WEIL Jacqueline, Sylvie, Hélène

Par Jean Marie Gabaud, Bernard Pommaret, Michel Thébault

Née le 15 octobre 1918 à Nantes (Loire-Atlantique), massacrée le 5 août 1944 à Rancon (Haute-Vienne) ; étudiante à la Sorbonne ; victime civile.

monument aux morts de Châteauponsac
monument aux morts de Châteauponsac

Elle était la fille de Marcel Salomon Weil, né en 1884 à Paris, ancien combattant de 1914 – 1918, Croix de guerre et chevalier de la Légion d’honneur, et de Emma Lévy. Jacqueline Weil naquit rue Jules Simon à Nantes alors que son père sergent mobilisé en campagne était absent, sa mère institutrice, le domicile déclaré Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis).
Réfugiée en Limousin pendant la seconde guerre mondiale, elle habitait à l’été 1944 le hameau de Dent sur la commune de Chateauponsac (Haute-Vienne) domiciliée chez la famille Morange. Elle avait été recensée comme juive et la mention était inscrite sur sa carte d’identité au 15 janvier 1943.
Au début du mois d’août 1944, les autorités militaires allemandes envoyèrent dans le nord de la Haute-Vienne, des forces armées dans le but de « nettoyer » la zone, des maquis qui s’y étaient installés et développés. Connu sous le nom de groupement Ottenbacher (du nom du général le commandant), celui-ci comprenait le 719ème bataillon du 15ème régiment de grenadiers de réserve venant de Clermont-Ferrand et deux compagnies du 19ème régiment de police SS en garnison à Limoges aidés de miliciens. A partir du 3 août et jusqu’au 10 août, selon une tactique éprouvée, les unités allemandes quadrillèrent le secteur, sillonnant toutes les routes pour accrocher et détruire les maquis. Le 5 août 1944, vers 11 h. une unité allemande se présenta à Châteauponsac et ordonna le rassemblement de toute la population sur la place de la mairie pour un contrôle d’identité et une fouille des habitations et des granges. Vers 13 h. six personnes furent menacées d’exécution. Le maire de Chateauponsac tenta de négocier avec le commandement allemand et pour préserver ses concitoyens se proposa lui-même comme otage. L’unité allemande libéra finalement les personnes concernées et repartit en direction de la commune de Rancon, commune limitrophe de Chateauponsac. Elle arrêta sur sa route au village de Dent, deux personnes dont les cartes d’identité portaient la mention juif : Jacqueline Weil et son ami Albert Abraham Cohen. Il semble également qu’elle ait été victime d’une dénonciation : la fouille de son domicile livra aux Allemands des notes rédigées en anglais qui leur permirent de l’accuser de liens avec la Résistance.
Le témoignage recueilli en 2012 de Marcel Morange, âgé de neuf ans à l’époque des faits et à qui Jacqueline Weil donnait dans la maison de ses parents des cours d’anglais et de mathématiques (Le Populaire du Centre op. cit.) fournit un récit des circonstances du décès de Jacqueline Weil et de son compagnon : « Ils ont marché jusqu’à Rancon. Ils ont été tabassés sur le chemin, puis alignés toute la journée contre le mur de l’église. C’est seulement à 23 heures, qu’on leur a tiré dans le dos... Ils ont été martyrisés car ils étaient juifs ». Leurs corps furent découverts le lendemain 6 août à la sortie nord de Rancon, au bord de la route près du pont sur la Gartempe.
Elle obtint la mention Morte pour la France. Son nom figure sur le monument aux morts du cimetière de Châteauponsac et vraisemblablement (quoique orthographié Veil J.) sur la plaque dédiée dans la Sorbonne : "Aux professeurs étudiants et anciens étudiants de la Faculté des Lettres Morts pour la France 1939-1945".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192745, notice WEIL Jacqueline, Sylvie, Hélène par Jean Marie Gabaud, Bernard Pommaret, Michel Thébault, version mise en ligne le 30 mai 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Jean Marie Gabaud, Bernard Pommaret, Michel Thébault

monument aux morts de Châteauponsac
monument aux morts de Châteauponsac

SOURCES : ADIRP 87 (Archives privées de l’Association départementale des déportés et internés de la Haute-Vienne) — Arch. Dép. Haute-Vienne, 993 W 224 et 185 W 3-36 — Arch. Dép. Loire-Atlantique, 305 J . — Témoignage de Marcel Morange recueilli par Jean Marie Gabaud — Mémorial Klarsfeld, 2012 — Pierre Louty et alii C’était le maquis qui libéra le pays Ed. La Veytizou 2007 — Journal Le Populaire 29 août 2012.— Journal Le Populaire du Centre, 30 mars 2012.

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