CAZALS André [CAZALS Henri, Joseph, André]

Par André Balent

Né le 31 juillet 1919 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), mort le 5 mai 1994 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; instituteur, puis professeur d’enseignement général des collèges ; militant du MLP, de l’UGS, du PSU ; dirigeant du SGEN départemental et de l’UD-CFDT des Pyrénées-Orientales.

Le prénom usuel « André », saint patron de la paroisse de Rivesaltes, grosse bourgade viticole de la plaine du Roussillon, lui avait été donné par son parrain. Fils de Joseph, Jean-François Cazals (1888-1968), caviste à la coopérative viticole de Rivesaltes, et de Gabrielle, Marie-Antoinette Chemin (1883-1973), André Cazals naquit dans une famille catholique pratiquante. Rivesaltes « la Rouge », bastion guesdiste puis communiste, marginalisa ceux qui conservaient leur foi catholique. Ce milieu laïque, combatif et revendicatif, l’influença car, choisissant délibérément le catholicisme social, il conserva la foi de son enfance tout en militant assidûment dans les rangs du mouvement ouvrier, aux côtés d’athées, souvent anticléricaux. Il fréquenta l’école primaire puis le cours complémentaire de Rivesaltes, avant d’entrer à l’École normale d’instituteurs de Perpignan (1936-1939). Il fut titulaire des brevets élémentaire et supérieur.

André Cazals débuta comme instituteur à Bages (Pyrénées-Orientales) à la rentrée de 1939 et fut titularisé le 1er janvier 1940. Mobilisé à Montpellier le 15 avril 1940, il participa à la « drôle de guerre ». Après l’armistice du 22 juin 1940, il demeura dans l’armée d’armistice jusqu’à sa dissolution, après l’occupation de la zone libre par les forces allemandes. Après son retour à la vie civile, requis pour le STO, il travailla à la construction de fortifications sur les plages du Barcarès (Pyrénées-Orientales). En août 1944, il se trouvait en Cerdagne (s’était-il échappé ?). Après la Libération, il fut arrêté par erreur, et aussitôt relâché, étant confondu avec un des fils de Thomas Casals, maire collaborationniste de Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales) dont les fils, miliciens actifs, avaient participé aux côtés des Allemands, à la destruction du village de Valmanya, dans le massif du Canigou.

André Cazals renoua avec la carrière d’enseignant, quittant l’enseignement primaire pour travailler en cours complémentaire, avant d’intégrer le corps des PEGC, à sa formation (lettres-histoire et géographie). Du milieu des années 1960 jusqu’à sa retraite, il fut en poste au premier cycle du lycée de garçons François Arago de Perpignan.

Son épouse, Andrée Roussel, née en 1918, institutrice publique, termina sa carrière comme directrice de l’école Édouard Herriot. Le couple eut quatre enfants : Marie-Gabrielle, née en 1948, institutrice syndicaliste, un temps adhérente du PSU ; Marc, né et mort en avril 1949 ; Jean-François ; Luc, né en 1956, instituteur syndicaliste. Comme son mari, elle était catholique pratiquante. Ses deux frères furent aussi des militants : Pierre Roussel, installé à Bolbec (Seine-Maritime), milita dans sa ville d’adoption, au PSU puis au PS. Il fut conseiller d’une municipalité d’union de la gauche de cette ville et conseiller général socialiste de la Seine-Maritime. François Roussel, prêtre, curé de la paroisse perpignanaise de Saint-Martin, aumônier, au début des années 1960, au lycée François Arago de Perpignan, très engagé dans la vie sociale et politique de la ville, fut, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, un actif militant du PSU ; par la suite, rendu à la vie laïque, prêtre ouvrier, il fut salarié d’une société pétrolière et militant de la CGT ; vivant maritalement, il cessa d’exercer son sacerdoce, sans, toutefois, être officiellement défroqué.

