CENDORF Israël, Szyja

Par Lynda Khayat

Né le 19 mai 1902 à Lodz (Pologne), mort en déportation le 20 août 1942 à Auschwitz ; compositeur d’imprimerie, écrivain yiddish, correspondant de presse, marchand ambulant ; secrétaire général du Parti socialiste de la région de Lodz, militant communiste de la sous-section juive de la MOI du PCF ; interné au camp de Pithiviers le 14 mai 1941.

Israël Cendorf
Israël Cendorf

Fils aîné d’une famille juive religieuse de petits commerçants comptant quatre enfants, originaire de la région de Lodz , dont le père, un hassid ardent, voulait faire de lui un rabbin, Israël Cendorf fut envoyé après le heder dans une yeshiva, où il lisait en cachette des écrits de Karl Marx. Au décès de son père en 1918, il commença à travailler dans une imprimerie de Lodz, où l’on tirait des textes de propagande destinés aux ouvriers et rejoignit le syndicat des imprimeurs. Il subit l’influence des écrivains révolutionnaires polonais, se mit à écrire des poèmes et participa à la création du journal La Tribune littéraire autour duquel se groupèrent les premiers « poètes prolétariens ». Il fut arrêté à plusieurs reprises à la veille des 1er mai, en raison de son activisme politique.

Membre de l’aile gauche du Parti socialiste polonais, secrétaire général de cette organisation pour la région de _ód_, impliqué dans un procès politique pour avoir favorisé l’installation d’une imprimerie clandestine, il fut obligé de quitter sa ville natale en juillet 1930, pour fuir les recherches de la police. Il réussit à se réfugier en janvier 1931 sur le territoire de Dantzig. Là, il publia un volume de poèmes politiques et satiriques en langue yiddish, intitulé « Les Ordres Rouges », dirigé contre la réaction polonaise et mettant en scène la vie d’un militant ouvrier et sa foi révolutionnaire, ce qui lui valut d’être poursuivi par le Parquet de Lodz . Au moment de l’avènement d’Hitler, le mouvement antisémite et anti-socialiste ayant gagné la Ville libre, il dut quitter Dantzig et réussit, sans passeport ni visa, à gagner la France en avril 1933.

Réfugié politique, il sollicita immédiatement auprès des services de la Préfecture de police une carte d’identité d’étranger qui lui fut refusée, tandis que la LDH intervenait une première fois pour qu’une autorisation de séjour lui fût accordée. De nationalité polonaise, ne pouvant bénéficier des mesures de sauvegarde prises à l’égard des réfugiés politiques allemands, il fut mis en demeure de quitter le territoire. Installé à Paris, rue Ledion, il changea plusieurs fois de domicile, pour échapper aux recherches des services de la Préfecture. Il fut néanmoins arrêté sur la voie publique en novembre 1933, pour défaut de papiers d’identité. Conduit à la Préfecture de police, il reçut un ordre de refoulement lui enjoignant de quitter la France. Pour le contraindre à exécuter cette mesure, une décision de refus de séjour lui fut signifiée en juin 1934.

La LDH intercéda à nouveau pour lui, alléguant sa qualité de réfugié politique et le fait qu’il ne demandait ni secours ni travail, tirant ses ressources de ses collaborations comme correspondant à la presse juive polonaise, notamment à Opinja, hebdomadaire juif, politique, social et littéraire de Varsovie, et de l’argent que lui envoyait son frère, ajoutant qu’il s’abstenait en France de toute activité politique, afin d’obtenir pour lui un titre de séjour. Prié encore une fois de quitter le territoire français, il obtint un sursis de départ, grâce aux interventions répétées, à partir de mars 1935, des députés Pierre Viénot, Alex Wiltzer et Marcel Déat, dans l’attente des résultats d’une nouvelle enquête permettant de statuer sur son cas. En juillet 1935, Édouard Herriot en personne intercéda pour lui.

