LA HUERTA Angel

Par Hélène Chaubin

Né le 30 juin 1922 à Badalona, province de Barcelone (Espagne), mort au combat à Colombières-sur-Orb (Hérault) le 22 août 1944 ; mineur à Graissessac (Hérault) ; maquisard AS depuis avril 1944.

Photo d’Angel La Huerta fournie par son ami Pierre Lopez, mineur et maquisard comme lui.

Angel La Huerta est issu d’une famille des paysans de la région de Valence (Espagne). Son oncle Denis avait émigré le premier en 1919 car la petite propriété familiale ne pouvait plus assurer la subsistance de tous ses membres. Denis La Huerta trouva du travail dans les mines de Graissessac (Hérault) . Son épouse Gabrielle le rejoignit 6 mis plus tard ; elle avait un premier enfant, une petite fille de deux mois. Travailleuse, elle aussi, elle s’engagea auprès de familles de la commune pour des travaux domestiques. Tous deux étaient également embauchés pour les vendanges ou la taille de la vigne. Car ils faisaient encore partie d’une génération de mineurs-paysans dont les journées de travail étaient longues mais qui se donnaient pour but de posséder un peu de terre dans leur pays d’accueil. À la mine, la journée de travail était de 8h30 et fut prolongée à la demande des Allemands à partir de 1940 ; les vainqueurs exigeaient aussi que chaque mineur travaille un dimanche sur deux. Denis La Huerta en peu d’années réalisa son rêve et acheta un terrain pour y cultiver un peu de vigne, des arbres fruitiers et y créer un potager. Un effort, mais qui prit tout son intérêt pendant la guerre et les restrictions alimentaires. Il s’agissait pour Denis d’une immigration pérenne. À la mine, le travail était assuré. Nombre d’Espagnols arrivèrent en raison de la guerre civile, surtout en 1937. En 1940, ils étaient 180 sur un total de 1010 mineurs. Et d’autres membres de la famille La Huerta étaient arrivés : les parents de Denis, puis, en 1924, sa sœur avec son mari et Angel, leur fils, alors âgé de deux ans, qui était né dans l’agglomération de Barcelone. Un frère cadet de Denis vint enfin retrouver cette famille reconstituée. Des enfants naquirent : trois chez Denis, deux chez sa sœur. Ils habitaient tous à Estrechoux, un hameau situé à un kilomètre de la mine de Graissessac. Cette émigration familiale n’était pas politique, mais économique. Cependant, leur sympathie allait à la Résistance. Angel suivait les émissions de la BBC evec son oncle et connaissait l’existence des maquis de la haute vallée de l’Orb. C’est un instituteur de Graissessac qui le décida à s’engager : il s’efforçait de recruter des jeunes gens pour les maquis de l’AS. Dans les villages et à la mine, on parlait beaucoup des sabotages réussis par des cheminots ou des mineurs et, en 1944, la tentation fut grande de rejoindre des maquis. Angel franchit le pas en avril avec ses amis, Jean-Marie Lebreau et Pierre Gordillo qui avait perdu un frère pendant la guerre d’Espagne. D’autres de leurs amis s’étaient déjà intégrés au maquis FTP de Vernazoubres. Les FTP avaient choisi l’action immédiate alors que l’AS, exigeait de ses membres de la patience : leur rôle serait d’aider à la victoire des troupes alliées dont le débarquement était attendu.
Ce n’est que le 20 mai 1944 que les jeunes gens, convoqués aux Cazalets, y rencontrèrent Albert Courtès qui allait être leur instructeur et leur chef de groupe. Les Cazalets sont situés en altitude, au-dessus de Graissessac. Aussi le petit groupe des résistants choisit de se nommer « Les Aigles ». Il y avait aux Cazalets une maison forestière et ce lieu avait été abandonné par un Chantier de Jeunesse, organisation maréchaliste, qui l’avait aménagé, ce qui facilita l’installation des maquisards. En août 1940, le Chantier de jeunesse n°25 y avait travaillé. Il avait reçu par les sentiers muletiers les matériaux de construction des baraques, d’un grand hangar, et, sous l’égide ds Eaux et Forêts, défriché et aplani les terrains. Cela avait duré jusqu’en août 1943, quand les Allemands, arrivés dans le Sud en novembre 1942, avaient exigé le déplacement du chantier dans le Cantal, puis appelé les jeunes gens au STO. Les maquisards n’étaient pas regardés par les Eaux et Forêts avec la même bienveillance que le Chantier de Jeunesse. Mais ils se sentaient à l’abri de mauvaises surprises aux Cazalets, accessibles seulement par deux mauvais chemins qu’on ne pouvait emprunter qu’en passant par Graissessac ou Camplong. Ils y reçurent de l’adjudant Courtès secondé par quatre sergents les