ROMERO PLATERO Desiderio

Par Michel Thébault

Né le 25 septembre 1915 à Fuente Obejuna (province de Cordoue, Espagne), fusillé le 25 avril 1944 après condamnation d’une cour martiale du régime de Vichy à la maison d’arrêt de Limoges (Haute-Vienne) ; républicain espagnol ; résistant et maquisard FTP-MOI.

Originaire d’Andalousie, il était le fils d’Antonio Romero et de Josefa Platero. Il était célibataire et exerçait la profession de meunier (profession qu’il déclara lors des interrogatoires et qui est inscrite sur son acte de décès). Engagé dans l’armée républicaine espagnole, il combattit contre les troupes franquistes (les informations qui alimentent cette notice viennent avec toutes les réserves qu’il faut attribuer à ce type de sources, de l’interrogatoire mené après sa capture, par un inspecteur de police français de Bergerac op. cit. ; il y est d’ailleurs nommé Romero Martinez mais il s’agit vraisemblablement d’un de ses surnoms et faux noms). L’offensive nationaliste contre Barcelone fin décembre 1938 amena rapidement l’effondrement du pouvoir républicain et la retraite (« retirada ») de nombreux civils et des troupes républicaines vers la France. Desiderio Romero Platero entra en France avec sa compagnie en février 1939. Regroupés dans des centres d’hébergement organisés dans l’urgence, les réfugiés furent ensuite répartis dans les diverses régions françaises. Les réfugiés, sans ressources, mais susceptibles d’exercer une activité furent incorporés dans des structures d’encadrement de plus en plus contraignantes crées par le gouvernement français : les Compagnies de travailleurs étrangers. Desiderio Romero Platero fut, semble-t-il, affecté à la 120ème compagnie de travailleurs étrangers, dans les Ardennes, à proximité de la frontière du Luxembourg. En mai – juin 1940, lors de l’effondrement de l’armée française et dans l’exode qui s’en suivit, il quitta sa compagnie et partit isolément vers le sud-ouest, parvenant après l’armistice du 25 juin 1940 en zone libre à Périgueux (Dordogne). Sans doute considéré comme un travailleur étranger évadé, il reçut l’aide d’autres républicains espagnols, et put rejoindre le domaine du marquis Gérard de Commarque (1903 – 1944) qui hébergea dans une ferme proche de son château de la Bourlie, commune d’Urval (Dordogne) plusieurs républicains espagnols sans papier. Il fit fournir à Desiderio Romero Platero une fausse carte d’étranger (peut-être Romero Martinez) et l’employa sur son domaine comme bûcheron et à la fabrication de charbon de bois. En février 1943, à la suite de l’arrestation d’un compatriote par les gendarmes français aux fins de réquisition pour le STO, il décida pour échapper à cette réquisition de prendre le maquis avec plusieurs camarades espagnols et rejoignit dans la région de Domme (Dordogne) un groupe de maquisards, républicains espagnols dans leur majorité, qui constitua au sein des groupes FTP un maquis FTP – MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main d’œuvre Immigrée).
Le maquis fut victime en mars 1944 du zèle répressif déployé par le capitaine Jean, commandant l’escadron 4/5 de la Garde, cantonné à Bergerac (Dordogne). Entre les mois de décembre et avril 1944 il porta avec son unité, un corps franc composé d’une trentaine de volontaires, des coups très durs à la résistance locale. Le 16 mars, sur renseignements, il parvint à encercler à l’aube, à la ferme du Canadier, près de Veyrines-de-Domme, un groupe FTP-MOI auquel appartenait Desiderio Romero Platero dit « Luis ». Trois maquisards José Sánchez Flores, Ángel Poyo Muñoz et Agustín Crespo Quevedo furent tués, Desiderio Romero Platero, découvert blessé, caché dans un taillis fut capturé et fait prisonnier. Il fut conduit dans un premier temps à l’hôpital de Bergerac où il dut répondre à un premier interrogatoire. Le capitaine Jean légèrement blessé dans l’action reçut par arrêté du 22 avril 1944 de la part de Pierre Laval, chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur une médaille d’or pour acte de courage et de dévouement avec la citation suivante : « Une opération de police ayant été décidée pour cerner un repaire de terroristes à Veyrines (Dordogne) a fait preuve d’un esprit de décision, de courage et de sang-froid en faisant le premier les sommations. A été blessé au cours de l’action ».
Conduit et incarcéré à la maison d’arrêt de Limoges, Desiderio Romero Platero fut finalement présenté devant une "cour martiale" créée sous l’autorité du gouvernement de Vichy, et condamné à mort par des juges français dont les noms resteront inconnus, le 25 avril 1944. Il fut exécuté aussitôt, à 16 heures 45, à la maison d’arrêt de Limoges en même temps qu’Henri Sauvent, Georges Bouy, André Dumas et Robert Solas. Son corps fut inhumé dans la fosse commune, du cimetière municipal de Louyat à Limoges.
Son corps pourrait avoir été ramené après la guerre à Veyrines-de-Domme. Son nom (sous la dénomination Romero Platero Desiderio) figure dans cette commune sur la sépulture collective établie dans le cimetière communal pour « les quatre combattants de la main d’œuvre immigrée (Résistance) d’origine espagnole ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article191798, notice ROMERO PLATERO Desiderio par Michel Thébault, version mise en ligne le 28 avril 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : Dossier pédagogique réalisé par le service éducatif des Archives départementales de Dordogne, Les guérilleros, l’engagement en Résistance 1940 – 1944 novembre 2010Claude Cazals La Garde sous Vichy Ed. La Musse 1997, en ligne — renseignements Tiphaine Catalan, doctorante Paris 8, thèse en cours Les Espagnol-e-s dans la Résistance en Limousin : parcours individuels et constructions des identités 1940-1944 — Témoignage de Ralph Finkler, survivant de l’attaque de Veyrines, in amisamigos mars 2009 — Mémorial genweb — Archives municipales de Limoges 4H142 — Mairie de Limoges, registre des décès 1944.

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