BLUM Sophie [BLUM Marthe dit Sophie

Par Eric Panthou

Née le 2 décembre 1924 à Besançon (Doubs), morte à Issoire (Puy-de-Dôme) le 2 décembre 2012 ; agent de liaison FTP, militante pour l’indépendance de l’Algérie, défenseure des causes écologistes et environnementales.

Née dans une famille juive aisée, très jeune, Sophie Blum (son véritable prénom est Marthe) entra en conflit avec son milieu. Son père, directeur d’une usine d’horlogeries, était radical-socialiste, franc-maçon. Sophie se révolta contre ce milieu bourgeois et l’éducation qu’elle a reçu avec des parents préférant laisser à des bonnes, des précepteurs le soin de s’occuper de leur enfants. Sophie était révoltée car ces "personnels" devaient la vouvoyer alors qu’elle n’était qu’une petite fille.
Après l’armistice de juin 1940, Sophie n’accepta pas cette situation et l’Occupation allemande. Avec quelques camarades du lycée elle rédigea des papillons clandestins avec des mots d’ordre appelant à la révolte qu’ils collèrent dans Besançon.
Elle entra en contact avec les communistes clandestins. En 1941, elle rencontra un groupe de résistants communistes qui organisait les ouvriers à Sochaux. Elle servit alors d’agent de liaison. Arriva alors sur place Pierre Georges, le futur colonel Fabien, un jeune communiste chargé d’organiser le secteur. À ses côtés, Sophie apprit les méthodes activistes. Elle participa au montage d’une bombe qu’elle alla déposer devant une librairie de propagande mais aussi d’une bombe qu’elle plaça dans la chambre d’un chef de la Gestapo, dans des locaux qu’elle avait fréquentés avant guerre.
Elle mit Pierre Georges en contact avec une personne qui pouvait procurer des munitions. Elle fut choquée quand elle apprit que Georges avait abattu ce fournisseur au moment où il prenait possession des munitions.
Elle refusa toujours de porter l’étoile jaune. Sophie Blum partit ensuite pour Paris où elle fut arrêtée en novembre 1942 et emprisonnée à Fresnes. Elle ne revit plus ses parents qui furent déportés et exterminés. Avant son transfert, craignant d’être torturée, elle parvint à s’enfuir et rejoignit une partie de sa famille à Périgueux, en se cachant sous un train. Mal accueillie par sa tante, elle décida de rejoindre sa sœur qui devait être à Toulouse. Arrivée sur place, elle apprit que cette dernière avait fui en Suisse. Sans ressource ni contact, à dix-huit ans, Sophie se rendit au commissariat et fit croire au commissaire qui la recevait, qu’elle était la fille d’un exploitant d’une plantation de café de Côte d’Ivoire, étudiante à Toulouse et ayant perdu ses papiers. Le commissaire lui refit des papiers et lui trouva un emploi au service de la statistique, récemment créé. Sophie fut chargée de ranger les livrets militaires et put ainsi se procurer des feuilles de démobilisation qu’elle parvint à transmettre à la Résistance.
Elle rencontra un homme, enceinte elle décida de se réfugier en Suisse car ne voulait pas que son enfant (ce fut un fils) naisse dans un pays occupé. Elle accoucha en juillet 1944, en Suisse, où elle fut internée.
En octobre 1944, Sophie Blum rejoignit le France où elle fut embauchée comme "rédacteur" temporaire au Ministre de l’Agriculture où elle fut mise en valeur et présentée comme une héroïne au sein d’un Ministère qui a été au cœur de la mise en place de la politique de Vichy.
Elle a bénéficié d’une bourse pour présenter le concours d’entrée d’une grande école d’État. Elle a choisi l’ENA. Elle fit partie de la promotion de 1948 "Croix de Lorraine" et fut l’une des premières femmes à avoir fait l’ENA.
A la fin des années 1950, elle obtient un détachement au sein du génie rural afin de diriger les travaux de canalisation de la Durance, car à l’époque, elle était convaincue que l’eau devait alimenter en priorité l’agriculture. Elle changea par la suite de position à ce propos.
