CASTANY Fernand, Lucien

Par André Balent

Né à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le 14 février 1901, mort à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) le 23 août 1953 ; employé à la Compagnie des chemins de fer du Midi ; militant communiste à Rivesaltes.

Comptable à la Compagnie des chemins de fer du Midi, en poste en gare de Rivesaltes, Fernand Castany milita d’abord aux Jeunesses communistes de cette localité (interview de Émile Dardenne*). Le 19 octobre 1928, il fut candidat au conseil général dans le canton de Rivesaltes. Au second tour du scrutin, il obtint 705 voix (avec 1 658 voix, Brégoulat, républicain socialiste, fut élu).
Au début de 1928, d’après le commissaire de police de Rivesaltes (rapport du 23 février 1928), F. Castany était alors secrétaire de la cellule des cheminots de Rivesaltes et dirigeait également la section locale du Secours rouge international.
Fernand Castany joua un rôle important pendant la grande grève des ouvriers agricoles de Rivesaltes (voir Joseph Cassuly ; Émile Dardenne*) en 1928. Il devint le trésorier du comité de grève qu’impulsait par ailleurs Joseph Cassuly. Chaque soir, lorsque les ouvriers agricoles en grève se réunissaient et que Joseph Cassuly les haranguait, Fernand Castany était présent aux côtés de ce dernier. Intervenant pendant cette longue grève que les communistes rivesaltais avaient fait le pari de diriger, il remplaça Joseph Cassuly malade à la tête du comité de grève, le 22 mars 1928. Le 23 mars un procès-verbal lui était dressé pour « insulte aux gendarmes » (alors fort nombreux à Rivesaltes). Cela n’empêcha nullement Fernand Castany de poursuivre ses activités au sein du comité de grève. Le 3 mai 1928 il fut condamné à quinze jours de prison avec sursis et à 50 francs d’amende. Peu de temps avant de comparaître devant le tribunal correctionnel, il semble qu’il aurait manifesté des désaccords avec sa cellule (à propos des désistements au second tour des élections ?).
Le 18 novembre 1928, toutefois, Fernand Castany, qui, entre temps, était devenu secrétaire du rayon de Rivesaltes, présida la conférence de la Région du Midi du Parti communiste.
En 1932, il était toujours secrétaire du rayon de Rivesaltes. À cette date cette organisation groupait six cellules ayant toutes leur siège à Rivesaltes et dont les effectifs s’élevaient à environ 90 militants. En 1934, il était toujours secrétaire du rayon de Rivesaltes : celui-ci ne groupait plus que trois cellules, mais le nombre de militants communistes rivesaltais avait considérablement augmenté depuis 1932 : en effet dans son rapport au ministre de l’Intérieur daté 28 décembre 1934, le préfet des Pyrénées-Orientales estimait que l’effectif des trois cellules du rayon de Rivesaltes était de 250 à 300 (sympathisants compris).
Fernand Castany appartenait à cette génération de militants qui prirent en main les destinées du Parti communiste rivesaltais après l’échec de la grève des ouvriers agricoles de 1928. Dans un rapport au préfet des Pyrénées-Orientales (11 juin 1932) le commissaire de police de Rivesaltes notait une légère perte d’influence des cellules de Rivesaltes : « La position des communistes est moins forte qu’en 1928 ». Dans le rapport cité plus haut, le préfet des Pyrénées-Orientales écrivait, le 28 décembre 1934 : « C’est à Rivesaltes qu’est né le Parti communiste de mon département. L’activité des dirigeants locaux atteignit son apogée au moment où la mairie leur appartenait. Mais depuis les élections de 1929 qui ont vu l’avènement d’une municipalité hostile aux doctrines extrémistes, un fléchissement sensible a été constaté » (suit une liste des « principaux dirigeants », dont Fernand Castany et Émile Dardenne).
Fernand Castany fut candidat du PC dans la circonscription de Prades lors des élections législatives de mai 1932. Il obtint 1252 voix au premier tour, 289 seulement au second.
Fernand Castany fut le colistier d’Émile Dardenne* lors des élections au conseil d’arrondissement de Perpignan d’avril 1935 dans le canton de Rivesaltes. Peu après alors que la préparation des élections municipales battait son plein une crise éclata au sein des cellules de Rivesaltes. Le commissaire de police de Rivesaltes le faisait savoir au préfet des Pyrénées-Orientales dans un rapport daté du 14 avril 1935 : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que de profonds dissentiments paraissent exister au sein des cellules. Par une conversation discrètement surprise d’autre part entre deux militants communistes, j’ai appris que les éléments de ce parti sont divisés par des luttes intestines, certains ne voulant pas accepter les directives de Castany et de Joffre, respectivement secrétaire et trésorier des cellules [c’est-à-dire du rayon de Rivesaltes] (...) On reproche surtout à Castany