CÉPÈDE Michel. Pseudonymes : LAVERGNE Marc de 1935 à sa mort, capitaine BASTIEN de 1943 à la Libération

Par Bruno Poucet

Né le 20 octobre 1908 à Wimereux (Pas-de-Calais), mort le 25 novembre 1988 à Montgeron (Essonne) ; ingénieur agronome ; militant socialiste ; membre, puis directeur de cabinets socialistes ; président de la FAO.

Michel Cépède était le fils de Casimir Cépède (1882-1954) et de Catherine, Léonie Paccard (1883-1976), mariés en 1906. Le couple avait trois enfants, Michel étant l’aîné. Son père était biologiste, directeur de l’institut de biologie appliquée, sa mère, Léonie Paccard, était professeure certifiée de sciences. C’était une famille où se croisaient deux traditions : du côté paternel, une conception matérialiste et une appartenance au Grand Orient de France, du côté maternel, une approche spiritualiste et une appartenance à l’Église catholique. Les parents de Michel Cépède, socialistes, antiracistes et internationalistes, militaient tous deux à la Ligue des droits de l’Homme.
Les parents de Michel Cépède étant venus habiter à Paris alors qu’il n’avait que sept ans, il fit ses études secondaires au petit lycée Henri-IV, puis au lycée Montaigne, enfin au lycée Louis-le-Grand. Après l’obtention en 1925 d’un baccalauréat latin-sciences, il entra en classe préparatoire « agro » à Saint-Louis, ce qui lui permit d’intégrer en 1926, à Paris, l’Institut national agronomique (INA). Il diversifia ensuite ses études en obtenant, en 1930, un certificat de géologie à la faculté des sciences de Paris, une licence en droit (1932), un diplôme d’études supérieures en économie politique (1933) et en droit public (1934). Plus tard, en 1944, il présenta avec succès une thèse de doctorat en Droit achevée pendant sa captivité.

En 1930, Michel Cépède s’était marié avec Yvonne Troude (1909-1977) dont il eut quatre enfants.

Ingénieur agronome en 1928, il fit son service militaire comme sous-lieutenant en 1930 à Versailles. Il devint en 1931, répétiteur d’économie rurale à l’INA, puis chargé de cours. Nommé capitaine, il fut fait prisonnier de guerre en juin 1940. En 1943, il fut rapatrié au titre du ministère de l’Agriculture. Il entra alors dans la résistance : chargé de rédiger une note sur la future FAO, il s’engagea parallèlement comme officier d’un réseau de Francs tireurs et partisans (FTP) sous le pseudonyme de capitaine Bastien. Les hostilités achevées, il fut nommé chef du service d’études au ministère de l’Agriculture (1944-1945). À partir de 1947, il devint professeur d’économie et de sociologie rurales à l’INA, chef du service de l’enseignement au ministère de l’Agriculture (1953), puis directeur des études économiques et du plan de ce ministère, secrétaire général, puis président (1957-1984) du Comité interministériel de l’alimentation et de l’Agriculture. Il occupa comme professeur titulaire la chaire d’économie rurale comparée et de sociologie à l’Institut national agronomique de 1959 à sa retraite en 1979.

Né dans une famille de tradition socialiste, il n’adhéra pas au mouvement Jeune République d’obédience démocrate chrétienne, mais en 1925 à la Ligue d’action universitaire, républicaine et socialiste (LAURS) de Mendès France. Il milita ensuite dans la section de l’Union générale des élèves techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture (UGETICA). Il fut secrétaire général adjoint du syndicat CGT des personnels de l’INA, en 1936, trésorier de la Fédération de l’Économie nationale, membre de la Fédération générale des Fonctionnaires CGT, secrétaire du comité des réfugiés espagnols dans l’agriculture française.

Il était par ailleurs, depuis 1933, secrétaire technique « bénévole » d’un ami de la famille, le député socialiste de l’Yonne, Maxence Roldes. Il rédigea pour lui de nombreux rapports pour la commission de l’Agriculture de l’Assemblée nationale, notamment sur la création de l’Office du blé. Michel Cépède adhéra finalement à la SFIO, sur une base jauressienne plutôt que guesdiste, en 1935 : il prit alors le pseudonyme de Marc Lavergne, du nom de famille de ses grands-mères. Il participa à de nombreuses réunions internationales.

