqués « pour ne pas nuire aux intérêts du syndicat ».
Il fut encore question d’Henri Boulpiquante dans le journal Le Progrès de l’Indre du 18 juillet 1896. Animateur d’une réunion publique, le compte-rendu le présenta comme le « secrétaire du Groupe d’Études Sociales [c’est-à-dire de l’organisation socialiste] et de la Fédération des travailleurs ». C’était la dernière fois que le nom de Boulpiquante s’inscrivait dans une initiative syndicale et politique du mouvement ouvrier castelroussin.
Ni la date ni la cause de son départ ne furent rendues publiques et les archives préfectorales n’évoqueront pas le sujet. Une seule certitude : le 15 novembre il n’était plus secrétaire du Parti ouvrier et de l’Union départementale CGT (Bruneau du syndicat du bâtiment l’avait remplacé). Venant de Béziers et parti à Paris, le jeune forgeron avait pris part pendant deux ans à la création simultanée d’un parti politique et d’une union syndicale départementale.
Henri Boulpiquante, qui se déclarait toujours forgeron, se maria le 10 février 1887 dans le XVIIIe arrondissement parisien avec Ernestine Leguet, couturière née à Châteauroux en janvier 1861 et alors domiciliée rue des Abesses. La mère d’Ernestine, Marie Berthelot, était d’une famille de militants castelroussins. Selon toute vraisemblance, Henri Boulpiquante avait quitté Châteauroux pour rejoindre sa future épouse. Il mourut en 1906 à Courbevoie d’une maladie pulmonaire à l’âge de 44 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article190718, notice BOULPIQUANTE Henri, Jules par Jean-Luc Labbé, version mise en ligne le 19 mars 2017, dernière modification le 23 novembre 2021.

Par Jean-Luc Labbé

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 491, rapport du 2 octobre 1895. — Arch. Dép. Indre, M 6647, M 6658. — Compte rendu du congrès ; Rapports de police. — Arch. Mun. Châteauroux. — Le Progrès de l’Indre, 1895-1896. — Notes d’Alain Réjasse et de Louis Botella. - Etat civil de Paris.

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