BOHN Guy

Par Michel Rousselot

Né le 1er mai 1907 à Brest (Finistère), mort le 23 octobre 2003 à Paris (VIIe arr.) ; avocat à la Cour, secrétaire général de la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres FFSIC-CFTC (1944-1946), puis président d’honneur de la FFSIC, conseiller juridique de la CFTC et de la FFSIC.

Fils de Michel Bohn, lieutenant de vaisseau, et de Mary Bridgett Kearney qui s’étaient mariés à Londres (Royaume-Uni) en 1896 et étaient domiciliés à Brest, Guy Bohn suivit des études de droit à l’issue desquelles il prêta serment devant la Cour d’appel de Paris en 1932. Admis comme avocat stagiaire au Barreau de Paris, il en démissionna pour rejoindre, en 1933, le Barreau de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) qu’il quitta en 1937.

Le Journal des combattants, dans son édition de févier 1993 mentionne qu’un sergent du génie nommé Guy Bohn, avocat dans le civil, aurait été chargé par ses supérieurs pendant la guerre, en juin 1940, de faire sauter la tour Eiffel pour empêcher les troupes allemandes de l’utiliser. Il n’a pas été possible ni de confirmer la véracité de ces faits, ni de vérifier s’il s’agit d’un homonyme.

Ayant été embauché dans l’aéronautique et militant à la CFTC, Guy Bohn participa aux premières équipes d’ingénieurs et de cadres qui décidèrent, en novembre 1944, de créer la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres FFSIC-CFTC. Il en fut le premier secrétaire général alors qu’André Bapaume en était le président. Parmi les membres de ce premier conseil fédéral figuraient également André Codron, Jean Escher-Desrivières, Alexandre Drevelle, Gaston Riffault et René Tofani. La nouvelle fédération, voulait rompre avec l’isolement des cadres et mettre fin à leur dispersion dans diverses structures de la CFTC. Elle voulait défendre les « concepts chrétiens » et le « maintien intégral des libertés humaines », elle s’opposait à « l’impérialisme » des idées marxistes qui dirigeait l’action de « gouvernements autoritaires » et considérait que le « libéralisme capitaliste est aussi odieux ». La FFSIC se heurtait à la force de la CGT qui, de son côté, créa un cartel des cadres en janvier 1945, et à la CGC qui, soutenue par le patronat et par certains aumôniers de l’Union sociale des ingénieurs chrétiens USIC, obtint sa représentativité dans la catégorie des cadres à la fin de l’année 1946.

Avec André Bapaume, Guy Bohn déploya des efforts importants pour faire face aux défis auxquels la fédération naissante était confrontée : négociations avec le patronat et avec le ministre du Travail Alexandre Parodi pour la revalorisation des salaires, la préparation de nouvelles formes de conventions collectives, la revendication d’une représentation des cadres au sein des comités d’entreprise, la présence dans les commissions du plan et autres organes économiques ou sociaux. Lors de la généralisation de la Sécurité sociale par l’ordonnance du 4 octobre 1945, il intervint pour garantir les retraites des cadres. Cela conduisit à la création d’un comité de défense des cadres en décembre 1945 sous la présidence de Charles Argant* qui, au titre de la FFSIC, allait être signataire, avec notamment André Liénard*, de la convention collective du 14 mars 1947 créant le régime de retraite et de prévoyance des cadres (AGIRC). Dans le même temps, il mena une intense activité pour développer les adhésions des ingénieurs et cadres, créer et structurer les syndicats, voyageant à de nombreuses reprises à travers tout le pays. C’est ainsi qu’à la veille de son congrès de juin 1946, la FFSIC revendiquait 25 000 adhérents sur un nombre estimé de 70 000 cadres de l’industrie et du commerce en France, avec 48 syndicats départementaux et 4 syndicats nationaux.

Il s’impliqua également dans le syndicalisme international lors du congrès de la Fédération internationale des syndicats chrétiens d’employés, en 1946 à Luxembourg, dont il préconisa l’extension aux techniciens, ingénieurs et cadres.

Au début de 1946, le bureau fédéral estima que le développement de la fédération exigeait une organisation plus importante. Il fut alors décidé de proposer au prochain congrès de créer deux postes de permanents rémunérés : l’un comme secrétaire général l’autre comme secrétaire général adjoint. En raison de son action syndicale, Guy Bohn avait été licencié de son emploi dans les industries aéronautiques, dont le ministre de tutelle était le communiste Charles Tillon. Il déclina la proposition de devenir secrétaire général permanent et décida de reprendre une activité d’avocat. En mai 1946, il fut réadmis au Barreau de Paris, comme avocat inscrit au tableau. Le congrès de la FFSIC, en juin 1946, élut Jean Escher-Desrivières président et André Bapaume secrétaire général.

Par la suite, Guy Bohn, joua pendant de nombreuses années un rôle de conseiller juridique auprès de la FFSIC ainsi qu’auprès de la confédération CFTC. Il publia plusieurs ouvrages de droit du travail ainsi que de nombreux articles dans le journal fédéral Cadres et profession. Il fut invité a participer à plusieurs reprises au Conseil fédéral jusque dans les années cinquante. Il fut nommé président d’honneur de la FFSIC en 1950.

Il exerça son activité d’avocat jusqu’en juin 1972 devenant alors avocat honoraire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191407, notice BOHN Guy par Michel Rousselot, version mise en ligne le 13 avril 2017, dernière modification le 13 avril 2017.

Par Michel Rousselot

ŒUVRE : Le fonds commun du travail, contribution à la distribution d’une part des revenus de la productivité, impr. Wuillaume-Egret. — Avec D. Courdil, Conventions et conflits collectifs du travail, commentaire de la loi du 11 février 1950, Société d’édition de la « Revue des loyers », Paris, 1950. — Droit du travail et procédure prud’homale, Enseignement et perfectionnement techniques, Paris, 1957. — Les récentes dispositions législatives concernant la compétence du conseil des prud’hommes, Répertoire Commaille, première partie : doctrine, 1957. — Avec Marius Le Toiser, Contribution à l’étude de l’aide judiciaire : l’honoraire professionnel interbarreaux de croissance, Guingamp, Impr. Anger et Cie, 1971. — Avec Marius Le Toiser, L’aide judiciaire : une solution, l’honoraire professionnel interbarreaux de croissance, Guingamp, 1972.

SOURCES : Arch. Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT, fonds FFSIC-CFTC, notamment le journal Cadres et profession. — André Bapaume, Cadres dans une centrale ouvrière, la fédération des ingénieurs et cadres de la CFDT 1944-1965, brochure, 1975. — Journal des combattants, n° 2304, 27 février 1993. — Notes d’Yves Ozanam, archiviste du Barreau de Paris, 2016. — État civil.

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