Avec son nouveau compagnon, René Papon, avec qui elle vécut jusqu’à la fin de sa vie, elle partit habiter dans le Var. Là, elle rencontra des gens avec qui elle fonda un journal défendant la cause algérienne, en 1961.
C’est au cours de ces années que Sophie prit conscience des dérives du monde agricole (irrigation massive, généralisation de l’utilisation des pesticides, agriculture intensive, etc.). Avec René Papon, elle s’intéressa à ce qu’on appelle aujourd’hui l’agriculture biologique. Ils firent la rencontre de Jean Pain, qui professait l’agriculture sur compost. En 1964, ils suivirent les débuts de "Nature et Progrès", la fédération de producteurs et consommateurs engagés dans l’agro-écologie.
En 1966, à la création de l’Office National des Forêts, Sophie rejoignit la direction régionale Provence-Corse. Elle fut chargée des ressources humaines. Elle découvrit la condition misérable des harkis rapatriés d’Algérie travaillant pour l’ONF. C’est elle qui leur conseilla d’aller solliciter l’aide de la CGT. Tous les harkis du secteur forestier se syndiquèrent et ils furent les premiers à obtenir une convention collective. Sophie se remémora la venue des Renseignements Généraux auprès d’elle après son intervention mais aussi la très mauvaise réputation qu’elle eut dorénavant auprès de ses supérieurs hiérarchiques.
Sophie Blum fut marquée par l’aspect très conservateur de cette administration issue de l’ancien génie royal, très hiérarchisée, avec l’affirmation des grades, et avec des ingénieurs peu ouverts aux nouvelles pratiques écologiques.
En mai 1968, personne ne fit grève chez les forestiers mais Sophie put sortir de ses bureaux et aller au devant des grévistes hors statuts car elle était chargée d’aller payer les personnels sur le terrain, en liquide.
Puis, elle retourna à Paris, au service du contentieux du Ministère de l’Agriculture. C’est notamment ici qu’elle acquit cette grande expertise dans la maîtrise des textes réglementaires. Elle s’en servit ensuite pour mettre en échec ou contester plusieurs projets des élus ou agriculteurs de la commune où elle était partie s’installer à sa retraite, Sailles, un hameau de Saint-Nectaire, au cœur des montagnes du Puy-de-Dôme.
En 1984 avec René et d’autres compagnons, elle créa une association (l’Association de protection de la nature des Côtes-de-Sailles ) pour s’opposer à un dépôt d’ensilage. Elle lutta contre la création d’une porcherie, contre l’épandage des boues d’Issoire et de Clermont-Ferrand sur les terres d’un paysan de la commune, contre celui des viscères du bétail abattu à Clermont-Ferrand. Tout au long de ces années, elle n’hésita pas à faire des recours au Tribunal administratif et lutta contre ce qu’elle appelait les mafias locales, dénonçant les connivences entre élus et certains paysans. Néanmoins elle gagna quasiment tous ses procès. Son action lui valut pressions et menaces et cela alla même jusqu’à une tentative d’assassinat quand une voiture parvint à projeter son véhicule dans un fossé. Elle s’en sortit avec de multiples blessures et porta plainte.
Sophie Blum décéda à l’hôpital d’Issoire, le jour de ses 88 ans, suite à une mauvaise chute.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192324, notice BLUM Sophie [BLUM Marthe dit Sophie par Eric Panthou, version mise en ligne le 16 mai 2017, dernière modification le 27 mai 2017.

Par Eric Panthou

SOURCES : Interview filmée de Sophie Blum, enregistrée le 16 novembre 2006 (85 minutes), Université Populaire et Citoyenne du Puy-de-Dôme. — Témoignage de Jean-Michel Duclos, recueilli le 15 mars 2017. — Certificat de résistance pour Sophie Blum, signé par le Capitaine FFI Denis Bidot (ou Bidaut), témoignage de René Papon.

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