JOURDAN Jean, Alcide [pseudonyme Edouard]

Par Michel Thébault

Né le 23 août 1900 à Paris (Ve arr.), fusillé le 30 juin 1944 sur condamnation à mort d’une cour martiale du régime de Vichy à la maison d’arrêt de Limoges (Haute-Vienne) ; cultivateur ; militant communiste ; résistant FTPF.

Il était le fils de Jules, Claude, Marie Jourdan âgé de 30 ans à sa naissance, employé de commerce et de Marie Peyrot, 25 ans, ménagère, domiciliés tous deux 16, rue Descartes à Paris (5ème arr). Il se maria à Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne) le 22 septembre 1923 avec Elise, Clémentine Dumont. Ils eurent six enfants. Il exerçait la profession de cultivateur au hameau du Breuil, au nord de la commune de Saint-Sulpice-Laurière.
Membre du parti communiste, il devint dans le courant de l’année 1943, sans doute au moment où les premiers maquis FTPF se mirent en place à partir de l’été 1943, un FTP « légal » (conservant ses activités ordinaires mais menant dans la clandestinité des actions pour le maquis). Il était chargé sur le secteur de Saint-Sulpice-Laurière de guider vers le maquis les jeunes réfractaires du STO, et participait également à la propagande du parti communiste et au ravitaillement des maquis FTP locaux. Repéré et dénoncé, il subit en décembre 1943 une première perquisition qui amena la découverte dans une ruche de tracts, journaux clandestins du parti communiste et de munitions. Sans abandonner son métier, il prit des dispositions pour échapper aux recherches (organisation d’une cache à proximité de sa ferme). Le 4 juin 1943, alors qu’il était dans sa ferme, une nouvelle dénonciation auprès du chef de la brigade de gendarmerie de Saint-Sulpice amena l’intervention immédiate d’une unité du 8ème escadron des GMR, présents à proximité. Le hameau du Breuil fut encerclé mais Jean Jourdan armé, tenta et réussit une sortie et parvint à s’enfuir. Le 6 juin il fut finalement arrêté par la Milice, les miliciens ayant usé d’un stratagème (se faire passer pour des résistants venant s’enquérir de sa santé) pour parvenir jusqu’à lui.
Il fut conduit à Limoges et subit son premier interrogatoire par Jean Filliol (un des fondateurs de la Cagoule) chef du deuxième bureau (renseignement) de la Milice de Limoges. Torturé à plusieurs reprises, il fut enfermé à la maison d’arrêt, dans la même cellule qu’un résistant creusois, lui-même responsable FTP, Marc Parrotin, qui devint après la guerre un historien du maquis et qui a laissé un long récit des circonstances de la vie en prison et de la mort de Jean Jourdan (Le Temps du maquis, op. cit. p. 483 à 485). Jean Jourdan fut finalement présenté le 30 juin 1944 devant une "cour martiale" créée sous l’autorité du gouvernement de Vichy, et condamné à mort par des juges français dont les noms resteront inconnus. Il fut exécuté aussitôt, à 16 heures, le 30 juin 1944.
Marc Parrotin raconte cette exécution dans son ouvrage : « Vendredi 30 juin. Attention, les gars : ils ferment les portes ! Dans la cellule on se tait …De longues minutes passent. Et puis, c’est au dehors, l’arrivée d’un camion. Des pas cloutés frappent en cadence le pavé de la rue. De brefs commandements. Le grand portail résonne : on devine qu’il s’ouvre. Une troupe s’avance au pas cadencé. Pas de doute possible : c’est un peloton qui entre dans la prison… Soudain éclate la fusillade suivie peu après d’un claquement sec : le coup de grâce… Le peloton d’exécution revient. Les culasses basculent et se vident ensemble des cartouches brûlées dont les douilles tintent clair en tombant sur le pavé. Le portail se referme. Le camion démarre… Tout à coup, la porte de notre cellule s’ouvre. L’aumônier paraît, « il a été très courageux, Jourdan », nous dit le prêtre. On l’apprendra par ailleurs, les détenus de toutes les cellules qui donnent sur l’arrière de la prison ont entendu chanter le condamné à mort… Et, nous dirent-ils sa voix ne tremblait pas quand il entonna le refrain de l’Internationale puis celui de la Marseillaise ».
Marc Parrotin ajoute par ailleurs que Jean Jourdan aurait été condamné par la Cour martiale en représailles de la mort du journaliste pro-allemand Philippe Henriot, ce qui peut paraître plausible. En effet l’assassinat à Paris le 28 juin 1944 de Philippe Henriot, orateur et journaliste collaborateur fut suivi dans tout le pays d’exactions et exécutions perpétrées par la Milice (la plus connue étant l’exécution de Georges Mandel). Jean Jourdan fut le dernier condamné à mort et fusillé de la cour martiale à Limoges.
Jean Jourdan obtint la mention Mort pour la France en novembre 1945 et fut homologué sous-lieutenant FFI. Son nom figure sur le monument aux morts de Saint-Sulpice-Laurière où il fut inhumé après la guerre lorsque son corps fut transféré du cimetière de Louyat à Limoges. Il figure également sur le monument commémoratif de la Résistance dans le jardin d’Orsay à Limoges.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191542, notice JOURDAN Jean, Alcide [pseudonyme Edouard] par Michel Thébault, version mise en ligne le 20 avril 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : IR 1208 01597 — Archives Municipales Limoges 4 H 142 — ADIRP87 — SHD GR 16P 312910.— Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 — « Victimes du tortionnaire et assassin Filiol en Limousin ». Marc Parrotin Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord 2005 N°3 — François Adeline Haute-Vienne La guerre secrète 1940-1944 Hors-série édité par Le Populaire du Centre décembre 2006 — Liberté du Centre - 29/03/1945 — ANACR, Mémorial de la Résistance, 2005 — État civil (Mairie de Limoges, Arch. Dép. Seine) — mémorial genweb.

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