d’avoir par ses paroles d’hier [il s’agit d’une réunion électorale publique du PC à Rivesaltes] violemment blessé les éléments socialistes qu’il a accusé d’aller contre la classe ouvrière en présentant une liste aux élections municipales et d’avoir pu ainsi occasionner le revirement brutal des voix socialistes sur lesquelles les communistes comptent surtout pour avoir la majorité ». En effet les communistes qui avaient perdu la mairie de Rivesaltes en 1929 (voir Jean Roujou*) pensaient bien pouvoir la reconquérir en mai 1935. La nouvelle stratégie du Parti impliquait un rapprochement avec le Parti socialiste SFIO. À Rivesaltes, le Parti communiste, premier parti de la gauche, avait impérieusement besoin de l’apport des voix socialistes à cette élection municipale. L’attitude de Fernand Castany lors de la réunion publique du 12 avril, « organisée par le Parti communiste secondé par des délégués du Parti socialiste » (rapport de l’adjudant Danyach, commandant de la brigade de gendarmerie de Rivesaltes, 13 avril 1935) compromettait le succès électoral de son parti. Le commissaire de police de Rivesaltes dans le rapport déjà cité (14 avril 1935) concluait : « Les éléments socialistes ont été réellement froissés par les paroles de Castany. Si la situation actuelle était convenablement exploitée au point de vue politique, il est probable que le Parti communiste serait battu aux prochaines élections municipales ». Cette version des faits telle qu’elle apparaît dans les deux rapports de police et de gendarmerie cités ci-dessus a été confirmée par Émile Dardenne dans un entretien qu’il eut le 16 décembre 1981 avec M. Michel Cadé professeur au lycée François Arago à Perpignan. Émile Dardenne* a affirmé que Fernand Castany, en présence du secrétaire de la Région catalane, Pierre Terrat*, et devant toute la salle, aurait apostrophé les socialistes présents en leur disant notamment que « les communistes n’étaient pas des petits garçons et n’avaient pas besoin d’eux ». De toute évidence, Fernand Castany, dirigeant du rayon de Rivesaltes tout le temps que le Parti communiste appliqua sa tactique sectaire « classe contre classe » n’avait pas compris, en 1935, que l’heure était désormais à l’union avec le Parti socialiste SFIO... D’après Émile Dardenne, le soir même, la cellule à laquelle appartenait Fernand Castany, réunie par les soins de Pierre Terrat, l’exclut. Un peu plus tard Le Travailleur du Languedoc (31 août 1935) tirait le bilan de cet incident dont les conséquences électorales furent désastreuses pour le Parti communiste : « Nous devons avouer que des événements malheureux ne nous ont pas permis d’agir localement dans l’intérêt de notre parti et du prolétariat ».
En dépit de son exclusion, Fernand Castany demeura très proche de son ancien parti. Après la Seconde Guerre mondiale, bien qu’il n’ait pas été formellement réintégré, il suivait de très près les diverses activités du PCF. Sur le plan professionnel, il conserva son emploi de cheminot de la Compagnie du Midi puis de la SNCF en gare de Rivesaltes.
Il fut tué par un train, le 23 août 1953. Son corps fut retrouvé coupé en deux à un kilomètre de la gare de Rivesaltes. Il fut inhumé au cimetière de Rivesaltes. Émile Dardenne, à qui il s’était opposé en 1935, prononça son éloge funèbre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article1910, notice CASTANY Fernand, Lucien par André Balent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 17 mars 2015.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Nat. F7/13839 (grève de Rivesaltes, 1928) (voir notamment le rapport du commissaire de police de Rivesaltes (23 février 1928). — I. Recherches marxistes, bobine microfilmée 360, conférence régionale du Midi (18 novembre 1928). — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 64 (Parti communiste et CGTU 1932-1933) rapport du commissaire de police de Rivesaltes au préfet des Pyrénées-Orientales (11 juin 1932) ; rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (21 juin 1932) ; liasse 177 (Parti communiste et SFIO, 1934), rapport et annexes au rapport (pièce n° 1) du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur 28 décembre 1934 ; 2 M 5/304 (rapport de l’adjudant de gendarmerie Danyach, 13 avril 1935 ; rapport du commissaire de police de Rivesaltes, 14 avril 1935). — État civil de Perpignan. — Le Travailleur du Languedoc, organe de la Région communiste du Midi, 30 mars 1935. — L’Indépendant (Perpignan), 24 août 1953 (informations générales et rubrique des faits divers). — Le Travailleur Catalan, hebdomadaire de la Fédération communiste des Pyrénées-Orientales août 1953 (chronique locale de Rivesaltes) — Renseignements communiqués par M. Michel Cadé, professeur au lycée Arago de Perpignan. — H. Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément