CAYROL Antoine, Georges. Pseudonyme littéraire : Jordi Pere Cerdà

Par André Balent

Né le 4 novembre 1920 à Saillagouse (Pyrénées-Orientales) ; mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le 11 septembre 2011 ; boucher à Saillagouse, puis libraire à Perpignan ; militant du PCF ; résistant ; maire de Saillagouse (1952-1953) ; écrivain en langue catalane ; une des figures de proue de la vie culturelle nord catalane.

Antoine Cayrol, dans sa librairie, Perpignan, décembre 1976
Antoine Cayrol, dans sa librairie, Perpignan, décembre 1976
Photographie Marie Grau. Collection André Balent.

Antoine Cayrol qui, par son œuvre littéraire, finira par incarner une vision lyrique, moderne et universelle de la Cerdagne - d’où son pseudonyme Cerdà, cerdan en catalan qu’il ne s’est pas donné mais qui lui fut attribué par le directeur de la revue perpignanaise Tramontane qui édita ses premiers poèmes - naquit dans un village cerdan, mais ses parents, François Cayrol et Liberté Marguerite Clerc, étaient originaires de Fontpédrouse dans la vallée voisine, le Haut Conflent. Il partagea de ce fait des racines communes avec André Marty dont le père était né à Fontpédrouse et dont le destin eut quelques points communs (la Commune) avec celui du grand-père maternel d’Antoine Cayrol, Bonaventure Clerc. Ceci explique pourquoi le mutin de la mer Noire eut de l’estime et de l’affection pour le jeune Cerdan, résistant, adhérent du PC dès 1944 qui, outre ses racines conflentaises, était le cousin germain de sa secrétaire (Georgette Clerc) à Albacete et partageait avec lui la même passion pour la langue catalane.
Établi à Saillagouse, issu d’une famille d’éleveurs transhumants, muletiers et contrebandiers, le père d’Antoine pratiqua l’élevage et le négoce de bétail et ouvrit une boucherie qui lui permit de commercialiser ses produits.
Ses parents, des modérés, comme tout un chacun en Cerdagne, pouvaient néanmoins être qualifiés de « gauche ». Ils avaient hérité leurs convictions avancées, vaguement socialisantes, de leurs aïeux fontpedrosats. Antoine Cayrol, bientôt fils unique, du fait de la disparition prématurée de son frère, reçut les sacrements catholiques et fréquenta le catéchisme. Alors que la foi et la pratique religieuses des Cerdans, empreintes de formalisme et de conformisme social, ne pouvaient séduire le jeune Antoine Cayrol - qui eut une crise mystique durant l’adolescence - qui découvrit, jeune, la pensée sociale chrétienne. Grâce à des personnes qui, pour divers motifs, tourisme ou cures climatiques, étaient amenées à fréquenter la Cerdagne, il devint l’un des rares lecteurs cerdans (peut être le seul !) d’Esprit. La pensée chrétienne devint une des composantes majeures de sa manière d’appréhender la réalité. Il lut Teilhard de Chardin et, dans l’immédiat après-guerre, subit l’influence de Georges Mounin.
S’il fréquenta l’école primaire de Saillagouse, cet élève, doué intellectuellement, put aller au collège de Perpignan (il rafla beaucoup de prix en 6e, mais fit une 5e médiocre). Des raisons de santé conduisirent ses parents à le retirer de la pension : il eut successivement une pleurésie à sept ans, une diphtérie à douze ans et une congestion pulmonaire alors qu’il était en 4e. Il revint donc à Saillagouse se frotter au contact de la vie des paysans, des éleveurs et des bergers desquels il resta proche. Mais, esprit curieux et sensible, il lisait tout ce qui lui tombait sous la main, bien que le livre eût été plutôt rare dans la Cerdagne d’alors. Des influences multiples qui éveillèrent sa conscience et sa sensibilité, celle de sa cousine Georgette Clerc, parée d’une aura d’intellectuelle, ne fut pas, avant et après 1936-1939, l’une des moindres. Sa venue à Saillagouse en 1939, convertie au communisme et de retour d’Espagne, l’impressionna. Elle fit connaître au futur poète catalan España en el corazón de Pablo Neruda et El Romancero de Federico García Lorca.
