ANCIANT Jean, Charles, Alphonse

Par Hervé Le Fiblec

Né le 29 mars 1934 à Reims (Marne), mort le 31 mars 2017 à Creil (Oise) ; professeur et directeur d’études à l’ENSET de Cachan ; maire socialiste de Creil (1979 à 2001) ; député (1981 à 1993).

Jean Anciant député de l’Oise
Jean Anciant député de l’Oise

Fils de Pierre Anciant, caviste, et de Madeleine, née Herbert, sténo-dactylographe, Jean Anciant suivit ses études secondaires dans sa ville natale avant de rejoindre la capitale. Tout en menant des études de Droit jusqu’à la licence, il entra à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (section D) en 1952, dont il sortit professeur certifié de sciences et techniques économiques en 1957. Il avait épousé le 12 novembre 1955, Ginette Buisson, avec qui il eut deux fils.

Il fut affecté au lycée technique de garçons de Roubaix (Nord), puis enseigna au début des années 1960 à l’école nationale de commerce, rue Bessières, à Paris. Après sa réussite à l’agrégation d’économie gestion créée en 1966, il poursuivit sa carrière dans l’enseignement supérieur, d’abord comme chargé de cours à l’Université nouvellement créée d’Amiens (Somme) en 1969, avant de devenir directeur d’études à l’ENSET au début des années 1970, puis directeur du département d’économie de cette école en 1977. Il fut aussi l’auteur d’un manuel Initiation aux faits économiques et sociaux pour les classes du second cycle. Il cessa ses activités d’enseignement après son élection comme maire de Creil, en 1979.

Divorcé en janvier 1961, il épousa en novembre Nicole Fallard, qu’il avait connue à l’ENSET dans la même promotion. Ils eurent un fils et deux filles. Sa nouvelle épouse étant affectée au lycée Jules-Uhry de Creil, il s’installa dans cette ville en 1962 et poursuivit son engagement au sein du Parti socialiste SFIO auquel il avait adhéré à Roubaix deux ans plus tôt. En 1963, il devint secrétaire de la section de Creil et l’année suivante secrétaire fédéral à l’issue de la crise interne qui avait conduit à la démission de Roger Buée.

En 1964, au congrès extraordinaire de la SFIO, au nom de la fédération de l’Oise, il apporta son soutien à la candidature de Gaston Defferre à la présidence de la République, mais en posant des « questions » sur la nationalisation des banques d’affaires, que le maire de Marseille ne semblait pas vouloir porter, et sur celle, bien plus clivante, des relations avec les communistes avec lesquels Anciant souhaitait la poursuite des discussions.

Lors du 55e congrès (juin 1965), il défendit cependant la proposition de créer une fédération démocrate socialiste, ouverte à des adhésions individuelles. Une nouvelle fois, son soutien à la ligne de Gaston Defferre était critique : la fédération devait surtout être le moyen de rallier les membres des clubs et de créer les conditions d’une union de la gauche incluant les communistes, sans lesquels il n’y aurait pas de majorité possible à gauche. Il proclama même que « le centrisme n’existe pas » : pour lui, le MRP ne pouvait être partie prenante de l’opération, afin que la fédération démocrate socialiste ne devienne pas une « fédération des démocrates et socialistes ». Son rejet de toute tentation centriste fut réitéré lors de la création du « nouveau » Parti socialiste en 1969 : il repoussa ainsi « la formation d’un Parti qui, quel que soit son nom de socialiste, comporterait des hommes du centre qui sont en réalité des conservateurs ».