Ni la mesure de refoulement, ni celle de refus de séjour n’ayant pris effet, puisqu’Israël Cendorf refusait de quitter la France, invoquant des démarches faites en sa faveur, une décision d’expulsion lui fut notifiée en janvier 1936. S’en suivirent les interventions du ministre des Colonies Marius Moutet, du député Pierre Viénot et de la LDH, qui s’élevèrent contre cette mesure, réclamant son retrait, intercédant pour lui auprès du ministre de l’Intérieur et obtenant qu’un nouveau sursis de départ lui fût accordé et que fût réexaminée sa demande de permis de séjour. Mettant à profit le contexte favorable du Front populaire, Israël Cendorf adressa directement une lettre à celui-ci en juin 1936, où il expliquait à quel point sa situation matérielle s’était dégradée du fait que son frère, petit artisan en Pologne, militant socialiste, presque ruiné par le boycott des commerces juifs sévissant alors dans ce pays, ne pouvait plus lui envoyer d’argent pour assurer sa subsistance ; quant à son activité littéraire, elle lui procurait des ressources insuffisantes pour vivre. Ces difficultés matérielles, auxquelles s’ajoutait sa situation juridique, rendaient ses conditions de vie inhumaines, raison pour laquelle il sollicitait la révision de son dossier, afin que lui fût accordée l’autorisation de « vivre et de travailler tranquillement en France ». Quant à sa compagne, Sura, Fajga Goldfarb, immigrée originaire de Varsovie, membre de la commission intersyndicale juive de la CGTU puis de la CGT, elle participait au même moment aux piquets de grève de l’été 1936. Puis ce fut au tour d’Andrien Langumier, député du XXe arr., de s’entremettre afin qu’Israël Cendorf obtienne l’autorisation de séjourner en France et des papiers d’identité pour pouvoir travailler. Sans moyen d’existence connu, pour éviter l’arrestation, il refusa d’indiquer son lieu de domicile aux autorités administratives, faisant adresser son courrier chez un ami. En novembre 1936, il fut mis en demeure de quitter dans les plus brefs délais le territoire français, sous peine de poursuites judiciaires. Un mois plus tard, Auguste Touchard, député de Paris dans la circonscription duquel il avait élu domicile, intervint auprès des services du ministère de l’Intérieur pour empêcher l’application de l’arrêté d’expulsion et pour que soit enfin régularisée la situation d’Israël Cendorf, précisant que sa compagne, Sura, Fajga Goldfarb, était enceinte ; ce motif, dans le contexte favorable du Front populaire, lui permit d’obtenir partiellement satisfaction : une autorisation de séjour de trois mois renouvelable, sous réserve de conduite irréprochable, lui fut accordée en janvier 1937. En mars de la même année, ils se marièrent et de leur union naquit, le 9 avril 1937, Clara, de nationalité française par déclaration, qui décéda deux ans plus tard. Son sursis de départ trimestriel lui fut renouvelé en décembre 1937, l’obligeant à mettre à profit ce délai pour se procurer un emploi, tandis que sa femme, inscrite au registre du commerce, travaillait à domicile comme monteuse en tricot. C’est ainsi que quelques mois plus tard, Israël Cendorf s’établit comme marchand ambulant en bonneterie et sous-vêtements pour hommes. Militant de la sous-section juive de la MOI du PCF, membre de la commission culturelle du Club ouvrier de Belleville, il continuait à écrire de la poésie en yiddish.

À la suite des décrets-lois de 1938 concernant le séjour des étrangers en France, il ne fut plus autorisé à exercer le métier de marchand ambulant et fut invité par les services de la Préfecture à choisir une autre profession, « sans toutefois prendre la place d’un de nos nationaux ». La LDH intercéda alors en sa faveur pour qu’une carte d’identité de commerçant étranger lui fût accordée.
Quand la guerre éclata, engagé volontaire, il fut incorporé en mai 1940 dans une unité de l’armée polonaise en France, stationnée au camp militaire de Coëtquidan (Morbihan). Son régiment s’étant dissous, il rejoignit sa femme à Angoulême où elle donna naissance à leur deuxième fille, Micheline, née le 23 juin 1940. Quelques semaines plus tard, ils regagnèrent Paris. Il reprit alors contact avec ses camarades de la sous-section juive de la MOI du PCF, participa dans les quartiers de Belleville-Ménilmontant à la mise en place des premiers groupes de résistance de l’organisation clandestine Solidarité, diffusant des tracts et collectant de l’argent.

