DESRODY Léonard

Par Jean-Luc Labbé

Né le 12 juin 1872 à Nevers (Nièvre) ; ouvrier porcelainier et syndicaliste CGT à Villedieu-sur-Indre (Indre) de 1900 à 1906 ; mort à Vierzon (Cher) en 1911.

Né à Nevers (Nièvre), Léonard Desrody était le neveu d’un manoeuvre de Villedieu-sur-Indre. Ce dernier, Pierre Clément, l’avait acceuilli à son domicile au moins depuis 1896, date à laquelle Léonard se déclarait manoeuvre dans les ateliers de porcelaine.
Il se maria à Villedieu le 26 avril 1897 avec Joséphine Ginet (née à Villedieu en 1871), jeune ouvrière de l’industrie de la confection. Lors de son mariage, Léonard Desrody ne se déclarait plus manoeuvre mais porcelainier, signe d’une qualification professionnelle reconnue. Les frères de sa femme, témoins au mariage, se déclaraient manoeuvres (de la porcelaine ?) pour deux d’entr’eux et journalier (agricole ?) pour le troisième. Contrairement à Léonard, ils déclarèrent ne pas savoir signer de leur nom.

En 1901, Léonard Desrody habitait dans la Grande Rue à Villedieu-sur-Indre avec sa femme Joséphine, ouvrière chemisière dans l’usine du groupe Rousseau et leurs deux enfants (Charlotte 3 ans et Marguerite 2 ans). Léonard travaillait dans les ateliers Frélon-Frères, l’une des quatre ou cinq usines de porcelaine de la ville, usines qui employaient au total entre 300 et 400 ouvriers. Ce fut dans ce contexte et alors qu’il avait une trentaine d’années que Léonard Desrody allait contribuer à structurer le mouvement ouvrier dans la petite cité industrieuse des bords de l’Indre (2840 habitants).

Léonard Desrody fonda le syndicat CGT des porcelainiers dont la déclaration officielle portait la date du 19 mars 1902. Dans le premier bureau syndical, il en était le secrétaire alors que Florentin BERTRAND en était le président et Désiré GION le trésorier. Desrody fut l’un des dirigeants de la longue grève de 1903 pendant laquelle il organisa la campagne de solidarité financière en se déplaçant dans les grands centres porcelainiers qu’étaient Vierzon et Limoges. Les journaux socialistes, dont l’Humanité, publièrent des communiqués signés de sa main.

La grève, qui toucha essentiellement l’usine Maillat et Gigot (filiale du groupe Noublanche dont le siège se trouvait à Paris) trouvait sa justification dans le renvoi de cinq ouvriers qui venaient de montrer leur volonté de constituer un syndicat. Débutée le 12 mars, elle mit en mouvement 109 hommes, 10 femmes et 8 jeunes de moins de 18 ans, sur les 133 salariés que comptait l’entreprise. La direction considéra que la grève était terminée fin septembre avec la reprise du travail par 55 grévistes et l’embauche d’une trentaine de nouveaux salariés venus de l’extérieur de la ville. Pour la CGT la grève se poursuivait puisque 16 ouvriers s’étaient embauchés (temporairement pensaient-ils) dans les usines de Limoges et Vierzon et qu’une soixantaine s’était repliée dans les travaux agricoles. Mais dans un communiqué en date du 26 décembre, Léonard Desrody jetait l’éponge : « Après 10 mois de lutte, nous sommes obligés d’arrêter ». Depuis le mois d’août, Desrody avait été inculpé pour « faits de grève » et son avocat était Auguste Manoury, dirigeant du secteur coopératif parisien et candidat socialiste aux élections législatives de 1902 dans la circonscription de Châteauroux. Le 20 novembre 1903, le Bulletin officiel de la Bourse du Travail de Châteauroux informa que le procès était renvoyé devant le tribunal de Châteauroux et que Maître Albert Willm (avocat et journaliste socialiste, député de La Seine) le défendrait.
L’année suivante, en 1904, Léonard Desrody se mit à la disposition des ouvrières de l’usine de chemises Rousseau (où sa femme était ouvrière) lors d’une grève qui avait pour motif le renvoi de syndicalistes et la baisse des salaires. Comme pour les porcelainiers cette grève dura plusieurs mois et Desrody anima une campagne de solidarité. Il aida les ouvrières grévistes, qui ne voulurent pas rentrer à l’usine aux conditions imposées par le patron, à ouvrir fin 1904 une société coopérative ouvrière de production que dirigera Marie Potier. Au cours de l’année 1906, Léonard Desrody sembla quitter définitivement Villedieu où il était probablement frappé « d’interdit professionnel ». Le syndicat des porcelainiers ne fut récréé qu’en 1920. Le syndicat des ouvrières de l’habillement se confondit avec la coopérative et ne sera lui aussi réellement recréé qu’en 1920.
Léonard Desrody fut signalé à partir de 1907 à Foècy (Cher) puis à Vierzon (Cher), ville où il se donna la mort en 1911 par pendaison.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article192982, notice DESRODY Léonard par Jean-Luc Labbé, version mise en ligne le 8 juin 2017, dernière modification le 11 février 2020.

Par Jean-Luc Labbé

SOURCES : Arch. Dép. Indre. - Journaux 1902-1905. --- Recensement 1901 et état civil. - Arch. UD CGT Indre

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