L’« actualité » et ses développements dramatiques étaient, depuis juillet 1936, aux portes de Saillagouse. La Cerdagne espagnole était éprouvée par de tragiques épisodes de la guerre civile. La Cerdagne française fut aux premières loges de la Retirada. Se cherchant, « à gauche », déçu par les socialistes, Antoine Cayrol trouva sa voie, après mai-juin 1940, dans la Résistance.
Deux personnes - qui toutes deux avaient pour trait commun d’être extérieures à la Cerdagne - allaient l’influencer de façon profonde et définitive.
Le premier, un jeune de son âge, Maurice Briand, étudiant réfugié à Saillagouse, sympathisa avec lui. Tous deux, pendant l’été 1942, commencèrent à prendre en charge, à Quérigut (Ariège) dans la haute vallée de l’Aude, des candidats au passage en Espagne qui leur étaient dépêchés, dans un premier temps, par des membres d’un réseau centré sur Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Les deux comparses travaillèrent également avec le médecin juif, communiste, de Saillagouse, Victor Kapler* (lui-même bientôt fugitif parce que repéré et traqué) qui s’efforçait d’organiser des passages en Espagne. Maurice Briand, le premier compagnon de résistance eut une profonde influence idéologique sur le jeune Cerdan. Catholique, cherchant le contact avec les communistes, il fut le premier « maître » en politique d’Antoine Cayrol.
La deuxième personne qui exerça une influence décisive sur Antoine Cayrol fut le communiste catalan affilié au PSUC, dont la ligne était bien peu « orthodoxe », Josep Mas i Tió*. Originaire de la petite ville industrielle de Ripoll, proche, à vol d’oiseau, de la Cerdagne, Josep Mas quitta Montpellier à la fin de 1942 pour constituer un groupe clandestin, organiser des passages et préparer la fin du franquisme. Ce communiste était aussi catalaniste. Antoine Cayrol subit l’influence de ce meneur d’hommes énergique et charismatique qui l’amena à la fois à adhérer définitivement au communisme tout en faisant mûrir son inclination pour la culture catalane. Ses premiers écrits en langue catalane (des poésies) furent d’ailleurs publiés à Perpignan par la revue culturelle Tramontane dès 1943.
Antoine Cayrol allait collaborer étroitement avec lui et avec son groupe, en renforçant une filière qui allait se révéler d’une efficacité redoutable, assurant, sans heurts, le passage de plusieurs centaines de personnes et celui de courrier à destination ou en provenance d’Alger. Ce groupe frontalier qui groupa des clandestins de nationalité française et espagnole se rattachait à plusieurs réseaux (dont en premier lieu « Akak », animé tout d’abord, localement, par le docteur Kapler) et de façon ténue, du fait de l’hétérodoxie doctrinale de Mas, aux Guerrilleros espagnols d’obédience communiste. De fait ils travaillèrent d’abord pour la résistance extérieure française, gaulliste, mais aussi giraudiste, ce que leur reprocha, dès 1943, la cousine d’Antoine Cayrol, Georgette Clerc, dépêchée (à cette seule fin ?) depuis le Loiret par un membre de la direction clandestine du PCF. Quoiqu’il en fût, cette admonestation n’infléchit nullement l’action d’un groupe où les communistes français du cru étaient nombreux. Sous l’égide de Mas se forma, en 1943, un maquis à Llo, commune voisine de Saillagouse, qui se déplaça en 1944 au Puig de l’Estaca, à Sainte-Léocadie, puis à Sansa, en Conflent. L’efficacité de l’action d’Antoine Cayrol fut reconnue, dès avant la Libération puisque la Croix de Guerre avec étoile d’argent lui fut accordée pour ses passages clandestins en Espagne depuis Alger dès le 25 mars 1944 par le CFLN dans une citation à l’ordre de la division signée par Giraud en personne.
