CERISIER Robert, Pierre, Alphonse, Marie

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

Né le 13 juillet 1924 à Erbray (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; professeur ; militant communiste dans la Somme ; militant syndicaliste, secrétaire départemental de la FEN (1953-1964), secrétaire régional de l’académie d’Amiens du SNET (1964-1966), du SNES (1966-1968), du SNESup (1970-1977).

Fils d’un receveur-buraliste puis agent d’assurances, amputé de la guerre 1914-1918, et d’une mère sans profession, Robert Cerisier, bien qu’ayant été baptisé, fut élevé avec son frère dans un milieu laïque ; son père était en effet membre du parti socialiste SFIO et président de l’amicale laïque locale. Après l’école primaire publique à Erbray, bon élève, il entra au cours complémentaire voisin de Châteaubriant, fut reçu au concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs en 1940, mais, en raison de la suppression des ENI, fut élève-maître au lycée Clemenceau de Nantes (1941-1944) où il obtint le baccalauréat (série philosophie).

À la Libération, handicapé, Robert Cerisier fut dispensé du service militaire et nommé instituteur suppléant dans l’école publique de Saint-Herblon (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), qui fut fermée car il n’y avait plus qu’un élève en raison de la concurrence de l’enseignement privé. Ne souhaitant pas alors poursuivre une carrière d’instituteur mais faire des études de géographie, il s’inscrivit à la Faculté des lettres de Grenoble et devint surveillant, successivement maître d’internat à l’école nationale professionnelle de Voiron (Isère) en 1945-1946, puis à celle de Chalon-sur-Saône en 1946-1947, enfin maître d’externat à l’école des métiers de Lyon en 1947-1948. Il réussit le concours d’entrée à l’ENSET en 1948, y resta deux années dans la section D (économie) et fut marqué par les cours de géographie économique de Pierre George. Il rencontra, à l’École, Reine Coudray, également élève de la section D depuis 1947, qu’il épousa le 12 juillet 1949 à Paris (XIIIe arr.) et avec laquelle il eut un fils et une fille.

Au cours de cette période de l’après-guerre, après son adhésion au Parti communiste français en 1945, robert Cerisier s’engagea dans le militantisme politique, participa au festival de la Jeunesse de Prague en 1946 et fut secrétaire de la cellule communiste de l’ENSET (1948-1950) en même temps qu’il était secrétaire de la section syndicale du SNET (succédant à Decelle), syndicat dont il était membre depuis 1945.

À sa sortie de l’ENSET, il fut nommé à la rentrée scolaire 1950, ainsi que son épouse, professeur certifié au collège technique de jeunes filles d’Amiens (qui devint lycée par la suite), où étaient concentrées les sections techniques commerciales mixtes et où il demeura jusqu’en 1969. Il fut rapidement secrétaire de la section d’établissement (S1) du SNET, tout en étant animateur de la FEN-CGT dans son département. Il participa au congrès de cette fédération en décembre 1953 et fut de ceux qui estimaient préférable de militer exclusivement à la FEN et ses syndicats nationaux. À partir de 1953, régulièrement signataire des appels à voter pour les listes « Unité et action » puis « Union pour une action syndicale efficace » dans le SNET, Robert Cerisier était surtout secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale et le demeura jusqu’en 1964. Au début de ce mandat, l’orientation « Bouches-du-Rhône », qui n’était pas majoritaire dans la section départementale, s’y affirma progressivement de plus en plus nettement à partir de la fin des années 1950 pour devenir très importante au début des années 1960, Cerisier ayant fait modifier le mode de répartition des mandats aux congrès fédéraux, non plus en se contentant d’additionner les mandats des sections départementales des syndicats nationaux mais en faisant voter les syndiqués en assemblées générales. Il siégeait comme suppléant à la commission administrative nationale de la FEN de 1961 à 1964 dans les rangs de l’opposition à la majorité fédérale ; il assurait en outre, à partir de 1962, la présidence tournante du comité départemental d’action laïque, dont il était membre du bureau depuis 1954 en tant que secrétaire départemental de la FEN. Lors d’une réunion du bureau national de la fédération, le 22 septembre 1958, le secrétaire général, Georges Lauré, signala qu’il ne respectait pas les décisions puisqu’il était intervenu dans un meeting laïque « à la fois comme militant FEN et militant PC ».