À la Libération, il devint chef adjoint du cabinet de François Tanguy-Prigent*, ministre de l’Agriculture (1944-1947), secrétaire de la délégation française de la Food and agricultural Organization (FAO) en 1945, puis, en 1950-1951, chargé de mission de Guy Mollet*, ministre d’État chargé de l’Europe. Il participa ainsi à de nombreuses reprises aux réunions des experts de l’Internationale socialiste. Il resta membre du Parti socialiste jusqu’à sa mort, inscrit à la section de son domicile, de Paris (1944-1975), puis Montgeron (1975-1988), sans être membre de son appareil.

Pour autant, il ne renia jamais ses convictions catholiques et resta également pratiquant jusqu’à sa mort ; ses fonctions internationales, au sein de la FAO, l’amenèrent à faire la connaissance de Jean-Baptiste Montini, futur Paul VI. C’est à ce double titre qu’il participa, dès 1950, avec Maurice Deixonne, aux débuts des discussions secrètes entre la SFIO et le MRP sur la question scolaire et plus largement sur les rapports de l’Église et de l’État.

Ensuite, dans le gouvernement Guy Mollet, il fut nommé chef du cabinet de Kléber Loustau, sous-secrétaire d’État à l’Agriculture (1956), puis conseiller technique de ce dernier lorsqu’il fut nommé secrétaire d’État à l’enseignement et au plan agricole (1957). Michel Cépède participa ainsi aux négociations de l’Europe verte.

Toutefois, son engagement politique et spirituel s’était pleinement accompli au niveau international. Président depuis 1956 de la délégation française de la FAO, il était président du comité permanent de cette organisation de 1963 à 1969, puis président de son conseil de 1969 à 1973. Il était président du Comité français de la campagne mondiale contre la faim (1970-1985), président du Corps mondial de secours, association qu’il avait aidé à créer pour venir en aide aux victimes des catastrophes naturelles, et qu’il hébergeait. En revanche, il dut décliner l’invitation qui lui avait été faite d’être recteur de l’Université mondiale, sous l’égide des Nations unies.

Il avait été élu membre puis président de l’Académie d’agriculture de France et de l’Académie des sciences d’outremer. À la mort de son fils Denis Cépède*, en 1981, il accepta de le remplacer à la tête du secrétariat de l’OURS, tâche dont il s’acquitta jusqu’à sa mort, en 1988.

Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille de la Résistance, il était commandeur du mérite agricole, officier des palmes académiques, décoré de plusieurs ordres étrangers dont celui de Saint-Grégoire-le-Grand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19148, notice CÉPÈDE Michel. Pseudonymes : LAVERGNE Marc de 1935 à sa mort, capitaine BASTIEN de 1943 à la Libération par Bruno Poucet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 octobre 2010.

Par Bruno Poucet

ŒUVRE : Du prix de revient au produit net en agriculture, PUF, 1946, 447 p. — Avec Maurice Lengellé, Économie alimentaire du globe. Essai d’interprétation, Librairie de Médicis, 1953, 655 p. — Avec Emmanuel Abensour, La Vie rurale dans l’arc alpin. L’Économie et l’alimentation, 1954. — Avec Maurice Lengellé, L’Économie de l’alimentation, coll. PUF, « Que sais-je ? », 1954, 128 p. — Avec Maurice Lengellé, L’Économie de besoins, Publications économiques et sociales, 1957, 80 p. — Agriculture et alimentation en France durant la IIe Guerre mondiale, M.-Th. Genin, 1961, 511 p. — Nourrir les hommes, 1963. — Avec Gérard Weill, L’Agriculture, PUF, 1965, 527 p. — Avec Hugues Gounelle, La Faim, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1967, 128 p. — La Science contre la faim, PUF, 1970, 136 p. — La Solidarité, Burin, 1973, 290 p. — Avec Rémy Jacques, Solidarité. Si tous les gars du monde, Martinsart, 1973, 283 p. — Nombreux articles dans des journaux et brochures socialistes.

SOURCES : Arch. OURS, fonds Michel Cépède. — Who’s Who, année 1985-1986, p. 282. — Témoignage écrit de Frédéric Cépède, son petit-fils. — Notice DBMOF, t. 21, p. 352. — Émile Poulat, « Michel Cépède », Universalia, 1989, p. 559-560. — Émile Poulat, Frédéric Cépède, « Michel Cépède, 1908-1988 », Bulletin de la commission d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais, XII, 5, 1990, p. 595-611. — Émile Poulat, « Michel Cépède ou le choix du socialisme », dans La Question religieuse et ses turbulences, Berg international, 2005, p. 269-273. — Renseignements communiqués par Gilles Morin.

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