L’engagement communiste fut la suite logique de son action résistante. Ayant lu les classiques du marxisme, il adhéra complètement à la politique du parti et en suivit tous ses tournants. Il devint bientôt une des chevilles ouvrières du PCF en Cerdagne. Dès 1947, il accéda au comité fédéral. À ce moment, il avait été remarqué par André Marty qui appréciait son inclination pour la culture catalane. Raoul Vignettes, secrétaire fédéral de 1948 à 1961 affirme que l’accession du Cerdan au CF fut décidée par Marty qui fit une exception à la règle alors en vigueur qu’un militant issu de la résistance non communiste ne pouvait accéder à des postes de responsabilité fédérale. Il conserva ces responsabilités locales et fédérales tant qu’il demeura en Cerdagne (jusqu’en 1960). Dans cet engagement politique, Antoine Cayrol fit en sorte de ne jamais contredire la ligne de son parti. Même si des doutes pouvaient l’assaillir, il donna l’image d’un militant intransigeant et doctrinaire. Cette attitude tranchait avec la large ouverture d’esprit qu’il manifestait par ailleurs, fruit de réflexions mûries, approfondies et réfléchies.
Engagé dans l’armée à la Libération, il était à Perpignan en octobre 1944. En novembre 1944, il était affecté à Aix-en-Provence, mais fut renvoyé dans ses foyers par son colonel, en dépit de son engagement. Il dut pourtant revenir ultérieurement à Aix où il fréquenta une école de sous-officiers dont il sortit avec le grade de sergent-chef avant d’être affecté à Béziers et libéré en août 1945.
Il conquit, tout d’abord, malgré les difficultés pour le PC de s’implanter en Cerdagne, des mandats électifs municipaux.
Antoine Cayrol devint membre du conseil municipal provisoire de Saillagouse mis en place au lendemain de la Libération. Il assista à toutes ses séances, à l’exception de celle du 26 avril. Mais peut-être était-ce parce que, entre temps, il avait été appelé sous les drapeaux. Pour cette raison, il ne se présenta pas aux élections municipales d’avril 1945 où l’emportèrent ses amis de gauche, à commencer par le maire William Duran. Il ne se présenta pas non plus au scrutin d’octobre 1947. Le décès de William Duran provoqua de nouvelles élections municipales, les 4 et 11 mai 1952. À l’issue de ce scrutin, Antoine Cayrol fut élu maire de la commune, le 17 mai 1952 par 6 voix contre 5. Il conserva l’écharpe de premier magistrat jusqu’au renouvellement général des conseils municipaux lors des élections des 26 avril et 3 mai 1953. À nouveau élu conseiller municipal de Saillagouse, il fut battu lors de l’élection du maire par le candidat de droite, François Ester, en n’obtenant que 3 voix contre 8 à son adversaire. Dès lors, il anima l’opposition au sein du conseil municipal. Il fut battu à l’issue des élections municipales des 8 et 15 mars 1959, arrivant, avec 130 voix, en 14e position (scrutin de liste avec panachage) alors que le conseil avait alors 13 membres (François Ester, son adversaire de droite, obtint le plus de voix : 176 sur 263 exprimés).
