REBOURG Julien

Par Émeric Tellier

Né le 27 janvier 1898 à Longlaville (Meurthe-et-Moselle), décédé au centre hospitalier Saint-Charles Rion à Toul (Meurthe-et-Moselle) le 16 août 1986 ; mouleur en fonte ; secrétaire du syndicat CGT des fonderies de Foug (Meurthe-et-Moselle) ; conseiller municipal communiste de Foug.

Julien Rebourg naît au domicile de ses parents, François Rebourg, mouleur de profession né vers 1863, et Marie Valérie Lamy, sans profession née vers 1864. La déclaration de naissance en mairie se fait en présence d’Auguste Bontemps, maréchal-ferrant et de Nicolas Rebourg, mouleur.
Il épouse Louise, Jeanne Guillemin (née le 31 janvier 1901 à Elesmes, Nord) à Foug le 8 mai 1920. De cette union naquit cinq enfants : Marceau (3 juin 1920), André (vers 1921), Régine (vers 1923), Cléo (vers 1924) et enfin Michel (vers 1930). Son épouse se consacre à l’éducation des enfants.
Le frère aîné de Julien, Désiré Rebourg, avait de son côté épousé Eugénie Guillemin, la sœur de Louise. Lorsque cette dernière est décédée de la tuberculose, Désiré est parti, abandonnant Roxanne, leur fille unique, née en 1922. Julien et Louise Rebourg recueillirent l’enfant et l’élevèrent.
Il travaille aux fonderies de Foug à partir du 11 août 1911, où il acquiert la qualification de mouleur en fonte.
Il est mobilisé durant la Première Guerre mondiale. Sa fiche-matricule précise son signalement. Il mesure 1 mètre 73, a les cheveux châtains, les yeux bleus, un front moyen, un nez rectiligne et un visage en longueur.
Il est incorporé au 81e régiment d’artillerie lourde à tracteurs (RALT) à compter du 16 avril 1917 comme soldat de 2ème classe. Il est affecté à la 64e batterie à partir du 1er août 1917. Il est sur le front du 1er août 1917 au 12 novembre 1917, même si la 64e est une batterie de dépôt.
Il est classé service auxiliaire par la commission de réforme de Beauvais le 29 septembre 1917. Ce classement concerne les soldats dont l’état de santé défaillant les empêchait d’être combattants sur le front, mais qui pouvaient tout de même exercer un emploi, militaire ou civil, en fonction de leurs compétences professionnelles. Dans le cas présent, Julien Rebourg est inapte définitif pour des lésions aortiques organiques. Le 13 novembre 1917, il est classé peloton hors rang (fonctions de commandement, d’administration et de logistique) et transféré le 29 avril 1918 à la 6e section de secrétaires d’État-major (SEMR), puis à la 20e le 11 juin 1919 et enfin à la 21e le 1er septembre de la même année. Le 1er janvier 1920, il intègre le 26ème régiment d’infanterie (RI), avant d’être renvoyé à son foyer le 16 avril, et finalement rayé du corps le 15 juin de la même année.
Il reprend alors son travail aux Fonderies de Foug.
Un premier syndicat CGT des métallurgistes de Foug est créé en 1920, puis dissous à une date inconnue. L’absence de signalement de l’existence de ce syndicat lors du congrès de la Fédération CGT des métaux de 1921 ou lors du congrès de la Fédération CGTU des métaux de 1923 suggère une disparition rapide. On ignore si Julien Rebourg était adhérent ou non de cette première structure.
Il prend une part active aux élections législatives de mai 1932, en soutenant la campagne du candidat communiste Wernert. Il entre alors en contact avec les principaux dirigeants du PCF dans la région Est. Quelques jours après l’élection, Jean Minard, secrétaire régional du PCF, le décide de constituer une cellule communiste à Foug avec douze ouvriers des Fonderies. La première réunion ne put se tenir, suite à une fouille à l’usine et à une perquisition à son domicile organisée par la police mobile début juillet 1932.
Le 6 juillet, la direction de l’usine le licencie, ainsi qu’onze autres ouvriers figurant sur une liste saisie à son domicile. Parmi eux, Jean Clairet, Armand Manchette, Alix Guillemin et Louis Hableizig. Cet épisode est dénoncé par L’Humanité du 19 juillet 1932, sans que son nom soit cité.
Le 27 juillet, la direction de la sûreté générale du ministère de l’Intérieur sollicite le préfet de Meurthe-et-Moselle pour que celui-ci lui fournisse des renseignements sur Julien Rebourg. Celui-ci, « rabcor [correspondant ouvrier] n° 6 978 sur les fonderies de Foug, est signalé comme étant en relation avec le nommé Liogier ou Lioger, dit "Philippe" [Claude Liogier, dit André Philippe], impliqué dans l’affaire d’espionnage dite "Affaire Fantomas" » . Aucune suite ne semble avoir été donnée.
Julien Rebourg est réembauché le 6 août 1932, alors que le directeur de l’usine était absent et sans que le commissaire spécial de Nancy, dans son rapport du 17 août 1932, ne puisse connaître les conditions de sa reprise. Il reconnaît toutefois que Julien Rebourg est « un des meilleurs ouvriers et son salaire est un des plus élevés parmi le personnel ouvrier de l’établissement. Très travailleur, très sérieux, d’une bonne conduite, ne fréquentant pas les débits de boissons, mais connu, surtout de ses chefs directs, par ses idées avancées. Quelquefois même, il n’avait pas caché ses idées à certains contremaîtres de l’usine. Plusieurs fois, appelé par la direction et menacé d’être renvoyé, il reprit son travail sans répondre aux observations qui lui étaient faites. » Le commissaire spécial suggère donc qu’il fasse l’objet d’une surveillance, car selon lui, « intelligent, d’un caractère ferme, convaincu de ses opinions politiques, [il] n’abandonnera pas ses idées. »
Les grèves de mai-juin 1936 change considérablement la situation syndicale en Meurthe-et-Moselle. Avant cette date, seul le syndicat de Nancy survit péniblement, avec trente-cinq adhérents. Dix-neuf syndicats voient le jour et le nombre d’adhérents passe, entre mai et juillet 1936, de 7 000 à 80 000. Le syndicat CGT des ouvriers métallurgistes de Foug se reconstitue sous la direction de Julien Rebourg en juin 1936.
Celui-ci est l’un des signataires de la convention collective de travail de la grosse métallurgie de Meurthe-et-Moselle du 29 juin 1936. Il est également signataire de la révision de la convention collective du 13 mai 1938. Il est également présent, à trois reprises, dans les délégations ouvrières à la commission mixte paritaire de conciliation concernant les demandes de rajustement de salaires : en janvier 1937, en août 1937 et en janvier 1938.
Le trésorier du syndicat, Jules Poujois, l’accompagne dans toutes ses délégations. La relation d’amitié qui lie les deux hommes est toutefois entachée à partir de mars 1937 par plusieurs critiques formulées par les syndiqués à son encontre : « attitude de compromission à l’égard des ouvriers, renseignements donnés sur nos réunions syndicales. »
Le même mois, Julien Rebourg appose sur le tableau syndical une affiche appelant à la dissolution des ligues factieuses, suite aux incidents de Clichy. Il en résulte la désapprobation de plusieurs membres du conseil syndical. Ces tensions sont toutefois rapidement résorbées.
En juin 1937, l’usine compte un millier d’ouvriers, dont 830 sont syndiqués à la CGT. Le 27 du même mois, un préavis de six jours pour grève est déposé, au sujet du changement de poste de travail de Marceau Rebourg, son fils, aide mouleur dans la même entreprise. Le 1er juillet, une réunion est organisée pour résoudre le conflit. Sont présents Léger, sous-directeur du service central des usines de Pont-à-Mousson, Pierre Ageron, directeur des fonderies de Foug, Jovignot, sous-directeur, Julien Rebourg et M. Chardard, secrétaire-adjoint du syndicat, en présence de l’inspecteur du travail et l’inspecteur départemental du travail de Nancy.
Il est décidé que la sanction prise contre Marceau pour son refus de changement de poste s’achèvera le 3 juillet compris, et non au retour de son oncle Alphonse Rebourg de maladie. Il doit donc reprendre le travail le mardi 6 juillet.
Le 4 juillet, Julien Rebourg fait état du mécontentement du syndicat à l’égard de la Fédération qui n’a pas dépêché d’urgence un secrétaire fédéral pour les épauler dans cette négociation. L’accord évite un arrêt de travail, mais ne donne pas satisfaction. La Fédération lui conseille de se tourner, dans de telles situations, vers les responsables fédéraux de la région : Marcel Dupont à Longwy et Maurice Lassive, dit Lassire à Nancy.
Au début de l’année 1938, le trésorier Jules Poujois est remplacé par Jacques Roger. S’il reste délégué du personnel ouvrier, il semble entrer en opposition avec les méthodes de Julien Rebourg en tant que secrétaire général. En mars 1938, Jacques Roger est démissionnaire et Henri Mangeot ne le remplace qu’après plusieurs mois de vacance.
Les difficultés ne se limitent pas à la trésorerie du syndicat.
Depuis le mois de mai 1938, l’usine chôme deux jours par semaine, quarante d’ouvriers sont employés à nettoyer l’usine faute de mieux.
Le 20 juin 1938, Julien Rebourg est reçu par Raymond Sémat à la Fédération, en raison d’une « campagne patronale avec la complicité de certains délégués, une campagne menée contre moi et contre ceux qui travaillent avec moi au conseil syndical. » Des conseils lui sont prodigués par Raymond Sémat et par Frédéric Dölker, secrétaire de l’Union départementale de Meurthe-et-Moselle.
