JOUBERT Alain [pseudonyme dans la résistance : Henri, Riri]

Par Eric Panthou

Né le 4 juin 1923 à Thiers (Puy-de-Dôme), mort le 5 août 1996 à Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), cadre du camp Wodli ; membre du Parti communiste (PCF) ; trésorier général de la FNDIRP pendant 30 ans.

Alain Joubert à la tribune d’un congrès de la FNDIRP en 1984.
Collection de la FNDIRP.

Alain Joubert était le fils du docteur Camille Joubert, socialiste, adjoint au maire de Thiers, président des Amis de l’URSS.

Avant 1939, Alain adhéra aux Jeunesses communistes à Thiers. Il fit partie de la dizaine de militants locaux. En février 1940, le groupe essaya de se reconstituer clandestinement. Raymond Trioullier, l’ancien secrétaire, lui remit en février un exemplaire de l’Avant Garde, le journal clandestin des JC qu’Alain Joubert déclara vouloir lire et le brûler après. Militants connus, les Joubert sont sans doute particulièrement surveillés dans la ville de Thiers. Sa sœur Nicole Joubert fut d’ailleurs arrêtée en janvier 1941 pour distribution de tracts des Jeunesses communistes.
Alain Joubert était celui qui coordonnait la diffusion de tracts du PCF et des Jeunesses communistes, notamment avec son ami René Dumont qui l’avait rejoint dans l’action à l’automne 1942.
A cette date, sa mère vient d’être libérée du camp de Rieucros et ses parents vont être assignés à résidence à Jozer (Puy-de-Dôme). Resté seul à Thiers, première partie du Bac en poche, Alain Joubert a fait la rentrée en philosophie en octobre. C’est à cette date qu’il informe son ami René Dumont de son départ dans la clandestinité. Il déclare à son ami, qu’avant de se préoccuper de son avenir et de son Bac, sa priorité était d’aider à chasser les troupes allemandes. Il donne alors ses consignes pour que son ami lui succède à Thiers.
Alain Joubert quitta donc ses études au collège, le 5 janvier 1943, pour rejoindre Saint-Etienne puis les FTP. Son contact était Jean Sosso, à Saint-Etienne. Pendant les mois qui suivent, il viendra régulièrement passer quelques heures ou quelques jours chez ses parents à Joze.
À partir de mars 1943, sous le pseudonyme d’ « Henri », puis de « Riri », il fut affecté à l’état-major FTP de la Loire. Aux côtés de Jean Sosso (ex colonel Guillemot), il fut chargé d’organiser le 1er maquis FTP de la région qui s’installa dans les bois de Barradou près de Babonnès, en Margeride. Plus tard, ce maquis se reconstitua sous le nom de maquis Wodli* en hommage à un communiste alsacien assassiné par les nazis à Strasbourg le 2 avril 1943. Le maquis Wodli fut un des plus importants maquis de la région.
Il est considéré comme l’un des fondateurs du maquis, aux côtés de Marcel Imms, le responsable militaire (commissaire aux opérations) et Henri Julien, responsable politique (Commissaire aux effectifs).

Alain Joubert était commissaire technique aux côtés d’Augustin Ollier (commandant Ravel) et du lieutenant Henri. En plus du sabotage de voies ferrées et de récupération d’armes, ce maquis organisa l’évasion de 26 détenus politiques de la prison du Puy-en-Velay le 24 avril 1943, puis à celle de 80 patriotes le 2 octobre 1943, toujours au Puy-en-Velay. S’il fut informé au moment des faits, il ne fut pas à l’origine ni impliqué dans l’exécution de 4 militants trotskystes par les hommes du camp Wodli, sur ordre de la direction du PCF, en octobre 1943.
Joubert était l’un des principaux dirigeants du maquis, aux côtés de Théo-Vial-Massat, et cela jusqu’au 10 décembre 1943. A cette date, tous deux, Vial et Joubert, sont mutés sur ordre de l’état-major national des FTPF, Vial-Massat dans la région Drôme-Vaucluse, et Alain Joubert dans l’Allier. On lui confia la responsabilité du service de renseignements (Service B) des FTP de la région suite à plusieurs arrestations. Il devait se rendre en montagne bourbonnaise où de grandes difficultés semblaient affecter un groupe du maquis FTPF de la Pourière à Châtel-Montagne, dont aucune information ne parvenait au niveau département.
Mais il fut arrêté par la Milice au bout de quelques jours, à Cusset, dans la banlieue de Vichy, le 5 février 1944. Il allait prendre le car pour se rendre au Mayet-de-Montagne Mais il ignorait que les 22 membres du maquis avaient été arrêtés la veille par la Milice et les GMR. après dénonciation. Alain Joubert fut interné à la prison de Cusset, puis au casino de Vichy, siège de la Milice, avant d’être transféré à la prison de Riom (Puy-de-Dôme) où il rejoignit les membres arrêtés du maquis de la Pourière. Il a été interrogé avec brutalité pendant plusieurs jours mais il n’a pas été reconnu.