Il fut candidat du PCF dans le canton de Saillagouse. Les 7 et 14 octobre 1951, le siège de conseiller général de Saillagouse était vacant, suite au suicide, à Paris, du conseiller sortant, le socialiste Barthélemy Lledos*. Antoine Cayrol affronta, dans une triangulaire, le maire socialiste d’Estavar, Augustin Gispert, et l’« indépendant paysan » Michel Aris, maire de Sainte-Léocadie, minotier, ancien conseiller d’arrondissement élu en 1937. Au premier tour, Aris obtint 1 126 voix alors que Cayrol se plaçait en seconde position avec 606 suffrages, devant Gispert (577). Au deuxième tour, les électeurs de Gispert, en pleine guerre froide, furent réticents à assumer un vote pour un communiste et certains votèrent pour Aris qui, avec 1 427 voix, battit aisément Cayrol (867). Le 20 avril 1958, un duel opposa Antoine Cayrol à Michel Aris. Cayrol, avec 822 suffrages, fit le plein des voix communistes (et au delà) ; mais Aris l’emporta aisément (1 744 voix). Par la suite, ne résidant plus en Cerdagne, Antoine Cayrol renonça à s’y présenter à une élection. Mais plus jamais un communiste n’obtint un tel pourcentage de voix que lui à une cantonale, ce qui montre qu’il jouissait, comme à Saillagouse aux municipales, d’une assise locale allant au-delà des engagements partisans. Enfin, le 26 avril 1959, il fut, avec Fernand Cortale*, candidat du PCF aux élections sénatoriales dans les Pyrénées-Orientales, Narcisse Planas étant son suppléant. Au premier tour, il obtint 60 voix (Cortale, 78) sur 201 suffrages exprimés. Au second tour les candidats du PC se désistèrent en faveur du radical Gaston Pams qui fut élu (Léon-Jean Grégory* avait été élu au premier tour).
Antoine Cayrol fut, beaucoup plus tard, candidat aux municipales à Perpignan en 1989, sur la liste conduite par André Tourné*. Il ne fut pas élu, n’étant pas, d’ailleurs, en position éligible.
Son action politique en Cerdagne fut, certes, celle d’un militant traditionnel. Toutefois, la forte personnalité d’Antoine Cayrol, un intellectuel autodidacte d’une culture étendue et éclectique (catalane, française - attentif à tout ce qui se publiait à Paris et à Barcelone - et internationale). Il lut Marx et Platon, saint Augustin et les grands romanciers américains (Dos Passos, Faulkner) ou russes, et Spinoza et Lorca, et, plus tard, à Perpignan, en vrac : Heidegger, Jung, Deleuze, Serres... La poésie française avant Éluard, Char et Aragon n’était guère à son goût. S’il lut les classiques marxistes, il ne semble pas qu’ils l’aient marqué outre mesure. Mais partageant les canons de l’« orthodoxie » stalinienne, il déconseillait la lecture d’Hommage to Catalonia d’Orwell, un livre qu’il estimait avoir été écrit « contre nous ».
Les particularités géopolitiques de la Cerdagne donnèrent à son action une dimension singulière. L’expulsion des militants du PSUC et du PCE (assignés à résidence en Corse, en Algérie ou expulsés à l’étranger, parmi eux, d’anciens compagnons de la lutte clandestine aux côtés de Mas) par le gouvernement pendant l’été 1950 après la dissolution de ces partis en France l’amena à mener une campagne de protestation avec Marcelle Dumont, sénateur communiste en villégiature en Cerdagne qui, en ces temps de guerre froide exacerbée, ne suscita, au mieux, que l’incompréhension de la plupart des Cerdans.
Autre temps fort, à la charnière de l’agitation politique et de l’action culturelle, sa participation à la « Bataille du livre » (1951), impulsée à l’initiative de Louis Aragon et d’Elsa Triolet. Elle fut un total succès et Antoine Cayrol en fut le pilier au plan départemental. Son engagement fut alors d’ampleur nationale et le PCF put mettre en scène le « boucher qui écrivait des vers [...] qui organisait des veillées poétiques dans les villages cerdans » (Cant alt) et le fit connaître bien au-delà de sa Cerdagne natale. Il ne se contentait plus d’écrire dans les revues locales ou dans le Travailleur Catalan ; il avait, désormais, accès aux colonnes des Lettres françaises (n° du 29 novembre 1951). La bataille du livre lui permit de nouer des liens durables avec les intellectuels occitans de gauche comme le Nîmois Robert Lafont*, universitaire à Montpellier. Il ne réussit toutefois pas à pénétrer le dernier cercle de l’intelligentsia communiste parisienne.
