CARPENTIER Gaston, Louis, Marie

Par René Lemarquis, Jean-Paul Nicolas

Né le 22 mars 1907 à Cérans-Foulletourte (Sarthe), fusillé à Grand-Quevilly (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) le 10 juin 1942 ; ouvrier du bâtiment à Troyes (Aube) puis au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; syndicaliste ; communiste ; FTPF du Havre.

Gaston Carpentier  Photo syndicat régional du Bâtiment (UL cgt Le Havre)
Gaston Carpentier Photo syndicat régional du Bâtiment (UL cgt Le Havre)

Gaston Carpentier était le premier fils d’Edmond Carpentier, tailleur de pierre, et d’Isabelle Torché, couturière, tous deux Sarthois. Un frère, Jean, né en septembre 1910 mourut de la tuberculose en octobre 1915.
La famille Carpentier s’installa au Mans (Sarthe) où Gaston, scolarisé, passa son certificat d’étude après sa première communion.
Après la guerre 1914-1918, la famille s’installa à Compiègne (Oise), région de reconstruction dévastée par la guerre qui avait grand besoin d’ouvriers bâtisseurs, pendant neuf ans, rue du Petit Canal. Gaston y apprit le métier de tailleur de pierres avec son père.
Gaston fit son service militaire en 1927-1928 au 3ème régiment de cuirassés à Trêve en Pays Rhénan (Allemagne), secteur occupé par l’armée française.
Après le service militaire il décida de partir vivre et travailler à Paris contre le désir de ses parents, c’est à cette époque qu’il s’engagea dans le militantisme syndical et politique.
De retour au Mans vers 1933, il exerçait le métier d’ouvrier tailleur de pierres et habitait en pension 64 rue du Bourg-Belé. Il fit la connaissance d’Alice, Juliette Normand qui habitait à proximité chez ses parents au 98 rue Wagram. Entre temps, les parents de Gaston avaient quitté Compiègne pour vivre au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) au 15 rue Henri IV. C’est ainsi que les fiançailles eurent lieu au Havre le 22 juillet 1934. Puis Gaston partit travailler seul à Troyes (Aube) un an. Le mariage eut lieu le 20 avril 1935 au Mans.
Après le mariage, le couple s’installa à Troyes où Gaston travailla notamment à la restauration des églises de la ville :Saint Georges, Saint Pantaléon ainsi que la cathédrale Saint Pierre. Le couple, domicilié au 66, rue des Marots à Troyes, eut trois garçons de 1936 à 1939.
Il entreprit, dans cette période, de construire lui-même sa maison dans la périphérie de Troyes (Chemin des Hauts Cortins)
A Troyes, ses responsabilités politiques et syndicales prirent de l’ampleur. Il adhéra au Parti communiste en 1933 et fut candidat sur la liste communiste à Troyes (Aube) lors des élections municipales de mai 1935. En décembre 1935, il représenta le syndicat du Bâtiment dans la CGT réunifiée. Secrétaire du syndicat du Bâtiment à Troyes, il était également membre de la commission exécutive régionale de son syndicat. Il s’était engagé dans le syndicalisme, semble-t-il, avant 20 ans, en effet son livret militaire portait la mention « secrétaire de chambre syndicale ». Il fut secrétaire de la 8e région fédérale du bâtiment de la CGT et à ce titre était un permanent couvrant toute une région et disposant pour ce faire d’une automobile de fonction. De 1936 à 1939, il fut constamment réélu membre de la CE de l’UD-CGT et devint membre de la rédaction de son organe l’Aube Ouvrière.
En 1938, il rédigea à Troyes son autobiographie de sélection des cadres du mouvement communiste, significative de l’importance de son engagement politique au PCF. Grand lecteur, il déclarait en 1938 : "J’ai lu des extraits de Marx, de Lénine, les deux premiers tomes du Capital et le troisième en cours. L’Anti-Dühring, presque toutes les brochures de Staline".
Gaston fut mobilisé en septembre 1939 à Senlis, suite à la déclaration de guerre avec l’Allemagne, Alice qui attendait un nouvel enfant et les deux premiers garçons partirent dès septembre 1939 vivre au Havre, au15 rue Henri IV chez les parents Carpentier. Puis Gaston (qui avait reconnu un quatrième enfant né avant son mariage) fut démobilisé comme chargé de famille en mars1940, juste avant les hostilités. Après avoir pris part à l’exode, Gaston décida de venir au Havre, sans doute par crainte qu’en France occupée il y serait plus en sécurité qu’à Troyes où il était repéré par son action politique et syndicale.
Gaston Carpentier militait secrètement, pendant l’Occupation, au sein du parti communiste clandestin du Havre mais n’était pas passé dans l’illégalité comme certains cadres clandestins du parti. De l’été 1940 à Avril 1942, Gaston était ouvrier maçon avec son père dans l’entreprise Thireau-Morel du Havre qui travaillait pour les occupants à construire le mur de l’Atlantique.
Il exerçait une responsabilité au secrétariat d’une cellule clandestine du Havre et rejoignit les FTP le 1er mars 1942. Il fut arrêté par la police française, au 15 rue Henri IV, après avoir été repéré et dénoncé par un policier alors qu’il distribuait au petit matin, dans les boîtes à lettres les tracts du 1er mai 1942.
Emprisonné au Havre ainsi que son épouse Alice, puis à la prison de Rouen Bonne-Nouvelle, il fut condamné à mort en exécution d’un jugement du Conseil de guerre allemand FK 517 du 29 mai 1942. L’exécution devait avoir lieu le 6 juin, l’abbé Bellamy qui assistait les condamnés comme aumônier de la prison Bonne-Nouvelle, rapporte « on lui affirma qu’il échapperait à la mort s’il communiquait les noms des chefs de son groupe F.T.P., il demanda 48 heures pour réfléchir, la lutte intérieure fut terrible, le 9 juin, dans l’après- midi, il fut, de nouveau conduit rue du Donjon à la gestapo de Rouen. Mais sa résolution était prise, il ne parlerait pas, « préférant mourir que trahir » ce sont ses propres expressions. »
Le lendemain 10 juin à 6h15 il tombait sous les balles allemandes au stand de tir du Madrillet, route d’Elbeuf, Le Grand-Quevilly.
Son épouse Alice incarcérée depuis le 1er mai 1942 et interrogée par la police allemande, fut relâchée le 11 juin, le lendemain de son exécution.
L’exécution de Gaston Carpentier souleva l’émotion dans Le Havre occupé. Le journal clandestin l’Avenir du Havre , dirigé par Lionel Jouet, appela à la vengeance dans la deuxième moitié du mois de juin 1942.
Par la suite, après la libération, il apparut que les premiers responsables de son exécution étaient deux policiers français, un agent et un commissaire divisionnaire qui pour ces faits furent condamnés par de la cour de justice du Havre le 20 juin1945 à cinq années de prison.
Après la guerre, la ville du Havre choisit une impasse du quartier de Tourneville et lui donna le nom de Gaston Carpentier.
Une salle de réunion de la Bourse du Travail de Troyes a pris le nom de Gaston Carpentier.
Lieu d’exécution et de mémoire : Stand de tir du Madrillet, Grand-Quevilly (Seine-Maritime)