Parallèlement, il poursuivait son militantisme politique. Secrétaire départemental du Mouvement de la paix jusqu’en 1954, puis de son bureau, il était entré au comité de la fédération communiste de la Somme en janvier 1952 et au bureau fédéral en 1953. Cette même année, il fut élu au conseil municipal d’Amiens ; l’année suivante, ses camarades le convainquirent de reprendre sa démission qu’il avait envoyée au maire socialiste Camille Goret, si bien qu’il alla jusqu’au bout de son mandat. son épouse fut également conseillère municipale.
Il militait aussi dans le mouvement des locataires d’HLM et en fut le délégué à partir de 1959. Proposé en 1958 comme candidat au conseil général, il refusa de s’y présenter en raison de ses responsabilités syndicales. Non réélu au bureau de la fédération communiste en 1954, puis à nouveau élu en 1955, il y resta jusqu’en 1957 et ne fut plus ensuite que membre du comité fédéral jusqu’en 1965. Cette même année 1954, il ne fut pas reconduit au poste de secrétaire départemental du Mouvement de la paix, dont l’inactivité était dénoncée, et fut remplacé à ce poste par un autre professeur, Kuntz. En 1966, à la suite de l’accumulation, depuis 1956, de désaccords sur les méthodes de fonctionnement du PCF et d’interrogations sur sa stratégie, il ne reprit pas sa carte.

Le 19 décembre 1964, après la création de l’académie d’Amiens, lors de la constitution de la section régionale (S3) du SNET, Robert Cerisier fut désigné comme secrétaire régional, responsabilité qu’il occupa jusqu’à la fusion avec le Syndicat national de l’enseignement secondaire au printemps 1966. Il devint alors co-secrétaire général du S3 d’Amiens du nouveau SNES (classique, moderne, technique) avec Michel Renault (pour l’ancien SNES), tous deux militants « Unité et Action ». Au cours des événements de mai-juin 1968, il fut amené à jouer un rôle important à Amiens et dans l’académie, en liaison avec les sections d’établissements, étudiants, lycéens, parents, syndicats ouvriers.

Ayant l’intention d’entrer dans l’enseignement supérieur, il abandonna sa responsabilité de secrétaire académique du SNES en 1968-1969 (remplacé par Maurice Pérot) mais fut élu en mars 1969 commissaire paritaire académique des certifiés sur la liste des syndicats de la FEN. À la rentrée scolaire 1969, il devint assistant à l’UER de droit et sciences économiques de l’université d’Amiens et y termina sa carrière comme maître de conférences en 1989. Rapidement, Robert Cerisier devint secrétaire académique du SNESup. Il eut notamment à coordonner localement la longue action de grève, commencée aux universités d’Amiens et de Nantes, contre le projet de réforme des seconds cycles universitaires de la secrétaire d’État Alice Saunier-Seïté au printemps 1976, grève qui fut l’occasion d’oppositions très dures entre enseignants et étudiants. Il soutint les décisions d’action de grèves et de manifestations pour l’ouverture de négociations de son syndicat, décisions vivement critiquées par « une coordination nationale des enseignants » réunie à l’université d’Amiens le 25 avril 1976, dans le but de contourner les syndicats (SNESup, SGEN et UNEF Renouveau) et d’appeler à la grève générale ; deux membres du bureau national du SNESup (Philippe Rousseau et Michel Verdaguer) qui étaient venus assister en « observateurs » à la réunion de la coordination, la quittèrent et publièrent un communiqué « regrettant les manœuvres de groupes minoritaires non représentatifs ». Il intervint ensuite au côté du président de l’Université, adhérent du SNESup, Roland Perez, pour que les cours reprennent, après les concessions faites par la secrétaire d’État, comme le SNESup et l’UNEF y avaient appelé le 3 mai, et que les examens se tiennent en mai-juin ; il s’opposa également aux étudiants « gauchistes » lors de leur occupation du rectorat qui fut évacué à la suite de plusieurs heures de négociations. L’année suivante, il abandonna sa responsabilité syndicale à un militant scientifique.

Après leur prise de retraite Robert Cerisier et son épouse vivaient à Nice (Alpes-Maritimes).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19163, notice CERISIER Robert, Pierre, Alphonse, Marie par Alain Dalançon, Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 15 janvier 2018.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

SOURCES : Arch. Dép. Somme, 21 W 326. — Arch. comité national du PCF. — Le Travailleur Somme-Oise, 1949-1970. — Le Courrier Picard, 1945-1975. — Arch. FEN, 2 BB 3 (L. Frajerman). — Arch. IRHSES (Le Travailleur de l’enseignement technique, L’Université syndicaliste). — Arch. Louis Astre (J. Veyret). — Presse nationale (Le Monde, l’Humanité, Libération, Rouge, avril-mai 1976). — Fiche de renseignements remplie par l’intéressé, pour Jean-Pierre Besse, correspondant du Maitron. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Jean-Pierre Besse.

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