Antoine Cayrol épousa, le 20 avril 1956, Hélène Cristofol (d’une famille originaire de Llo, elle était apparentée à Jean Cristofol* député-maire de Marseille et à Aubin Cristofol*, maire d’Enveitg) que ses fonctions de professeur de collège amena à résider à Perpignan à partir de 1958. Aussi dut-il se résoudre à quitter la Cerdagne pour Perpignan. Après avoir créé, en septembre 1960, une boucherie dans le quartier de Saint-Assiscle, il racheta le 1er janvier 1965, à la suite du décès du réfugié catalan Julià Gual, la « Librairie de Catalogne ». Piètre gestionnaire, il fit de cet établissement qu’il dirigea jusqu’en 1976, année de son départ à la retraite, un foyer de culture qui éveilla bien des consciences de jeunes Perpignanais. À Perpignan, il ne joua plus qu’un rôle très marginal dans le parti auquel il reste, jusqu’à ce jour (2006) fidèle, abandonnant tous les postes de responsabilité qui furent les siens.
L’œuvre littéraire d’Antoine Cayrol est à la fois immense - du point de vue de sa qualité, mais assez réduite en volume - et malgré son éclectisme, d’une grande unité.
Elle est écrite en catalan à l’exception d’articles de réflexion culturelle ou sociale, de critique littéraire ou artistique, rédigés aussi en français.
C’est d’abord une œuvre poétique dont les critiques et les historiens de la littérature s’accordent à dire qu’elle est d’une rare puissance et d’une grande modernité quant à sa forme et à son fond, mais à mille lieues des canons staliniens du « réalisme socialiste ». Évoquant avec un lyrisme époustouflant la Cerdagne, sa nature, ses villages, ses gens, elle s’inscrit dans l’histoire qui se construit, attentive aux rumeurs du vaste monde. Elle a commencé en 1943. Plusieurs recueils ont été publiés au fil des ans et ont été reconnus par Barcelone, foyer principal de la culture catalane. Au bout du compte la plupart de ses œuvres furent éditées à Barcelone.
C’est aussi une œuvre théâtrale, conçue en premier lieu pour être jouée par des amateurs de villages, les seules troupes qu’il avait alors sous la main. Mais la profondeur des analyses psychologiques, la qualité des thèmes évoqués firent jouer ses pièces sur les grandes scènes théâtrales barcelonaises, en particulier Quatre dones i el sol, fréquemment reprise en Catalogne.
C’est, enfin, une œuvre narrative variée allant de la réinterprétation des contes traditionnels, aux recueils de nouvelles et au roman, le monumental Passos estrets per terres altes (1998), récemment traduit en français (2006). Il s’essaya également à l’autobiographie. L’inclassable Cant alt (1988) est une œuvre complexe qui va bien au-delà de la littérature, en dépit de son sous-titre (Autobiografia literària) : elle déborde amplement sur la politique et la réflexion sociale et politique. En 2006, restait en chantier une nouvelle autobiographie (Finestrals d’un capvespre) centrée principalement sur la période de la Seconde Guerre mondiale et qui accorde une grande place à son expérience personnelle. Le livre a été publié en 2009. C’est une oeuvre assez décevante, du moins en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale, car, en plus d’inévitables erreurs de détail, elle donne un point de vue très subjectif et règle parfois des comptes —injustement—avec certains résistants, comme le douanier communiste André Parent alias "Claude"*.