La Cour spéciale de Riom le condamna à 5 ans de réclusion, ce qui ne l’a pas empêché de s’évader en compagnie de plusieurs détenus, en vain.
Il fut transféré à Compiègne le 28 juin 1944 puis déporté à Dachau (Allemagne) le 2 juillet 1944, dans le convoi appelé « Le Train de la Mort ». À son arrivée, il est affecté après la quarantaine le 22 juillet au Kommando de Neckargerach. Puis il fut transféré au Kommando de Neckarelz où il arriva le 22 octobre 1944. Au bout de plusieurs semaines, et alors qu’il était de plus en plus faible et ne pouvait plus travailler, ses camarades le traînèrent jusqu’à l’infirmerie du camp (revier) où il fut reconnu par un médecin ami de son père. Là, il put être soigné et put ensuite ne pas retourner travailler. Mais il dut subir des expériences médicales, en particulier des médicaments, ce qui le rendit malade, bouffi et avec un teint jaunâtre.
Au retour de déportation, Alain Joubert retrouva sa sœur Nicole elle-même rescapée des camps. Ils rejoignirent leur mère à Montluçon (Allier) dans l’établissement de repos pour les déportés et prisonniers de guerre qu’elle avait créé et dirigé. Leur père était mort le 12 avril 1944 après avoir été assigné à résidence puis caché par la Résistance craignant une arrestation.

Alain Joubert passa son Bac peu après son retour et devint technicien en radio. Il travailla dans une coopérative de postes de TSF. Mais pour l’essentiel, il consacra sa vie à aider et défendre les anciens déportés et résistants.

En 1946, il fut envoyé à Varsovie pour travailler à la Fédération internationale des Anciens Prisonniers politiques, puis en 1951 il partit pour 7 ans à Vienne, au siège de la Fédération internationale des Résistants. À son retour en France en 1958, il entra à la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes). Il en devint le trésorier général en 1960 et le resta jusqu’en 1990, date à laquelle il accéda au Comité d’Honneur.

Membre du Parti communiste dès la Résistance, il le quitta plus tard, sans doute dans les années 80 ou 90.

Alain Joubert mourut brutalement à Dieppe (Seine-Maritime) le 5 août 1996 et fut inhumé dans le caveau de la FNDIRP au cimetière du Père Lachaise à Paris (XXe).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191074, notice JOUBERT Alain [pseudonyme dans la résistance : Henri, Riri] par Eric Panthou, version mise en ligne le 2 avril 2017, dernière modification le 22 février 2021.

Par Eric Panthou

Alain Joubert à la tribune d’un congrès de la FNDIRP en 1984.
Collection de la FNDIRP.

SOURCES : Arch. Dép. Puy-de-Dôme, 1296 W 86 : PV Raymond Trioullier 8avril 1940. — SHD Caen, dossier AC 21 P 577470 (non consulté).— René Dumont, “Alain Joubert est mort”, Résistance d’Auvergne, n° 104, 4e trimestre 1996, n°105, août 1997. — René Dumont, L’engagement Une famille dans la tourmente, dossier déposé aux Archives Municipales de Thiers. — René Dumont, “Le Maquis de Châtel-Montagne en février 1944 : Arrestation d’Alain Joubert”, Bulletin du Cercle : Cercle d’études pour la période de la 2ème guerre mondiale à Thiers et dans la région, n° 27, avril 2012, p. 14-22. — “Alain Joubert”, Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l’Allier [en ligne] http://www.afmd-allier.com/PBCPPlayer.asp?ID=1467137 ; L’engagement : René Dumont ancien résistant retrace la vie de la Famille Joubert de Thiers, vidéo de 12 minutes, http://livradoisforezmedias.org/blog/index.php/2014/11/09/14-l-engagement-rene-dumont-ancien-resistant-retrace-la-vie-de-la-famille-joubert-de-thiers.— Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Paris, Grasset, 1997.— "La belle figure de la Résistance : René Dumont, alias Valentin", in Pierre Louty, Histoires tragiques du maquis, Neuvic-Entier, éd. La Veytizou, 2011.

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