Ses prises de position faisaient écho à la situation particulière de l’Oise, où les socialistes étaient depuis plusieurs années déchirés sur la question des alliances, non pas avec le MRP, peu implanté, mais avec les radicaux, et particulièrement Robert Hersant. L’apparentement en 1956 de la liste SFIO, menée par Marcel Mérigonde, avec celle de l’ancien collaborateur avait déjà suscité de nombreux débats. En 1962, la décision des socialistes creillois de présenter la candidature d’Antoine Chanut aux législatives, contre le candidat radical soutenu par Hersant, avait provoqué une crise avec la direction nationale de la SFIO, qui avait temporairement dissout la section. L’intégration du magnat de la presse dans la FGDS, présidée localement par Mérigonde, provoqua ainsi la démission d’Anciant de la direction de la fédération socialiste. L’avenir ne fit que confirmer ce dernier dans ses positions, car Hersant, après avoir été réélu député sous l’étiquette FGDS en 1967, rallia l’année suivante la majorité gaulliste.

En 1970, profitant de l’affaiblissement des positions locales de Mérigonde, qui se rapprochaient de celles d’André Chandernagor, il devint secrétaire fédéral du « nouveau » Parti socialiste, fonction qu’il conserva après le congrès d’Épinay, jusqu’en 1975, où il fut remplacé par Roland Florian.

Son investissement politique le tint à l’écart d’un engagement syndical visible. Il était néanmoins très proche de Georges Jouandin, lui aussi ancien de l’ENSET (promotion 1953), qui fut de 1973 à 1987 le « numéro 2 » de la liste UIDR (UID Rénovation), derrière Jacques Estienne, pour les élections à la commission administrative de la section académique du Syndicat national des enseignements du second degré d’Amiens. Jouandin fut notamment conseiller municipal de Creil, de 1983 à 1985, et prit la présidence du théâtre de la Faïencerie, de sa création jusqu’en 2005. Son épouse militait également au SNES dans son établissement et figura sur toutes les listes UIDR académiques jusqu’à la scission de la FEN. Après 1993, Jouandin et Nicole Anciant firent partie des militants UID qui restèrent au SNES, et constituèrent une liste IDEES au niveau académique et national.

Jean Anciant, conseiller municipal de Creil élu sur la liste d’Antoine Chanut, qui avait succédé en 1963 à Gabriel Havez après le décès de ce dernier, et adjoint en charge du budget depuis 1965, fut élu conseiller général de l’Oise en 1973, dans le canton de Creil-Sud, et réélu en 1976. Premier adjoint à Creil en 1977, il succéda le 1er novembre 1979 à Antoine Chanut démissionnaire pour raison d’âge. Maire de la principale commune du district urbain, il en prit la présidence, qu’il conserva jusqu’en 1995.

Après deux échecs aux élections législatives, en 1973 et 1978, il fut élu député de la quatrième circonscription de l’Oise, porté par la « vague rose » de 1981, qui envoya quatre députés socialistes sur cinq circonscriptions isariennes à l’Assemblée nationale. L’année suivante, il ne se représenta pas aux élections cantonales.

Comme maire de Creil, il fut d’abord attentif à l’urbanisme, lançant à partir de 1982 un grand programme de rénovation du quartier Rouher, où se concentraient les logements sociaux. Il entreprit notamment de le doter, en lieu et place des immeubles inhabitables, de parcs et jardins.

Conscient de l’amarrage du bassin creillois à la sphère économique de la région parisienne, il protesta dès 1980 contre le refus du gouvernement d’élargir la zone de tarification « carte orange » jusqu’à sa ville. À la fin des années 1980, il fut ainsi en porte-à-faux avec la plupart des autres socialistes de Picardie, et notamment ceux de la Somme, qui préconisaient une construction de la région autour de sa capitale, Amiens.

Député, Jean Anciant, qui s’était inscrit à la commission des finances, devint rapidement un des principaux animateurs du débat sur les questions fiscales et budgétaires au sein du groupe socialiste. Il fut choisi à plusieurs reprises, notamment lors du débat sur la loi Delors de mai 1984 sur « le développement de l’activité économique » ou lors de l’examen du budget 1985, comme porte-parole du groupe. Sans jamais contester la ligne gouvernementale, il tenta cependant de faire avancer certaines de ses propositions, comme l’extension à l’ISF de la « surtaxe exceptionnelle » décidée par le gouvernement pour le budget 1984, ou encore la réforme de la fiscalité locale, admettant cependant qu’il faille avancer sur cette question « à dose homéopathique ».

