LEFEUVRE Lucien, Louis

Par Gérard Larue.

Né le 22 juillet 1905 à Épinay-sur-Seine (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 21 mai 1946 à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis) ; cantonnier ; militant communiste ; interné politique.

Fils de Jean Marie Lefeuvre, terrassier, et de Eugénie Nézondé, couturière, Lucien Lefeuvre s’était marié le 12 décembre 1932 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) à Albertine Barrault, née le 31 décembre 1895 à Sammarcolle (Vienne). Mobilisé en septembre 1939, il fut démobilisé le 13 juillet 1940, avec le grade de caporal et décoré de la Croix de guerre.
Le couple Lefeuvre sans enfant, demeurait 3 place des Écoles à Stains (place du 8 mai 1945) venant du 5 avenue Molière à Pierrefitte (Seine, Seine-Saint-Denis). Lefeuvre Julien était cantonnier de la ville de Stains. Sa femme, matelassière, était employée aux Établissements Binoche route de Gonesse (avenue Stalingrad) à Stains.
Il avait donné son adhésion au Parti communiste en 1935, après l’élection du Maire communiste Jean Chardavoine. La police pensa que « ses convictions était peu profondes car, après la dissolution du Parti communiste en septembre 1939, il avait reconnu dans une lettre adressée au Président de la Délégation Spéciale de Stains [Henri Bouveyron, ex-SFIO nommé à son poste par le Préfet], qu’en adhérant au Parti communiste, il avait fait fausse route et désapprouvé le pacte germano-soviétique ».
Arrêté le 20 janvier 1941 pour activité communiste, en même temps que Julien Bizette, Lucien Pollet et Robert Vignes, il fut interné administrativement à la Maison Centrale de séjour surveillé de Clairvaux (Aube) et révoqué de ses fonctions de cantonnier.
Dans plusieurs lettres qu’il adressa ainsi que sa femme au Préfet de Police, il nia le fait qu’il ait été trésorier d’une cellule communiste de Stains et précisa « qu’il avait cru bien faire pour garder son travail, de suivre les conseils de Monsieur Guesnier Henri » [trésorier de la cellule du Chemin vert, qui l’avait incité à adhérer]. Il compléta sa supplique par des témoignages de quatre de ses collègues cantonniers et obtint le 11 février 1941 le soutien du Président de la Délégation Spéciale qui certifia que : « depuis sa démobilisation en août 1940, Monsieur Lefeuvre, cantonnier de la ville, demeurant place des Écoles à Stains, n’a, au cours de son travail, fait preuve d’aucune activité politique. »
En avril 1941 dans une dernière lettre adressée au Préfet de Police, sa femme laissait éclater sa colère devant ce qu’elle considérait comme une injustice « C’est à se demander ce qu’ils font des vrais communistes comme Guesnier, concierge aux écoles du Globe, trésorier de la cellule du Chemin vert, Renard qui nettoie le marché, qui était trésorier et combien d’autres depuis que mon mari est arrêté […] tous ces gars-là sont restés bien tranquilles eux, pendant tout le temps des hostilités ».
Lucien Lefeuvre fut libéré par arrêté du Préfet de Police en date du 7 mai 1941. Dès juillet 1941 les policiers notèrent à son sujet : « Depuis sa libération de la Maison Centrale de Clairvaux, Lefeuvre, d’ailleurs activement surveillé, n’a pas attiré l’attention. Il semble résolu à tenir l’engagement écrit de s’abstenir de toute activité politique, souscrit librement par lui lors de sa libération ».
En septembre 1941 il saisit le Préfet de Police d’une demande en vue de sa réintégration à la mairie de Stains, laquelle resta sans résultat. Le Président de la Délégation, Henri Bouveyron consulté à ce sujet avait répondu : « qu’il supposait que l’arrestation de monsieur Lefeuvre avait été motivée par des inscriptions communistes dans les rues de la ville », estimait « que ce n’est pas sans motif que l’internement de l’intéressé a duré pendant près de quatre mois ». Il en déduisait « que monsieur Lefeuvre ne présentait pas les garanties nécessaires qui devaient, sur les récentes instructions du Gouvernement, être exigées des agents communaux ».
Le 12 septembre 1944, madame Lefeuvre fut arrêtée par des membres des FFI pour collaboration avec les Allemands et internée à la Caserne des Tourelles. Aucune charge n’ayant pu être relevée contre elle, elle fut libérée le 25 octobre. Son mari affirma dans une lettre au Préfet, qu’il s’agissait « d’une dénonciation calomnieuse pour des raisons de vindicte personnelle ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193301, notice LEFEUVRE Lucien, Louis par Gérard Larue., version mise en ligne le 5 juillet 2017, dernière modification le 5 juillet 2017.

Par Gérard Larue.

SOURCES : Arch.PPo. 1 W 517. — État civil.

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