CERF André, dit CARTON

Par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager

Né le 10 janvier 1911 à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 11 octobre 1981 à Montréal (Canada) ; employé, puis journaliste après la guerre ; militant socialiste puis trotskyste.

André Cerf fréquenta l’école primaire supérieure Arago où il obtint le BEPS en 1925. En 1929, il adhéra à la section du XXe arrondissement des Jeunesses socialistes dont le secrétaire était Daniel Mayer. Il fut élu au comité national des JS en 1931. Sur le plan syndical, il faisait partie depuis 1930 des Jeunesses ouvrières de la CGT et fut affilié à la Fédération des employés. Évoluant à gauche, André Cerf se joignit au groupe Spartacus de René Lefeuvre. Il fut délégué à ce titre au congrès fédéral de la Seine des JS du 21 juillet 1935 et signa la motion unitaire des tendances de gauche, majoritaires dans cette fédération, présentée au congrès national réuni à la fin du mois à Lille. Alors que la tendance trotskyste bolchevik-léniniste était exclue de ce congrès avec la tendance Jeune socialiste révolutionnaire de Fred Zeller, André Cerf resta à la JS et participa, un mois plus tard, à la formation de la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. Si André Cerf s’opposait à la direction nationale des JS, il critiquait néanmoins les trotskystes. Il avait d’ailleurs publié dans Le Cri des Jeunes de mars 1934 un article contre les Jeunes léninistes, d’inspiration trotskyste, qui formaient alors une organisation extérieure à la JS.
Suivant la GR devenue majoritaire dans l’Entente de la Seine des JS, André Cerf fut exclu de cette organisation le 1er avril 1937 par le comité national mixte, pour les critiques qu’il formula contre la direction du Parti SFIO au lendemain de la fusillade de Clichy du 16 mars. Formant, avec Lucien Weitz, la Jeunesse socialiste autonome, il devint membre du comité central des Jeunesses socialistes ouvrières et paysannes, quand la JSA rallia le PSOP fondé le 8 juin 1938.
De nouveau au contact des trotskystes lors de l’adhésion de ces derniers au PSOP en 1939, membre de la tendance de gauche Rous-Weitz-Guérin, André Cerf fut gagné à leurs idées. Il collabora en 1939 à la revue trotskyste La Voie de Lénine sous la signature de Carton et participa dès les premiers temps de la guerre aux activités du Comité de la IVe Internationale.

En 1942, André Cerf s’établit à Saint-Étienne où se constitua un petit groupe relié à l’organisation trotskyste par un contact avec le groupe de Lyon animé par A. Sadeck*. La liaison fut rompue à la suite de l’arrestation des militants lyonnais en juin 1942 et la cellule de Saint-Étienne vécut isolée, regroupée dans l’entreprise l’Écrou où André Cerf avait réussi à se faire embaucher. À la Libération, le patron fut arrêté pour collaboration. Un comité de gestion se constitua sous l’impulsion d’André Cerf qui prit en main une gestion démocratique de l’usine soumise au contrôle régulier d’assemblées générales. André Cerf allait aider à la constitution de comités similaires aux Aciéries du Nord (à Lhorme) et à l’Outillage Précy, malgré l’Union départementale de la CGT qui désapprouva formellement de telles initiatives et s’employa à y mettre un terme rapidement. L’expérience dura deux mois environ.
La section locale de l’organisation trotskyste unifiée, le Parti communiste internationaliste, s’élargit notablement après la Libération et créa d’autres cellules dans la région, bénéficiant, dans son action, de l’expérience et de la compétence politique d’André Cerf. Celui-ci milita dans le PCI jusqu’en 1952, approximativement, participa aux campagnes contre la guerre d’Indochine et en faveur du soutien de la Yougoslavie.
Entré à L’Espoir de Saint-Étienne où il se fit remarquer au début par des tribunes libres d’une tonalité révolutionnaire, André Cerf exerça jusqu’à sa retraite la profession de journaliste dans la presse régionale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19160, notice CERF André, dit CARTON par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 août 2019.

Par Jean-Michel Brabant, Rodolphe Prager

SOURCES : La Vérité, 30 mars 1934. — La Lutte ouvrière, 21 octobre 1937. — Juin 1936, 22 juillet 1938. — La Voie de Lénine, avril-juin 1939. — J. Rabaut, Tout est possible, Denoël, 1974 ; réédition Libertalia, 2018. — J.-P. Joubert, À contre courant : le pivertisme, thèse de doctorat de sciences politiques, Grenoble, 1972. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI (1934-1936), mémoire de maîtrise, Paris I, 1974. — Témoignages autobiographiques d’André Cerf recueillis par R. Prager en mars 1976 et en avril 1979.

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