À la mi-juillet, le syndicat est informé du licenciement prévu au 6 août des quarante salariés – dont 38 sont syndiqués – en raison d’un manque de commandes. Des critiques se font alors entendre parmi les syndiqués sur le manque d’opposition du syndicat et de la Fédération sur ces renvois. Julien Rebourg craint des défections dans le paiement des cotisations, dans la mesure où les licenciements frappent des familles dont plusieurs membres syndiqués restent occupés dans l’usine. Jean Borne, secrétaire fédéral, rappelle la campagne menée contre le sabotage des quarante heures et lui demande un rapport complet sur l’entreprise.
En octobre 1938, le syndicat ne compte plus que 800 syndiqués. La mobilisation militaire partielle, décidée par le gouvernement le 26 septembre, entraîne des retards dans le paiement des cotisations : 130 syndiqués ont en effet été appelés sous les drapeaux.
À leur retour, douze n’ont pas été réembauchés et soixante-cinq ne sont pas réintégrés dans l’emploi qu’il occupait précédemment, remplacés par des ouvriers étrangers, polonais en majorité. Une campagne xénophobe est déclenchée dans l’usine, malgré les arguments opposés par Julien Rebourg. La Fédération lui conseille alors d’organisation une délégation, avec Lassire de Nancy, auprès de la préfecture et propose d’intervenir auprès du ministère du Travail.
La situation du syndicat ne s’améliore pas en 1939, seuls 355 syndiqués renouvelant leur cotisation. Après le déclenchement de la guerre, en septembre, Julien Rebourg tempère en expliquant que « quant à la vie de notre organisation, nous avons décidé de faire l’impossible pour en maintenir l’activité ». Son optimisme ne se traduit malheureusement pas dans les faits. Seules vingt-cinq cartes sont retirées auprès de la Fédération en janvier 1940.
Il est affecté spécial au titre des Fonderies de Foug à partir du 2 septembre 1939. Son directeur d’usine le sanctionne d’une mise à pied de deux jours, en raison de son absence le injustifiée le lundi 29 janvier. La veille, il avait du se rendre en urgence au chevet de sa mère malade, à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis).
Le 12 février 1940, il est déplacé d’office par l’administration militaire à l’usine des Fonderies du Midi à Toulouse (Haute-Garonne). Ses deux fils sont licenciés le 6 mars 1940 sans motifs valables. Le 19 mars 1940, la direction de l’usine, prétextant qu’il n’est plus salarié, l’enjoint de quitter ce domicile fourni par l’entreprise. Le 4 mai 1940, une assignation par huissier lui est remise pour comparaître devant le tribunal civil de première instance de Toul (Meurthe-et-Moselle) à ce propos.
Membre du parti communiste, carte n° 198 538, Julien Rebourg est conseiller municipal communiste de Foug. Il est déchu en 1940 pour son refus de condamner le pacte germano-soviétique d’août 1939. Il ne semble occuper aucune responsabilité régionale au sein du parti communiste, si l’on en croit le fonds 517/1 du Komintern, numérisé par le programme ANR Paprika2F
Le site internet Mémoire Vive précise qu’il est arrêté le 16 juin 1940, avec ses deux fils, pour propagande communiste. En août 1941, il est condamné à deux ans de prison et écroué à la Maison centrale de Clairvaux (Aube). Selon son dossier de demande de reconnaissance du statut d’interné politique, il est précisé qu’il est arrêté le 10 septembre 1941 et libéré le 15 novembre 1943.
Après guerre, il retrouve son emploi dans l’usine et y reste jusqu’à son départ en retraite, le 1er décembre 1958. À son décès, en 1986, il réside, avec son épouse au 47 rue de l’Hôtel de Ville à Foug.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193352, notice REBOURG Julien par Émeric Tellier, version mise en ligne le 20 juin 2017, dernière modification le 19 juin 2017.

Par Émeric Tellier

SOURCES : Arch. Nat., 19940472/63 n° 5535. — Arch. SHD, GR 16 P. Arch. — IHS-CGT, fonds « de Moscou », cote 73-1. — Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, série M. — Arch. Saint-Gobain, PAM 00229/205 (dossier de retraite). — L’Union des métaux, janvier 1937. — Le Réveil ouvrier, 1936-1939. — L’Humanité, 1931-1932. — C. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz : le convoi politique du 6 juillet 1942. — P. Maury, La résistance communiste en France, 1940-1945. — J.-C. et Y. Magrinelli, Antifascisme et parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920-1945. — Site internet www.memoirevive.org. — Entretien avec Eve-Aurélie Lozahic. — État-civil en ligne. — Registre de matricules militaires en ligne.

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