En 1986, il fut choisi comme tête de liste socialiste pour les élections législatives au scrutin proportionnel départemental. Si sa place ne fut pas remise en cause, la lutte entre les sortants pour occuper une place éligible fut particulièrement sévère, provoquant le retrait de la liste de deux « poids lourds », le député sortant Jean-Pierre Braine et l’ancien président du Conseil général, Henri Bonan.

Réélu député pour un second mandat, Jean Anciant fut désigné comme porte-parole du groupe socialiste, désormais dans l’opposition, et présidé par Pierre Joxe, dont il passait pour proche à cette période. Il intervint ainsi dans l’hémicycle et auprès de la presse, sur tous les projets marquants du gouvernement Chirac.

Cette deuxième moitié des années 1980 fut aussi pour lui la période d’une forte activité municipale. Tout en poursuivant la rénovation urbaine, il dota la ville d’infrastructures culturelles qui lui manquaient. En 1985, ce fut la « Grange à musique », d’abord structure d’aide aux musiciens amateurs, puis salle de spectacle consacrée aux musiques actuelles. Puis, la création d’un théâtre sur l’emplacement d’une ancienne faïencerie qui lui donna son nom, inauguré en octobre 1993.

Mais la ville et son bassin étaient surtout touchés par la désindustrialisation, dont la fermeture de l’usine Chausson, annoncée en 1992 et effective au printemps 1996. Tout en soutenant la lutte des salariés pour la sauvegarde de leurs emplois, Jean Anciant estimait que l’avenir de la ville et de sa région était plus dans le développement d’une industrie de substitution, centrée sur les technologies de pointe, que dans la recherche d’activités métallurgiques vouées à terme à disparaître. Il favorisa ainsi l’implantation d’INERIS à Verneuil-en-Halatte, et inscrivit dans le contrat de plan 1991 la création d’un parc technologique appelé Alata. Dans cette entreprise, il reçut le soutien paradoxal du maire de Compiègne, le très conservateur Philippe Marini, ce qu’il justifia par une boutade sur la « tradition d’entente entre les socialistes de Creil et la bourgeoisie de Compiègne ». Il apporta aussi son soutien à la création d’un institut universitaire de technologie dans sa ville, qui fut effective en 1991.

Réélu député en 1988, Jean Anciant ne tint à l’Assemblée nationale qu’un rôle relativement secondaire. Vice-président de la commission des finances présidée par Dominique Strauss-Kahn, il ne désintéressa pas des questions fiscales, en faisant partie des députés socialistes qui, à l’automne 1989, tentèrent d’infléchir « à gauche » le budget présenté par le gouvernement, par le biais d’un amendement sur l’ISF.

Il recentra son activité sur les questions d’habitat. En septembre 1988, il fut le seul parlementaire à faire partie de la commission présidée par Jean-Michel Bloch-Lainé, pour faire des propositions sur l’amélioration de « l’efficacité économique et sociale des actions de l’État en matière d’habitat, en harmonie avec une politique de la ville et dans la perspective européenne ». Plusieurs fois rapporteur spécial sur le budget du ministère du Logement, il intervint pour défendre les locataires, d’abord, en proposant, avec Guy Malandain, des modifications à la loi Méhaignerie élargissant les droits des locataires, et ensuite, lors de l’examen du budget 1991, en réclamant, en vain, un meilleur soutien à l’accession à la propriété. Son expérience et son implication dans ces dossiers l’auraient destiné naturellement à une fonction gouvernementale, qu’il aurait souhaitée, mais qui ne se réalisa pas.

D’une façon générale, sans être toujours pleinement satisfait de l’action des socialistes au gouvernement, il fut toujours d’une grande fidélité dans ses votes, y compris en janvier 1991, lorsqu’il se prononça en faveur de l’engagement des troupes françaises dans la première guerre du Golfe, par loyauté plus que par conviction.

