CHAMPENIER Roland. Commandant Roland

Par Claude Pennetier

Né le 5 mars 1924 à Marseilles-les-Aubigny (Cher), mort au combat le 14 novembre 1944 sur le front d’Alsace ; communiste ; résistant, dirigeant des maquis de la Nièvre, organisateur de la Libération de la Nièvre.

Roland Champenier, commandant Roland
Roland Champenier, commandant Roland
Fonds Camphin

Fils de Louis Champenier (1900-1944) et de Marguerite Champenier (1903-1982), militants communistes de Marseilles-les-Aubigny (Cher), Roland Champenier fut élevé dans cette ville située sur le bord du canal du Berry et près des rives de la Loire. Ses parents tenaient un commerce (magasin d’alimentation, buvette, fourrages, fréquenté par les mariniers du canal latéral à la Loire) qui était le siège du syndicat des bateliers. Le couple militait au Parti communiste depuis 1928, bénéficiait d’un réseau de sympathies personnelles et politiques. Roland Champenier participa à la diffusion de L’Émancipateur, journal communiste régional, dès l’âge de douze ans. Reçu en juin 1937 à l’École nationale professionnelle de Vierzon, il adhéra aux Jeunesses communistes de cette ville.

La famille Champenier fut associée très tôt à la vie communiste clandestine puis à la Résistance. Contacté par Marcel Cherrier en décembre 1940 pour participer à l’activité communiste, Roland décida de terminer son CAP puis de se consacrer à la lutte clandestine. Selon des témoignages oraux, il aurait participé à l’évasion de prisonniers incarcérés au « Rouland », à Fourchambault.
De son côté, Marguerite Champenier avait été sollicitée par Maria Rabaté pour le travail parmi les femmes. La boutique devint un centre de transit des tracts et du matériel. En rapport avec Georges Carroué*, « Jean », responsable politique pour le Cher et la Nièvre, Roland mit en place des équipes de sabotage à la SNAC de Fourchambault (Nièvre), puis à La Guerche (Cher). Ses parents participèrent à l’organisation du Front national. Louis Champenier fut arrêté le 20 septembre 1942 et interné à Rouillé (Vienne) ; en mai 1943 il demanda et obtint sa libération avec l’accord du chef politique communiste pour la Nièvre « François » (Jean Guillon). Louis et Marguerite vécurent clandestinement et travaillèrent pour la Résistance à Paris, tandis que Roland s’imposait grâce à son énergie et ses qualités d’organisateur comme un des chefs de la première esquisse de maquis de la Nièvre. Envoyé à Dijon comme responsable interrégional, selon Pierre Barbier, il revint au bout d’une semaine en demandant de rester avec ses « gars ». Pendant le printemps et l’été 1943, il installa un maquis sur les îles de la Loire, entre Cher et Nièvre, car les premiers volontaires venaient des villages des deux rives de la Loire. Il mena des actions dans les deux départements. Le maquis se développa dans la Nièvre où Roland Champenier dirigea la bataille de Donzy le 1er juillet 1944. Il attaqua l’hôpital de Nevers où étaient emprisonnés des FTP torturés par la police de Vichy. Ses maquis jouèrent un rôle fondamental dans la libération de la Nièvre. Ce résistant de vingt ans eut sous ses ordres un militaire de carrière de cinquante-quatre ans, le marquis Denys de Champeaux, officier de cavalerie, qui lui rendit hommage, parlant de « chaude amitié », de « héros indiscutable », et décrivant son départ pour le front d’Alsace : « Je reverrais toujours ce grand garçon d’allure sportive partant avec ses hommes, confiants en leur Chef et l’admirant frénétiquement. »

Les grands-parents Champenier furent arrêtés le 30 avril 1944, ainsi que le plus jeune fils Maurice ; la mère de Louis, Léonie, mourut le 11 novembre 1944 à Ravensbruck. Roland et Louis participèrent à l’offensive contre l’armée allemande pendant l’été 1944 ; Louis Champenier fut tué à la bataille de Donzy le 1er juillet 1944. Les troupes du « commandant Roland » obtinrent la reddition d’une colonne allemande à Saint-Pierre-le-Moutier (Nièvre). Commandant de la Place de Nevers, il rassembla un bataillon de maquisards pour combattre sur le front d’Alsace où il trouva la mort le 14 novembre 1944, à l’âge de vingt ans et demi.

Roland Champenier fut honoré et même glorifié par le PCF dès la fin de la guerre. Une brochure lui fut consacrée : Roland, le paladin du maquis. Son jeune âge et sa bravoure permirent en effet de l’identifier au chevalier errant du Moyen Âge, en quête de prouesses et d’actions généreuses. Son action mérite une lecture plus historique et anthropologique car sa capacité à mobiliser la jeunesse des bords de la Loire renvoie à des mobilisations anciennes, notamment au refus du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte par les populations de la même région ligérienne et de leur mobilisation dans le cadre des Mariannes. Les luttes des ouvriers métallurgistes, des chauffourniers, des bûcherons, la solidarité avec l’Espagne républicaine participèrent à la continuité d’une tradition politique du refus des pouvoirs étatiques et patronaux, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de l’État français de Vichy collaborant avec les nazis.

Le nom de Roland Champenier fut donné à des rues dans les villes communistes de la Nièvre et du Cher, telles Vierzon et Varennes-Vauzelles.
Sa mère, Marguerite, une femme charismatique, porta avec force et passion, la mémoire de Roland Champenier jusqu’au début des années 1980.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19345, notice CHAMPENIER Roland. Commandant Roland par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 novembre 2015.

Par Claude Pennetier

Roland Champenier, commandant Roland
Roland Champenier, commandant Roland
Fonds Camphin

SOURCES : Jean-Claude Martinet, Histoire de l’Occupation et de la Résistance dans la Nièvre, La Charité sur Loire, Éd. Delayance, 1978. — Pierre Demongeot, Les FTP du groupement Cher et Nièvre dans la bataille de la Libération, Nevers, Amicale des anciens FTPF du groupement Cher et Nièvre, 1975, p. 191-193. — Roland, le paladin du maquis, brochure publiée par le Parti communiste. — Témoignage de Marguerite Champenier. — Notes de Jean-Louis Bernard.

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