Connu à Paris dans certains milieux intellectuels, grâce, en particulier, à l’entregent du cinéaste Henri Aisner (qui envisagea sérieusement de porter à l’écran sa pièce de théâtre La set de la Terra), des gens de la revue Europe et d’Albert Riera* (cousin de Jean Vigo, homme de radio et de télévision ayant des attaches familiales en Cerdagne et de multiples contacts avec des écrivains et des artistes), Antoine Cayrol eut des entrées, pas seulement grâce au parti. Elles lui ouvrirent un horizon nouveau qui s’ajouta à la fréquentation des intellectuels barcelonais. Parmi les réalisations qu’il put mener à bien dans la capitale, nous n’évoquerons ici que les trois numéros spéciaux de la revue Europe consacrés à la littérature catalane qu’il dirigea et préfaça (1958, 1967, 1981). Lors de ses voyages dans la capitale, quelquefois, mais pas toujours, pour des motifs politiques, il fréquentait assidûment les théâtres.
L’œuvre de Jordi Pere Cerdà (Antoine Cayrol) a été reconnue, pas toujours à sa juste valeur, ainsi qu’a permis de le souligner le colloque de 2001 que lui consacra l’université de Perpignan. Marginal en France, parce que vivant loin de Paris et n’écrivant pas en français, il le fut aussi à Barcelone, avec la circonstance aggravante que bien qu’utilisant le catalan, il le fit au delà d’une frontière. En bref : trop catalan pour les Français et trop français pour les Catalans du Sud
Cela ne l’a pas empêché de recevoir (1995) à Barcelone la plus haute récompense littéraire catalane, le Premi d’honor de les lletres catalanes. À noter également, parmi les nombreuses distinctions qui lui furent accordées, le Premi nacional de cultura (literatura) (1999) pour son roman, vaste fresque historique de la Cerdagne au XIXe siècle, Passos estrets per terres altes. Antoine Cayrol fut un inlassable militant de l’enseignement de la langue catalane. Dans un premier temps, il s’associa aux initiatives d’André Marty. En 1960, il participa avec des personnalités venues d’horizons très divers à la fondation du Grup rossellonès d’estudis catalans dont un des objectifs était de promouvoir l’enseignement du catalan. À plusieurs reprises, il fit partie des instances dirigeantes de l’association. Il dirigea un temps sa revue trimestrielle, Sant Joan i Barres.
Antoine Cayrol et Hélène Cristofol eurent deux enfants : Christophe né en 1957 et Marie née en 1962.
Après ses obsèques civiles son corps fut incinéré à Canet (Pyrénées-Orientales). Le Travailleur catalan organisa afin de rendre hommage à sa mémoire, une grande manifestation culturelle et politique le 7 décembre 2011 à Alénya (Pyrénées-Orientales). À cette occasion fut publié un substantiel numéro hors-série du Travailleur catalan, l’hebdomadaire de la fédération communiste départementale, dans lequel des contributions très diverses évoquèrent les divers aspects de sa vie et de son oeuvre. Après sa mort, son nom fut donné à plusieurs voies, locaux ou édifices de plusieurs communes du département. Ainsi, le théâtre municipal de Perpignan, construit en 1812, reçut-il le nom de théâtre Jordi-Pere-Cerdà. Une école en langue catalane qui ouvrit après son décès dans son village natal a été nommée Escola Jordi Pere Cerdà. À Elne (Pyrénées-Orientales), la "rue/carrer Jordi Pere Cerdà" d’un nouveau lotissement de la ville fut inaugurée en septembre 2012 par le maire communiste, Nicolas Garcia.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19080, notice CAYROL Antoine, Georges. Pseudonyme littéraire : Jordi Pere Cerdà par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 juin 2020.

Par André Balent

Antoine Cayrol, dans sa librairie, Perpignan, décembre 1976
Antoine Cayrol, dans sa librairie, Perpignan, décembre 1976
Photographie Marie Grau. Collection André Balent.
Antoine Cayrol [Jordi Pere Cerdà], 4 juin 1977
Antoine Cayrol [Jordi Pere Cerdà], 4 juin 1977
Photographie Marie Grau. Collection André Balent

ŒUVRE  : Outre les quelques titres d’une œuvre importante et variée cités dans la notice, on trouve une bibliographie de ses œuvres sur support papier et de leurs éditions dans les Actes du colloque Jordi Pere Cerdà (références dans les Sources), article de Marie GRAU, « L’œuvre de Jordi Pere Cerdà. État des lieux », p. 131-167.