Convoqué par la police française pour un « examen de situation » le 14 mai 1941, transporté par autobus vers la gare d’Austerlitz, il fut dirigé par train sur le camp de Pithiviers pour y être interné le jour même. C’est là qu’il fut informé de la nomination pour son commerce ambulant, le 5 juillet 1941, d’un administrateur provisoire qui procéda à sa radiation du registre du commerce en septembre et à la liquidation de l’affaire en février 1942. Du camp de Pithiviers, il envoyait à sa femme des lettres où il décrivait la vie quotidienne des internés. Elle put lui faire parvenir quelques colis et vint lui rendre visite à plusieurs reprises. Membre de la direction clandestine de la commission culturelle du camp créée en novembre 1941, il participa à la mise en place de conférences, de soirées littéraires et de cours de langues, il contribua également à la création d’un groupe théâtral, d’une bibliothèque, à l’organisation d’une exposition et à l’édition d’un journal. Il continuait à écrire des poèmes en yiddish, notamment : « Notre courage n’est pas atteint », ainsi que des chansons, dont « l’Hymne de Pithiviers », sur une musique de Mendel Zemelman, militant socialiste lui-même interné. Pour échapper aux rafles, sa femme et sa fille Micheline durent quitter Paris en juillet 1942 et se réfugier en Seine-et-Marne, où elles résidèrent jusqu’au mois d’octobre 1944, cachées chez des paysans français. Israël Cendorf, quant à lui, fut déporté le 25 juin 1942 à destination d’Auschwitz, où il mourut le 20 août 1942.

À la Libération, sa femme et sa fille trouvèrent leur logement occupé par de « faux sinistrés » refusant de quitter les lieux. Elles habitèrent d’abord au Centre d’hébergement de l’avenue Secrétan (XIXe arr.), puis dans une petite chambre, rue Chapon (IIIe arr.), avant de pouvoir réintégrer leur appartement. Sa fille Micheline (1941-2013) acquit la nationalité française par déclaration en mai 1948, tandis que sa mère fut naturalisée en 1955. Membre de la commission intersyndicale juive de la CGT, celle-ci reprit bientôt son travail de monteuse en tricot à domicile. Pensionnée comme veuve de guerre, elle sollicita sans succès en 1947 une carte spéciale d’artisan, afin de travailler à son compte à la fabrication de tricots. Membre de l’UJRE, elle envoya sa fille Micheline, pupille de la nation, au patronage de la CCE, « les Jeunes Bâtisseurs », à Belleville ; celle-ci rejoignit ensuite les mouvements de jeunesse de « la rue de Paradis », puis ceux du Parti communiste français.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19144, notice CENDORF Israël, Szyja par Lynda Khayat, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 août 2015.

Par Lynda Khayat

Israël Cendorf
Israël Cendorf
Devant un baraquement du camp d'internement
Devant un baraquement du camp d’internement
AN_ 19940437_art-_164_dos-_14922
AN_ 19940437_art-_164_dos-_14922

SOURCES : Arch. Nat. 19940437 art. 164 dos. 14922 Cendorf Israël ; 19940508 art. 472 fichier central de la Sûreté Nat. ; Natural. 19770850 art. 74 dos. 7381 DX 37 Cendorf Clara, 19770860 art. 130 dos. 6463 DX 48 Cendorf Micheline, 19790856 art 254 dos. 2459 X 51 veuve Cendorf née Goldfarb Sura, Fajga ; MACVG dos. n° 152 980 veuve Cendorf Israël née Goldfarb Sura ; AJ 38 art. 1854 dos. 13584 Cendorf Israël ; F 9 art 5637 fichier indiv. de la PPo. de la Seine, F 9 art 5684 fichier du camp de Drancy, F 9 art 5753 fichier des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. — David Diamant, Combattants, héros et martyrs de la résistance, Éd. Renouveau, 1984, p. 107-109. — David Diamant, Le Billet vert, Éditions Renouveau, 1977. — Entretien avec Micheline Cendorf (juin 2006). — Fonds privé Micheline Cendorf.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément