CHAMPION Lucienne [épouse LASSERRE]

Par Jean-Marie Conraud, Nathalie Viet-Depaule

Née le 13 mars 1920 à Paris (XIle arr.), morte le 28 novembre 1989 à Limoges (Haute-Vienne) ; ouvrière en filature, monitrice d’éducation physique, puis ouvrière en porcelaine, enfin employée aux PTT ; permanente de la JOCF (1945-1949) ; secrétaire adjointe du syndicat CGT des ouvriers en porcelaine de la Haute-Vienne, permanente à l’UD-CGT (1968-1980), membre de la commission administrative confédérale de la CGT (1953-1963), secrétaire départementale de l’Union syndicale des retraités CGT (1983-1989).

Troisième enfant d’une famille qui en comptait six, Lucienne Champion grandit en Lorraine, à Varangéville (Meurthe-et-Moselle), dans une des cités ouvrières de la Société anonyme de filature et tissage de Saint-Nicolas-de-Port, où son père travailla de 1922 à 1933. Comme plusieurs membres de sa famille (frère, sœur, tante et cousine), elle y entra à son tour, le 20 septembre 1932, après avoir obtenu le certificat d’études primaires. Avec la dispense imposée par son âge, elle exerça 48 heures par semaine le métier de banc-brocheuse dans un atelier de filature de coton. Elle avait dix-sept ans quand le nettoyage obligatoire de sa machine, non munie d’appareil protecteur, occasionna son premier accident du travail.
Parallèlement, elle s’adonnait au sport et fit partie du premier groupe de gymnastique à Saint-Nicolas-de-Port qui lui permit de passer un brevet sportif. En 1940, contrainte au chômage (les Allemands avaient brûlé la filature), elle s’occupa du Centre de jeunes chômeurs qu’elle avait contribué à fonder avec des jeunes ouvrières jocistes et poursuivit en même temps sa formation sportive. Elle obtint le 14 mai 1941, à Nancy, le diplôme du monitorat d’éducation physique qui la conduisit à faire deux stages en 1942 et en 1943 à l’école des cadres spécialisée de moniteurs d’éducation physique située à Bagatelle, au bois de Boulogne.
Au Centre des jeunes, Lucienne Champion avait rencontré Yvonne Sommeille*, employée dans les bureaux de la filature, et sous son impulsion découvert la JOCF. Colette Taisne*, présidente fédérale à Nancy, avait contribué, en 1937, à mettre sur pied une section locale. Très vite son appartenance à la JOCF (elle y adhéra le 5 février 1940) allait infléchir le cours de sa vie. Elle écrira à Jeanne Aubert* dans les années 1980 : « Tout ce que j’ai reçu de la JOC reste le fond et la ligne directrice de mes engagements postérieurs. Elle a contribué pleinement à mon épanouissement dans la vie de militante et m’a préparée à ma vie d’adulte pour y prendre des responsabilités. » En 1945, elle quitta travail et famille pour devenir permanente. Membre du secrétariat général de la JOCF, elle fut chargée de la partie technique d’« Avenir et Joie », le secteur sport, loisirs, détente et culture dont Maryse Varyse* avait la responsabilité.
En 1949, elle cessa ses fonctions à la JOCF et choisit d’aller vivre à Limoges, cette ville ouvrière où la JOC était très enracinée et où habitait Jeannette Dussartre* avec laquelle elle s’était liée au secrétariat général de la JOCF. Elle trouva rapidement du travail comme retoucheuse à « La Poral », une usine de porcelaine, adhéra à la CGT (50 % des ouvriers porcelainiers y étaient syndiqués) et s’intégra à l’équipe du quartier du Masgoulet qui regroupait des chrétiens et des prêtres-ouvriers. Elle continua également à faire du sport, se consacrant au basket au sein de l’Association sportive des PTT. Elle en devint le capitaine et, avec son équipe, gravit tous les échelons qui les séparaient de l’élite nationale où elles évoluèrent pendant quatre ans (1956-1960). Elle prit ensuite en charge la formation des jeunes. Quand le basket, en été, faisait relâche, elle pratiquait l’athlétisme et devint ainsi championne de saut en hauteur du Limousin. La médaille d’honneur de la Jeunesse et des sports lui fut décernée en 1964.
Elle eut vite des responsabilités militantes dans l’organisation syndicale. Déléguée au comité d’entreprise, Lucienne Champion devint le 3 janvier 1952 secrétaire adjointe du syndicat de la porcelaine de la Haute-Vienne puis entra, le 12 juin 1953, à sa commission administrative fédérale. Elle siégea à la commission exécutive fédérale de la céramique en 1952, puis au secrétariat fédéral de 1955 à février 1958.
Depuis 1950, elle s’était engagée activement au Mouvement de la paix. Elle animait le comité local pour la Paix de Masgoulet-Coutures et avait fait campagne pour la signature de l’appel de Stockholm. En 1952, elle fut la déléguée de la Haute-Vienne au Congrès mondial des peuples pour la paix qui tint ses assises à Vienne du 12 au 19 décembre.
Licenciée de son usine en juillet 1956 pour cause de chômage technique, elle fut d’abord embauchée à la Société française d’électrochimie pendant quelques mois. Devant l’impossibilité de retrouver du travail dans une usine de porcelaine, malgré les efforts d’Edmond Thuillier, secrétaire général du syndicat CGT des porcelainiers, elle fut embauchée aux Comptoirs des pharmaciens du Centre, puis, en 1958, au Central téléphonique, rue Édouard-Vaillant, comme femme de ménage. Titularisée un an après, elle poursuivit son engagement syndical et, après son élection à la commission exécutive, fit partie du bureau de l’Union départementale de la Haute-Vienne, jusqu’en 1979, à cette dernière date et depuis 1970, sous son nom d’épouse, Lasserre. Elle fut membre de la commission administrative confédérale de la CGT de 1953 à 1963.
En avril 1968, l’UD-CGT dont Ferdinand Guiraud* était le secrétaire général, lui demanda de devenir permanente. Elle fut désormais intégrée au secrétariat qui lui confia la responsabilité de la trésorerie et de la commission féminine qui édita un journal trimestriel Spécial femmes travailleuses de novembre 1968 à décembre 1980. Elle était également membre du Parti communiste depuis le massacre de Charonne, et, à partir de 1968, elle siégea au comité fédéral.
À la retraite le 27 juin 1980, elle s’offrit, pour fêter cet événement qu’elle qualifiait de « vie nouvelle », une participation aux Jeux olympiques de Moscou. À son retour, à la demande de l’Union départementale CGT, elle accepta d’organiser des retraités dans les différents secteurs professionnels. Elle fut élue secrétaire départementale de la Haute-Vienne de l’USR (Union syndicale des retaités) au premier congrès constitutif (1983), puis fit partie du conseil national (1983) et enfin de son bureau (1985).
En 1983, Lucienne Champion participa à la création de l’Institut régional d’histoire sociale du Limousin. Elle en fut la trésorière et apporta, au long des années, son soutien actif.
Elle s’était mariée le 1er juin 1966 à Limoges avec Henri Lasserre qu’elle avait rencontré au syndicat CGT des PTT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19354, notice CHAMPION Lucienne [épouse LASSERRE] par Jean-Marie Conraud, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Jean-Marie Conraud, Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. IHS-CGT, cartons main-d’œuvre féminine. — « Lulu », brochure rédigée par Jeannette Dussartre-Chartreux, Limoges, Destins croisés, 1989, 76 p. — Jeanne Aubert, JOC qu’as-tu fait de nos vies ?, Les Éditions Ouvrières, 1990, p. 456. — Jeannette Dussartre-Chartreux, Destins croisés. Vivre et militer à Limoges, Karthala, 2004. — Entretiens avec Jeannette Dussartre-Chartreux. — Notes de Slava Liszek.

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