COUSIN Louis

Par Jean-Luc Labbé

Né le 18 mars 1854 à Issoudun (Indre), vigneron (propriétaire de sa vigne ?) et élu socialiste à Issoudun de 1881 à 1900, domicilié rue du Moulin Saint-Paterne dans le village de Chinault ; marié avec Marie-Louise DENIS, une ouvrière festonneuse ; trésorier d’une société de secours mutuels à partir de 1882 et initiateur des organisations blanquistes en 1883 ; militant du syndicalisme vigneron issoldunois.

En 1876, un groupe de jeunes vignerons décidait de manifester des opinions républicaines, démocrates et anticléricales en faisant concurrence à la Société de Saint-Vincent lors de la fête patronale traditionnelle du 22 janvier. Cet évènement politique nouveau n’échappa pas à la police qui rendit compte de la composition de ce groupe : Cousin Louis, Denizot Jean, Pivert Henri, Coulon Jules, Boutet Emile, Auclerc Louis et Robin Emile. Parmi ce groupe de jeunes vignerons, Louis Cousin avait 22 ans et semblait être l’organisateur.
Vingt-quatre ans plus tard, dans Le Prolétaire du Centre daté du 18 mars 1900, il revint sur cet évènement fondateur sous le titre « L’origine de la fête civile des vignerons d’Issoudun » : « … On savait bien que c’était un terrible coup qui allait être porté à cette forteresse cléricale, c’était l’idée de vérité et de progrès qui venait de s’imposer au mensonge et au fanatisme ». Cousin avait dû négocier avec le commissaire de police qui n’acceptait pas une manifestation autre qu’un défilé placé sous le signe du Saint-Patron. Cousin et ses amis acceptèrent cette condition « mais comme il y a des saints de toutes grandeurs nous choisissons le plus petit que nous pûmes trouver ; il était gros comme mon poing et si laid que nous l’avions caché sous des oriflammes afin qu’il ne se voie pas … dans la rue on nous montrait du doigt en disant : voilà la Marianne qui passe ». En octobre de cette même année 1876, Alfred Leconte devenait député républicain-démocrate en battant le sortant réactionnaire Paul Dufour. Louis Cousin, quant à lui, deviendra conseiller municipal d’Issoudun à partir de 1881.
En avril 1882, il avait alors 28 ans, Louis Cousin participa à la création d’une société de secours mutuels, La Solidarité, au sein de laquelle il siégea au bureau avec la responsabilité de trésorier. Le président en était Jacques Dufour qui deviendra maire en 1892 et député socialiste affilié au Parti ouvrier français (P.O.F.) en 1898.
En 1883, les socialistes blanquistes-vaillantistes engagèrent la création d’organisations qui ouvraient une période de conquêtes démocratiques, organisations qui se donnaient comme objectif l’autonomie politique vis-à-vis des Républicains modérés qui dominaient alors la municipalité. En décembre, dans son quartier de Chinault, Louis Cousin participa à la création d’une « Ligue démocratique pour la revendication des franchises communales » qui visait à contester la désignation des élus municipaux par les chefs républicains en place. Louis Cousin fut élu au comité de son quartier (village de Chinault) par 48 voix sur les 81 votants et les 69 exprimés. Les vignerons propriétaires ou journaliers, les artisans, les ouvriers tentaient alors de construire une organisation socialiste liée au Comité Central Révolutionnaire d’Edouard Vaillant dans une démarche politique de proximité tout à fait inédite. Louis Cousin devenait également un acteur reconnu du syndicat des vignerons.
Louis Cousin fut élu au conseil municipal d’Issoudun pour la première fois en 1881 (Jacques Dufour également). Lors des élections municipales de mai 1884, il fut réélu au 1er tour, quatrième mieux élu au scrutin de panachage. Facilement réélu en 1888, il fit partie en 1889 du comité de soutien à Jacques Dufour qui fut élu conseiller général socialiste du canton Issoudun-nord. Réélu conseiller municipal une nouvelle fois en 1892, il contribua à l’élection du même Jacques Dufour au poste de maire au cours d’un scrutin qui fut très serré, au sein du conseil municipal, entre les républicains et les socialistes. En 1896, il fut élu conseiller municipal une dernière fois en arrivant en tête de tous les candidats socialistes ; c’est-à-dire avec plus de voix que le maire (Dufour) et le député (Leconte). Il ne fut pas candidat en 1900, ni ultérieurement.
L’identité issoldunoise (les vignerons, les élus républicains-socialistes) pouvait se lire lors de son mariage. Alors âgé de 30 ans, Louis Cousin se maria le 11 novembre 1884 avec Louise-Marie DENIS, une ouvrière (festonneuse) de 24 ans, fille de Pierre-Charles DENIS vigneron de 56 ans. Le mariage avait été célébré par Guillaume COURANT (vigneron adjoint au maire et conseiller d’arrondissement). Les témoins du mariage étaient RAIMOND Cyr vigneron au hameau de Chinault et oncle de Louis Cousin par son mariage avec Marie BONNAMY ; Jean ROUET conseiller municipal de 53 ans, vigneron aux Bordes et cousin germain de Louis Cousin ; Jacques GUILLOT conseiller municipal de 56 ans, vigneron et oncle de Louis Cousin par son mariage avec Jeanne DENIS ; TILLIER Emile-Philippe cafetier de 28 ans et cousin germain de Louise-Marie Denis. Lors de ce mariage, le père de Louis Cousin, Philippe Cousin vigneron était décédé depuis le 30 juillet 1879 ; sa mère (Marie née Bonnamy) âgée de 61 ans déclarait la profession de ménagère (femme de ménage), signe que la vigne familiale était de petite taille ; voire même qu’à cette époque Louis Cousin n’était pas propriétaire mais vigneron journalier agricole. Pierre Denis (né le 5 mai 1828), le père vigneron de la mariée (Louise), avait été élu conseiller municipal républicain-démocrate en 1870.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192486, notice COUSIN Louis par Jean-Luc Labbé, version mise en ligne le 22 mai 2017, dernière modification le 12 novembre 2020.

Par Jean-Luc Labbé

SOURCES : L’Eclaireur du Berry et Le Prolétaire du Centre. – Arch. Dép. Indre, résultats électoraux et surveillance policière. – Arch. Dép. Cher, rapport de police 79-F-23. – Etat civil d’Issoudun.

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