SOURCES : Arch. com. Saillagouse, état civil et registre des délibérations du conseil municipal. — Daniel Arasa, La Guerra secreta del Pirineu (1939-1944), Barcelone, Llibres del Índex, 1994. — André Balent, La Cerdagne du XVIIe au XIXe siècle. La famille Vigo, casa, frontières, pouvoirs, Perpignan, Trabucaire, 2003. — André Balent, « Antoni Cayrol [Jordi Pere Cerdà], una aproximació biogràfica », Aïnes noves,3, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2010, pp. 71-82. — André Balent, "André Marty, son parcours, son action en faveur de la calalanité", Le Fil à soi (publié par les Amis de Catllar), juillet 2017, n°76, pp. 5-11. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose..., 1, Le temps de Quatrième (1944-1958), préf. de François Goguel, Privat, Toulouse, 1984. — Pierre Cantaloube, Saillagouse et la Cerdagne, Saint-Esteve, Les Presses Littéraires, 1998. — Jordi Pere Cerdà, Cant alt. Autobiografia literària, Barcelone, Curial edicions catalanes. — Jordi Pere Cerdà, Finestrals per un capvespre, Perpignan, Trabucaire, 2009, 247 p. — Cinto Carrera, Teresa Dalmau, Marie Grau, Miquela Valls (dir.), Actes du colloque Jordi Pere Cerdà : littérature, société, frontière, Perpignan-Barcelone, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, Presses Universitaires de Perpignan, 2004, cf. plus particulièrement trois articles biographiques : André Balent, « Antoine Cayrol et André Marty, engagement communiste et identité catalane, 1939-1956 », p. 329-346 ; Pierre Chevalier, « Les métamorphoses des années 1940 pour un jeune cerdan. Les limites de la Résistance dans une Résistance... aux limites de l’État », p. 305-314. ; Joan Peytaví Deixona, « En Cerdà conflentí. Les arrels de l’Antoni Cayrol », p. 287-304. — Émilienne Eychenne, Les Portes de la liberté. Le franchissement clandestin de la frontière espagnole dans les Pyrénées-Orientales de 1939 à 1945, Toulouse, Privat, 1985. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane. Iconographie : documents, photos, presse..., IIa, Els Alemanys fa (pas massa) temps Prades, Terra nostra, 1996, IIb, De la résistance à la Libération, 1998. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, « Chronologie des années noires », Prades, Terra Nostra, 1994. — Colonel Rémy, Histoires catalanes, (col. La ligne de démarcation), Perrin, 1972. ; Avec et sans l’uniforme, col. La ligne de démarcation, Perrin, 1976. — Ferran Sánchez Agustí, Maquis y Pirineos. La gran invasión (1944-1945), Lérida, Éditorial Milenio, 2001. — Ferran Sánchez Agustí, Espías, contrabando, maquis y evasión. La II Guerra mundial en los Pirineos, Lérida, Editorial Milenio, 2003. — L’Indépendant, quotidien, Perpignan. — Le Travailleur Catalan, hebdomadaire de la Fédération communiste des Pyrénées-Orientales, Perpignan. — Nombreuses conversations avec Antoine Cayrol pendant plus de trente ans. — Entretiens avec Antoine Cayrol, Saillagouse, 26 août 2000, 1er septembre 2001, 12 juillet 2004. — Entretien avec Raoul Vignettes, Ortaffa, 12 septembre 2001. — Courrier de Marie Grau, 18 juillet 2006. — Hyacinthe Carrera, Nicole Gaspon, Raymonde Pumareda-Cathala (coord.), El món. Jordi Pere Cerdà, Numéro spécial du Travailleur catalan, d’hommage posthume à Antoine Cayrol / Jordi Pere Cerdà, Perpignan, décembre 2011.

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