André Cazals adhéra à la CFTC dont il était en 1958 le secrétaire de l’union départementale des Pyrénées-Orientales puis à la CFDT. Il fut un pilier du SGEN, organisation très minoritaire dans les Pyrénées-Orientales. Il siégea aussi dans les organismes dirigeants de l’UD-CFDT des Pyrénées-Orientales. Retraité, et jusqu’à sa mort survenue brutalement, il assura des tâches bénévoles à l’UD-CFDT. Il participa très activement à la grève générale de mai-juin 1968.

Dans les années 1950, Cazals adhérait au Mouvement de libération du peuple (MLP) et participa à l’animation du petit noyau de militants actifs des Pyrénées-Orientales. Il adhéra à l’Union de la gauche socialiste (UGS) dès son congrès constitutif en 1957 et participa à sa direction départementale. Si la plupart des militants perpignanais de l’UGS étaient issus de la mouvance catholique progressiste, certains, tels Claude Villers*, militant de la Libre pensée, étaient des laïques anticléricaux. La lutte de l’UGS contre la guerre d’Algérie, lutte à laquelle participa très activement Cazals, donna sa cohésion à une organisation qui sut s’affirmer au sein de la gauche anticolonialiste roussillonnaise : « À l’UGS, il régnait une chaleureuse et fraternelle amitié. » (Témoignage d’André Hérault*). En 19858, André Cazals était le secrétaire de la section de Perpignan del’UGS.

André Cazals fut candidat aux élections municipales de Perpignan (scrutin du 8 mars 1959) sur la liste « Union des forces démocratiques » (groupant des militants de l’UGS, du PSA, de l’Union progressiste, de la Ligue des droits de l’Homme). Il ne fut pas candidat au second tour sur la liste d’Union de la gauche issue de la fusion entre celles du maire sortant (SFIO) Félix Depardon, la liste communiste et celle de l’Union des forces démocratiques. Il adhéra ensuite au PSU auquel il demeura affilié jusqu’à l’autodissolution de ce parti. Il participa, pendant les années 1960 et au début des années 1970, aux directions de la section de Perpignan (bureau) et de la fédération (bureau et comité fédéral). En 1962, il faisait partie des propagandistes du parti. À la suite de la démission de Jean Ribalta (24 avril 1964), il devint secrétaire de la section de Perpignan et le demeura pendant quelques mois. Le 28 septembre 1964, il fut, devant la section de Perpignan, le rapporteur du dossier de la préparation des élections municipales de 1965 qui aboutit à la formation, de la liste d’union de la gauche conduite par Cyprien Lloansi*. André Cazals s’impliqua à fond dans le militantisme politique pendant les événements de mai-juin 1968 et pendant les années qui suivirent. Militant discret mais efficace, il s’engagea localement dans divers combats : comité Vietnam, aux côtés de la Ligue communiste ; luttes locales en faveur d’immigrés ; soutien à la lutte menée contre l’extension du camp militaire du Larzac ; soutien actif, y compris clandestin, aux antifranquistes jusqu’en 1975 ; soutien aux luttes locales, sociales ou environnementales.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19091, notice CAZALS André [CAZALS Henri, Joseph, André] par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 septembre 2015.

Par André Balent

SOURCES : — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 94 W 82, élections législatives de 1958 ; 110 J 7, 110 J 8, 159 J 1, archives de la fédération des Pyrénées-Orientales du PSU : divers dossiers, le dernier déposé par Antoinette Claux. — L’Indépendant, quotidien, Perpignan. L’Action socialiste, mensuel de la fédération du PSU des Pyrénées-Orientales (début des années 1970). — Renseignements fournis (Perpignan, 1er et 4 avril 2007) par Luc Cazals, fils de l’intéressé. — Témoignage d’André Hérault, militant du MLP puis de l’UGS et du PSU, recueilli par Pierre Grau (2005). — Souvenirs personnels d’André Balent, en particulier de conversations avec l’intéressé, avec son beau-frère François Roussel et avec Antoinette Claux.

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