DUBONNET, Christian, René, Guy

Par Michel Rousselot

Né le 10 juin 1929 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), mort le 25 mars 2013 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; cadre aux PTT puis à France-Telecom ; membre du conseil (1961-1968) et du bureau (1963-1968) de la Fédération CFTC puis CFDT des PTT, secrétaire général adjoint de l’Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT (1967-1969), secrétaire général de l’Union régionale CFDT Provence Côte-d’Azur Corse (1968-1977), membre du bureau national confédéral de la CFDT (1970-1976) ; adjoint au maire d’Aix-en-Provence (1977-1978).

Fils de Joseph Dubonnet, garçon de café, et de Jeanne Morel, fille de salle, il vécut son enfance à Paris où ses parents, anciens ruraux originaires de la région de Nancy, étaient venus tenter leur chance. Avec sa sœur plus âgée et ses parents, il vécut dans un petit appartement du XIIIe arr. Très pris par leur travail, ses parents se considéraient comme appartenant au monde ouvrier et prirent part à une manifestation en 1936.

Il fit sa scolarité à l’école primaire. L’été 1939, il fut envoyé en colonie de vacances à Saint-Aignan-sur-Cher (Loir-et-Cher) et ne put rentrer à Paris à cause de la déclaration de guerre. Accueilli par une famille de la région, il y demeura quelques années, sa mère étant morte en 1940. Bon élève à l’école paroissiale de Segré (Maine-et-Loire), il put faire des études secondaires à l’Institution libre de Combrée (Maine-et-Loire) grâce à la paroisse de Segré qui en assura la charge. À partir de 1944, il participa à des mouvements de jeunesse : il fut responsable d’un groupe « Cœur vaillant » puis d’une équipe de la JOC. Il obtint le baccalauréat en 1949.

Pensant à la prêtrise et à un apostolat populaire, il envisagea d’entrer au grand séminaire d’Issy-les-Moulineaux pour devenir prêtre-ouvrier. Craignant un manque de vocation, le supérieur l’invita à effectuer d’abord son service militaire, ce qu’il fit dans l’armée de l’air en Algérie. Il devint sous-officier à l’État-major de la cinquième division aérienne. Libéré en 1951, il revint alors en Anjou comme enseignant dans des établissements privés dans le Maine-et-Loire, d’abord à Cantenay-Épinard puis à Saint-Lambert-du-Lattay. Simultanément, il entreprit des études de droit à l’Université catholique d’Angers (Maine-et-Loire).

En 1953, il commença sa carrière professionnelle aux PTT. Ayant été reçu au concours de contrôleur des PTT, il fut affecté comme opérateur télé-imprimeur au bureau central radio à Paris. En 1954 ayant été admis au concours d’inspecteur-élève, il fut d’abord nommé au centre de tri postal de la gare d’Austerlitz, puis demanda à être affecté à un bureau de poste proche de la Sorbonne afin de poursuivre ses études et de préparer une licence en droit qu’il obtint en 1954. Continuant des études internes, il fut reçu au concours de rédacteur en 1959 et nommé au bureau des marchés de la direction générale des télécommunications du ministère des PTT.

Aux PTT, à Paris, Christian Dubonnet fréquenta les « amitiés postières » (groupes JOC), où il rencontra Émile Le Beller. Il participa aux grèves d’août 1953 et adhéra alors à la CFTC. Il prit part à la création du syndicat des centres de tri et fut secrétaire de la section de la région parisienne. La Fédération CFTC des PTT, dont le secrétaire général était Charles Fleury, soucieuse d’intégrer des cadres à des postes de responsabilité, lui demanda en 1960 de rejoindre son secrétariat auprès duquel il fut détaché. Élu au conseil fédéral en 1961, il fut d’abord chargé de l’organisation du secrétariat et du journal fédéral Le lien professionnel. Au congrès de 1963, Jean Boyer devenant secrétaire général, Christian Dubonnet fut élu au bureau fédéral et assura la responsabilité du secteur des services financiers (Chèques postaux et Caisse d’épargne) qui connaissaient le début de l’informatisation. Il fut aussi chargé des questions économiques et, à ce titre, participa aux travaux préparatoires du Ve Plan (1966-1970) où il défendit la nécessité de sortir le réseau téléphonique français de son marasme et de construire des équipements performants. Responsable également de la formation syndicale, il s’appuya sur des apports de la psychosociologie et de la sociologie des organisations et développa des méthodes actives. Il travailla avec les responsables de la confédération (Gérard Espéret, François Lebescond) et d’autres fédérations (Jean-Marie Kiekken, Aimée Jeantet) ainsi qu’avec des sociologues comme Michel Crozier et Alain Touraine. En 1964, il milita pour la transformation de la CFTC en CFDT qui s’effectua sans heurts majeurs au sein de la fédération.

Également responsable de la commission nationale des cadres de la Fédération des PTT, Christian Dubonnet conduisit, à partir de 1965, au sein de la Fédération, les débats concernant l’organisation des cadres au sein de la confédération. Dans la perspective d’une structuration en « fédérations d’industrie », l’objectif était, d’une part, de rattacher les cadres du secteur privé alors membres de la Fédération française des ingénieurs et cadres FFSIC-CFDT à leurs diverses fédérations sectorielles et simultanément, d’autre part, de créer une union de cadres rassemblant ces mêmes cadres des secteurs privés avec ceux des secteurs nationalisés et des fonctions publiques. C’est ainsi qu’en 1967, les cadres des PTT créèrent l’Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT avec ceux des secteurs privés et d’autres secteurs publics ou nationalisés comme ceux d’EDF-GDF ou des chemins de fer. Christian Dubonnet fut alors élu secrétaire général adjoint de l’UCC, puis Pierre Houdenot lui succéda à cette fonction lors du congrès de l’UCC de 1969, Roger Faist étant secrétaire général.