Rouen 10 juin 1942 5h45
Mes chers parents,
ma chère Alice,
mes chers enfants
Je vais mourir dans une demie heure.
Ma chère Maman, je te remercie de
m’avoir rendu heureux
pendant toute mon enfance,
j’emporte le souvenir le plus
tendre de toi, raidis toi
dans la douleur pour sauver
les enfants. Ma chère
Alice toi aussi si active
et si fidèle, je te remercie
de m’avoir rendu heureux.
Quand tu seras tirée de cette
guerre, tu pourras te remarier
mais choisis bien un homme
bien [aimant les enfants]—souligné par l’auteur—
Ne laisse pas mes parents dans
la gène si tu as le moyen
de les soulager. Mon cher
Papa j’ai toujours eu le
plus grand respect pour
toi pour ta vie de labeur
et d’honnêteté. Je te demande
du courage à toi aussi
et je t’embrasse affectueusement.
Chers Oncle et Tante
de Montivilliers, ne laissez
pas la misère s’installer
au foyer des miens si
vous le pouvez. J’emporte
un bon souvenir de vous
aussi.
J’embrasse Gaston,
Michel, Gérard et Daniel
et je veux qu’ils soient
des hommes forts et honnêtes.
Un long baiser pour toi
ma chère Alice et pour
toi Maman le baiser le
plus tendre et filial.
Votre Gaston qui
meurt pour la France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193198, notice CARPENTIER Gaston, Louis, Marie par René Lemarquis, Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 14 juin 2017, dernière modification le 9 mars 2018.

Par René Lemarquis, Jean-Paul Nicolas

Gaston Carpentier Photo syndicat régional du Bâtiment (UL cgt Le Havre)
Gaston Carpentier Photo syndicat régional du Bâtiment (UL cgt Le Havre)
Dernière lettre du condamné au matin du10 juin 1942 (Recto)
Dernière lettre du condamné au matin du10 juin 1942 (Recto)

SOURCES : L’Aube Ouvrière, 1935-1939. — La Dépêche de l’Aube, 1935 et 1944. — RGASPI 495 270 3591, dossier du Komintern à son nom, autobiographie, Troyes, 17 juin 1938. — Notes de Jean-Pierre Besse et de Sylvain Boulouque. — DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Seine-Maritime : cote : 51 W428 Fusillés. – Hommage aux fusillés et aux massacrés de la Résistance en Seine-Maritime. 1940-1944, édité par l’Association départementale des familles de fusillés de la Résistance de Seine-Maritime 1992. – Louis Eudier, Notre combat de classe et de Patriotes (1934-1945), Duboc, Le Havre. – Marie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre (1930-1983), Édition de l’Université du Havre, 2010. — Enquête JP Nicolas en 2016-2017 auprès des AD Aube, AM Troyes, AD Sarthe, AD Seine-Maritime et DAVCC Caen. — Photographie Union Locale CGT Le Havre. — Relations de l’Abbé Adolphe Bellamy, aumônier témoin des fusillades, textes conservés à l’Archevêché de Rouen. — Lettre du fusillé fournie par Gérard, fils de Gaston Carpentier en 2018. — Nombreux compléments d’information fournis par Gérard Carpentier ont permis de reconstituer avec précision l’itinéraire de son père Gaston Carpentier ( février 2018).

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