COURTÈS Albert, Julien, Arthur

Par Hélène Chaubin

Né le 24 juillet 1907 à Paulhan (Hérault), tué en action le 22 août 1944 à Colombières-sur-Orb (Hérault) ; mineur ; résistant au sein du maquis Bertrand, de l’Armée secrète.

adjudant chef démobilisé puis mineur, qui mit ses connaissances militaires au service de la Résistance.

Fils de Marius Eugène Courtès, employé de gare, et de Anne Marie Sauzon, sans profession, Albert Courtès avait trente-trois ans en 1940. Militaire de carrière, il était adjudant-chef. Il s’était marié le 4 avril 1936 à Avignon avec Fernande Victoria Icame et était père de trois fils. Quand arriva la démobilisation, il se trouva au chômage. Il choisit de retourner dans sa région d’origine et se fit engager à la mine de Graissessac afin d’assurer les besoins de sa famille. Il se lia à l’instituteur et tous deux furent à l’origine de la création de groupes de résistants qui plus tard furent intégrés à l’Armée secrète. Dès 1941, Albert Courtès travailla donc à l’implantation de la Résistance dans les villages, en accord avec Gilbert Beffre, qui était le directeur des contributions directes et qui choisit dans la Résistance le pseudo de « Bertrand ». La région de Bédarieux, la seule ville importante, est à faible distance de l’Aveyron – une trentaine de kilomètres – et c’est une zone industrielle où l’AS espérait et obtint le soutien des milliers d’ouvriers. Après une longue période où seuls le renseignement et le sabotage étaient utiles, vint le temps des actions armées. Avec l’occupation de la zone sud, le STO, le débarquement en Provence, les résistants en état de combattre des formations de l’AS de Graissessac, du Bousquet-d’Orb, et aussi les FTPF du Vernazoubre, étaient au total environ un millier. Et au début de 1944, ils avaient constitué des maquis, certes rivaux, mais aussi capables d’œuvrer ensemble comme ils le firent au combat de Colombières-sur-Orb.
C’est en mai 1944 qu’un premier groupe de quelques dizaines d’hommes fut placé sous l’autorité d’Albert Courtès : l’expérience acquise dans l’armée, sa robustesse et ses convictions justifiaient ses nouvelles responsabilités. Ils s’installèrent à la maison forestière du Cazalets. Le lieu est situé à 750 mètres d’altitude. Il est proche de Graissessac et était bien connu des jeunes gens du groupe. Il présentait des avantages : outre la présence de la maison forestière, on ne pouvait y accéder - par deux petits chemins- sans alerter les guetteurs des villages, les corps francs de Camplong ou les FTP du Vernazoubre. De plus le maquis bénéficiait des installations laissées par un Chantier de Jeunesse, le groupe 7 du N° 25, qui avait aplani le terrain et canalisé l’eau d’une source. Créé en août 1940, ce Chantier fut abandonné en avril 1943 et le groupement 25 déplacé dans le Cantal sur ordre des Allemands, avant une dissolution logique du fait de l’occupation totale du pays. La carte des localisations des Chantiers de Jeunesse dans le haut bassin de l’Orb est identique à celle de l’implantation des maquis devenus les héritiers des organisations maréchalistes. Albert Courtès, avec l’aide de quatre sergents, imposa la discipline nécessaire à un entraînement dont il déplorait la brièveté. Les jeunes gens apprirent l’essentiel du maniement des armes assez hétéroclites dont ils disposaient, qui allaient du Lebel au Remington et à la Sten. C’est Courtès qui choisit un premier terrain de parachutage, près de Dio. Les maquisards manquèrent toujours de munitions et cela limita l’entraînement.
Ils se choisirent un nom : le maquis des Aigles. Mais ils durent renoncer à leur nid d’aigles sous la pression de l’administration des Eaux et Forêts ; ils s’installèrent au hameau des Salles et ils s’y sentirent moins protégés car deux départementales y conduisent. Du moins était-il plus facile de les ravitailler en vivres et en armes. Le petit maquis grossissait : il arrivait des réfractaires. On leur affecta de nouveaux chefs : le sous-lieutenant Couget, qui était de Graissessac et le sous-lieutenant Charles. Deux mois plus tard, le noyau des mineurs, le groupe des Aigles, reçut l’ordre de s’installer à la Baraque de Bral, situé à 600 mètres d’altitude, qui dominait la route de Lunas à Lodève. Courtès en garda le commandement, sous autorité du PC de Bertrand placé au Bousquet-d’Orb. Tous devaient être prêts à l’interception des colonnes allemandes.
Le 21 août un agent de liaison les informa de l’accrochage du col de Peytafi. Courtès regroupa les Aigles pour participer à la poursuite des Allemands. Ils prirent la route de Lunas puis de Bédarieux mais furent retardés par des tirs allemands au débouché de la route d’Hérépian. Ils apprirent le soir la mort de 8 maquisards ; ils connaissaient bien deux d’entre eux, Bolos et Alonzo, de jeunes mineurs de Graissessac. Le lendemain 22 août, ils reçurent l’ordre de reourner à Bédarieux où leurs chefs rencontrèrent ceux de Vernazoubre à l’hôtel Terminus. Courtès prit le commandement des Aigles et les emmena à la rencontre d’une colonne d’Allemands déjà passée par Saint-Pons et Olargues. Le nombre des Allemands était incertain. On parlait de plus de 2000 hommes. Une section des FTP de Vernazoubres venait en soutien. L’embuscade fut dressée au sorti de Colombières-sur-Orb, les FTP se plaçant en couverture au-dessus des postes des Aigles. Une mitrailleuse allemande, la redoutable MG42, toucha en rafale Courtès et Jean-Marie Lebreau. Tous deux furent grièvement blessés. Une balle explosive avait touché Courtès au genou. Avec leurs camarades, ils tentèrent en vain de rejoindre les camions. Jean-Marie Lebreau s’arrêta au pont de Madale où les FTP s’efforcèrent de le cacher mais où il fut découvertet abattu. Albert Courtès alla jusqu’au pont où les camions, la veille, avaient dû s’arrêter, le pont de Sévirac. Il y mourut dans la nuit.
Il obtint la mention « Mort pour la France ».
Voir : Colombières-sur-Orb, Bataille, 22 août 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191496, notice COURTÈS Albert, Julien, Arthur par Hélène Chaubin, version mise en ligne le 19 avril 2017, dernière modification le 19 octobre 2017.

Par Hélène Chaubin

adjudant chef démobilisé puis mineur, qui mit ses connaissances militaires au service de la Résistance.
Le sous-lieutenant Gouget
Les maquis héritent des installations des Chantiers de Jeunesse.
Les maquis héritent des installations des Chantiers de Jeunesse.
Schéma extrait de ’Etudes héraultaises", 40, 2010.
Plan de la Bataille de Colombières (Jean Tuffou, Vivre en pays minier de 1940 à nos jours).

SOURCES :
Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional, 1943-1944, thèse soutenue à Montpellier en 1974, éditée par l’université de Lille III en 1975. — Gabriel Pastor, Montez de la mine- C’était en août 1944, Nice, éd. Bénévent, 2009. — Joseph Lanet, Mémoires de Résistance, éd. Delatour, 2010. — André Souyris-Rolland, « Le groupement 25 des Chantiers de Jeunesse au Bousquet-d’Orb, 1940-1943 », Études héraultaises, 40, 2010. — Arch. dép. Hérault, État civil en ligne cote 2 MI EC 194/1, vue 150.

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