Simultanément, Christian Dubonnet soutint Jean Boyer, secrétaire général de la Fédération, qui cherchait à prendre davantage en compte dans la vie syndicale les problèmes de l’avenir des PTT et qui avait été mis en difficulté au congrès fédéral de 1967 par des militants s’appuyant sur les revendications plus immédiates de la base. Début 1968, ayant quitté la fédération des PTT, il fut amené à la demande de la Confédération à impulser et coordonner l’action syndicale dans la région Provence Côte-d’Azur Corse, puis à y conduire la structuration de l’Union régionale CFDT. Ce fut ainsi qu’il déménagea avec sa famille à Aix-en-Provence. Durant le mouvement de Mai 68, il fut très présent sur le terrain, voyageant beaucoup pour faire de nombreuses interventions et apportant son soutien aux équipes syndicales dans tous les départements de la région. Face aux désaccords apparus entre plusieurs responsables au sein de cette région, il en fut élu secrétaire général de 1968 à 1977. Partageant les orientations du Bureau national confédéral, dont Edmond Maire était le secrétaire général à partir de 1971, il se heurta à l’opposition de militants plus radicaux de l’Union départementale des Bouches-du-Rhône. Porté par son dynamisme et par « l’utopie créatrice de l’autogestion », il chercha à donner plus de stabilité aux organisations de la CFDT dans cette région, mobilisant ses talents d’organisateur et développant la formation syndicale. Il fut soucieux de la défense du droit syndical, y compris devant les tribunaux, et veilla particulièrement à l’action syndicale dans les arsenaux, la chimie, l’industrie agro-alimentaire et à l’implantation de la CFDT dans la zone portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Élu au bureau national de la Confédération, au titre de la région Provence Côte-d’Azur Corse, de 1970 à 1976, il fut amené à accomplir plusieurs missions à l’étranger notamment en URSS, en Angola et en Algérie.

En 1977, Claude Magistry lui succéda comme secrétaire général de la région, et Christian Dubonnet reprit une activité professionnelle, à la direction régionale des télécommunications à Marseille (Bouches-du-Rhône) dans un contexte où le pays voulait combler son retard téléphonique en modernisant son réseau et recherchant des services innovants. Chargé de l’exploitation téléphonique, il pilota ensuite la création d’un service pour l’amélioration des conditions de travail. Il fut frappé par l’hégémonie des questions techniques et l’absence des sciences sociales dans la gestion. Cela le conduisit à accepter une mutation à Paris en 1980 pour créer au sein du service du personnel de la direction générale des télécommunications un service de « management participatif et de gestion qualitative des ressources humaines ». Il mit en place un réseau d’une centaine de responsables chargés de l’amélioration des conditions de travail pour intervenir lors de la mise en place de nouvelles méthodes ou de nouvelles technologies, travaillant de façon interactive avec un groupe de sociologues et d’ergonomes avec notamment le concours de Renaud Sainsaulieu directeur d’un laboratoire de sociologie des entreprises. Il fut successivement nommé au grade de directeur départemental, puis de directeur régional. En janvier 1987, il devint chargé de mission auprès du directeur général des télécommunications, puis après la création de France-Telecom en 1988, il fut nommé, en janvier 1991, conseiller de Marcel Roulet président du groupe France-Telecom. Cette expérience, de gestion des ressources humaines dans des secteurs à forte innovation technique, l’amena à écrire, en 1994, avec le sociologue Norbert Alter un ouvrage combinant les points de vue du manager et du sociologue confrontés à la transformation d’une entreprise.

Dans les années 80 et 90 il maintint les contacts en réunissant de façon amicale les anciens responsables régionaux CFDT. Prenant sa retraite en 1994, il collabora à la Fondation « Europe et Société » dirigée par Jacques Moreau. Il publia en 1999 une histoire de la Fédération CFDT des PTT et participa à l’activité de l’Union des retraités CFDT d’Aix-en-Provence.

Christian Dubonnet s’était engagé également dans la vie politique. Il fut de 1977 à 1978 adjoint au maire d’Aix-en-Provence, élu sur une liste conduite par le Parti socialiste, et chargé de l’emploi et des affaires économiques.

Il avait épousé Bernadette Fougère en 1954 à Bourges. Elle travaillait aux PTT, d’abord à Orléans puis à la Caisse nationale d’épargne à Paris. Elle fut également secrétaire administrative de l’Union régionale CFDT Provence Côte-d’Azur Corse. Leur couple donna naissance à trois enfants en 1956, 1958 et 1962.

Christian Dubonnet était chevalier dans l’Ordre national du Mérite (1986) et chevalier de la Légion d’honneur (1993).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192138, notice DUBONNET, Christian, René, Guy par Michel Rousselot, version mise en ligne le 8 mai 2017, dernière modification le 5 janvier 2021.

Par Michel Rousselot

ŒUVRE : Avec Norbert Alter, Le manager et le sociologue, L’Harmattan, 1994. — La Fédération CFDT dans l’histoire des PTT, FUPT-CFDT, Paris, 1999.

SOURCES : Arch. Fédération communication, conseil, culture F3C-CFDT. — Arch. Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT. — Entretiens de Christian Dubonnet avec Pierre Autexier et Louisette Battais (9 janvier 1987), Arch. confédérales-CFDT. — Notes de Christian Dubonnet (1999). — Intervention de Pierre Quaranta lors des obsèques de Christian Dubonnet (27 mars 2013). — Notes d’André Gaboriau (2015) et de Charles Pellotieri (2016). — Informations recueillies auprès de Jean Aberlenc (2016).

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