L’affaire dite des « foulards » de Creil, à l’automne 1989, fut pour lui un épisode douloureux. D’abord parce qu’il se trouva en porte-à-faux avec une partie des socialistes qui s’emparèrent de cette affaire comme illustration d’une laïcité violemment attaquée. Plutôt favorable à une attitude conciliante, il estima que la médiatisation de l’affaire avait fortement porté préjudice à l’image de sa ville. Organisant en avril 1990 une « Semaine de l’amitié », à laquelle Michel Rocard participa, il déclara quelques mois plus tard au Monde (20 janvier 1991) : « Nous avons perdu plus d’un an sur le travail que nous avions engagé pour lutter contre toutes les formes d’exclusion. » L’affaire eut aussi pour effet la montée en puissance d’un adversaire politique de droite, Ernest Chénière, principal du collège concerné, engagé au RPR. En 1993, Jean Anciant, candidat à sa réélection comme député, n’obtint que 6 900 voix sur 41 804 suffrages exprimés (16,5 %). Il fit partie des 24 députés socialistes sortants battus dès le premier tour. Il était devancé par le candidat du Front National, Michel Guiniot, et par Ernest Chénière qui, arrivé en tête, fut élu au second tour.

Reconduit au fauteuil de maire de Creil en 1995, son dernier mandat fut particulièrement assombri par l’affaire Oise Habitat. La Cour des comptes découvrit en effet des malversations dans la gestion de cet organisme HLM dont il était le président. Mis en examen en octobre 1995 pour détournement de fonds publics, il fut condamné en première instance en février 2000 à huit mois de prison avec sursis, puis, en appel en avril 2001, à une simple amende, pour complicité. Bien que ce jugement en appel puisse être interprété comme la reconnaissance d’une responsabilité très secondaire dans cette affaire, dont le principal coupable était le directeur général de cet organisme, il vécut très mal la mise en cause de sa probité.

Il n’avait alors plus aucun mandat politique, ayant renoncé à mener la liste aux élections municipales de Creil en mars, qui furent remportées par son premier adjoint socialiste Christian Grimbert. Après cette date, il resta en retrait de la vie publique, renonçant à une candidature aux sénatoriales au profit d’André Vantomme.

Divorcé en 2006, il épousa en 2009 Nicolle Saudrais, chef de travaux dans l’enseignement professionnel et adhérente du PS à Creil. En 2010, il fut décoré de la Légion d’honneur, qu’il reçut des mains d’Éric Woerth. Après sa mort, un hommage lui fut rendu le 6 avril devant l’hôtel de ville de Creil.

Le parcours de cette personnalité forte, capable de séduire son auditoire et de s’imposer dans un jeu politique local compliqué, mais en suscitant des haines farouches, illustre bien la vie politique et sociale de l’Oise durant plus de trois décennies sous la Ve République, et est assez représentatif de toute une génération de responsables socialistes venus du monde enseignant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192782, notice ANCIANT Jean, Charles, Alphonse par Hervé Le Fiblec, version mise en ligne le 31 mai 2017, dernière modification le 1er octobre 2017.

Par Hervé Le Fiblec

Jean Anciant député de l'Oise
Jean Anciant député de l’Oise
Avec sa classe à l’Ecole nationale de commerce Bessières en 1961-1962
Dans les années 2000

ŒUVRE : Le fichier BNF comprenait en septembre 2017 13 références de manuels édités chez Masson de 1960 à 1979 dont, pour les classes du second cycle des filières économique et techniques commerciales, de la seconde à la terminale, Initiation aux faits économiques et sociaux.

SOURCES : Le Parisien, édition de l’Oise, 31 mars 2017. — Le Monde (archives en ligne). – Archives de la section académique d’Amiens du SNES. — Archives socialistes : comptes rendus du congrès extraordinaire SFIO des 1er et 2 février 1964, du 55e congrès (3-6 juin 1965), du 57e congrès national constitutif (11-13 juillet 1969). — État-civil de Reims. — Note de Gilles Morin. — Entretien avec Danièle Carlier (secrétaire de la section socialiste de Creil). — Témoignage de Nicolle Saudrais.

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