rudiments de l’instruction militaire qui leur faisait défaut. Mais au début de juin, l’inquiétude de l’administration des Eaux et Forêts les obligea à partir pour le hameau des Salles desservi par deux départementales, donc moins sûr, mais plus facile à ravitailler en armes reçues par parachutages près du Bousquet-d’Orb. Pendant le printemps de 1944, les maquisards devinrent de plus en plus nombreux, surtout après le débarquement du 6 juin. Nourrir tous ces jeunes gens était très difficile. C’est l’une des raisons d’une action commando exécutée à Graissessac sur le magasin de la mine, la caserne de gendarmerie mais aussi le bureau de poste. Les trois amis, Angel la Huerta, Jean-Marie Lebreau, Pierre Gordillo agirent ensemble en cette occasion comme toujours. D’autre part les maquisards avaient hâte d’affronter les Allemands après les nouvelles de leurs violences successives : drames de Fontjun, de Tulle, d’Oradour-sur-Glane. Les « Aigles » formaient un maquis AS et voyaient leurs camarades FTP se lancer dans des attaques de plus en plus audacieuses alors que la patience leur était imposée. Ensemble au début du mois d’août, avec des hommes du maquis Bertrand, ils obligèrent la garde allemande d’un gros dépôt de vivres de Lodève à se rendre et à leur livrer un important contingent de vivres.
Puis vint le temps des combats. Avec l’imminence du débarquement en Provence, les maquisards durent se regrouper, et sur l’ordre du général Cochet, se préparer à affronter les Allemands en retraite. Les Aigles furent placés à la Baraque de Bral, un poste de guet d’où ils pouvaient surveiller la route de Lodève. Le 21 août ils furent appelés en renfort à Peytafi, mais un accrochage à 2km après le col les arrêta et ils ne purent rejoindre leurs amis sur la route de Faugères. Le lendemain 22 août, on leur annonça la venue d’une colonne allemande que Courtès évalua à 2000 hommes. Elle venait du Tarn et était passée par Saint-Pons. Elle continuait vers Bedarieux. Le groupe des Aigles était sous les ordres de Courtès. Angel demanda que son jeune frère Denis ne les suive pas : en principe, on évitait d’exposer deux frères dans le même combat.
Leurs camions furent stoppés avant Colombières au pont de Sévirac qui avait été à demi détruit par un sabotage. Ils gagnèrent à pied un endroit propice à une embuscade après la sortie de Colombières pour éviter de trop exposer les villageois. Les cyclistes allemands de l’avant-garde furent attaqués et les Allemands tentèrent après une heure de combat une manœuvre d’encerclement. Courtès et Jean-Marie Lebreau furent grièvement blessés et moururent le jour même. Angel, blessé à la tête, ne put opérer un repli rapide et resta isolé. Il rampa dans l’espoir de rejoindre la route mais, arrivé à la voie ferrée, fut atteint par une balle de Shmeisser, un pistolet-mitrailleur allemand. Son corps fut retrouvé le lendemain mais sans possibilité d’identification car sa tête avait aussi reçu une balle explosive et son corps était couvert de traces de coups : des actes de violence subis alors qu’il était déjà mort. Angel la Huerta fut donc porté disparu jusqu’à ce que sa mère soit parvenue à l’identifier grâce à une minuscule trace de bleu de méthylène à un genou.
Il fut enterré avec ses camarades dans le cimetière de Saint-Étienne-d’Estrechoux.
Il reçut la mention : « Mort pour la France ».

Combières-sur-Orb, Bataille, 22 août 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191794, notice LA HUERTA Angel par Hélène Chaubin, version mise en ligne le 28 avril 2017, dernière modification le 16 avril 2021.

Par Hélène Chaubin

Photo d’Angel La Huerta fournie par son ami Pierre Lopez, mineur et maquisard comme lui.
Extrait de carte d’Etat-major : site de Colombières- sur- Orb
Une petite plaque apposée sur le mur du cimetière d’Estrechoux.
Col de la Baraque de Bral
Col de la Baraque de Bral
A 610m d’altitude le col de la Baraque, dernière position des Aigles au-dessus de la route de Lodève à Lunas

SOURCES :
Fabrice Sugier, Mineurs des Cévennes, Espace-Sud éditions, 1993. — Harry Roderick Kedward, À la recherche du maquis, Paris, éd.du Cerf, 1999. — Gabriel Pastor, Montez de la mine. C’était en août 1944, Nice,éd. Bénévent, 2009. — André Souyris-Rolland « Le groupement 25 des Chantiers de Jeunesse au Bousquet- d’Orb », Études héraultaises, 40,Montpellier, 2010. — Pierre Lopez, Témoignage, 2010, archives famille Lebreau.

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