BOISNIER Eugène, Pierre, Joseph

Par Gérard Larue

Né le 16 octobre 1900 à Poitiers (Vienne), mort le 23 septembre 1953 à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis) ; chauffeur de locomotive, garde-messier, militant syndicaliste et communiste ; interné politique.

Eugène Boisnier.
Eugène Boisnier.

Fils de Louis, employé aux tramways électriques et de Jeanne, Louise, née Poltron, sans profession. Il épousa le 26 juin 1926 en mairie du VIIIe arrondissement de Paris, Marie-Josèphe, née Thomas née le 9 avril 1906 à Damgan arrondissement de Vannes (Morbihan). Le couple eut deux enfants et demeurait 11 rue du Vieux-parc à Stains.
Depuis le 27 février 1924 il était employé comme chauffeur de locomotive à la Société du Gaz de Paris (usines de Vaugirard puis du Corbillon avenue du Président Wilson à Saint Denis (Seine, Seine Saint Denis). Il était adhérent au Syndicat du Personnel et membre du Parti Communiste de Stains et fut considéré comme meneur de grèves dans son usine.
Le 14 décembre 1933, participant à la manifestation organisée par le Cartel Unitaire des Services publics à Paris gare du Nord, il fut appréhendé puis relaxé.
Depuis mai 1936 il exerçait en dehors de ses heures de travail, les fonctions de garde-messier (surveillance des jardins-ouvriers) dans la commune de Stains.
Non mobilisé en 1939, il fut affecté spécial à la Compagnie du Gaz. Militant communiste depuis 1934, il affirmera aux policiers n’avoir « pris aucune part à la vie du parti depuis 1939 ».
Le 12 février 1941, il fut interpellé à son domicile ainsi que deux autres stanois Octave Durand et Gustave Pauwels. Des brochures et des tracts communistes furent trouvés à son domicile. Les policiers lui reprochèrent « d’avoir profité de ses fonctions de garde-messier et des contacts que celles-ci lui offraient auprès de la population [pour se livrer] à une propagande verbale et par tracts en faveur de l’ex-Parti Communiste ».
Il fut semble-t-il dénoncé si l’on suit le rapport de la police qui affirma : « nous l’avons interpellé alors que nous le savions depuis peu, en possession à son domicile, de plusieurs documents relatifs à la diffusion des mots d’ordre de la IIIème internationale ». Une visite domiciliaire permit la découverte de tracts et de brochures communistes. Il affirma qu’ils avaient été « déposés dans son placard personnel à son travail, qu’ils les avaient conservés chez lui pour les lire et qu’il n’avait même pas eu le temps de les faire voir aux camarades de l’atelier ». Il ajouta que « des inconnus [en] jetaient par-dessus la haie de son jardin ».
Malgré ses dénégations il fut inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et envoyé au dépôt, puis condamné le 15 avril 1941 à six mois de prison par la Cour d’appel de Paris.
Dans une lettre non-datée écrite du dépôt à l’inspecteur L. des renseignements généraux, dans laquelle il se plaignait d’avoir été injustement arrêté et maintenu en prison à Fresnes, il dénonça son voisin Robert Vallet qui « a une machine à écrire, distribue des tracts et fait des réunions d’espagnols chez lui ». Ce dernier, camarade de parti et de travail au Gaz, sera arrêté le 12 juillet 1941. Mais la police conclut à « une vengeance ».
Le 28 juin 1941, avec d’autres détenus, Eugène Boisnier s’évada du dépôt de la Préfecture de Police dans la nuit du 7 au 8 juillet 1941. Il fut arrêté à nouveau début octobre 1941 à Cissé (Vienne) dans une ferme où il travaillait et ramené à Paris. Le 4 septembre 1942, il fut condamné à 15 mois de prison pour « évasion d’un camp de séjour surveillé et bris de clôture ».
Conduit à la caserne des Tourelles (Paris XXe arr.), il fut transféré le 19 octobre 1942 au centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne), le 5 mars 1943 à Voves (Eure-et-Loir).
Dans une lettre au Préfet de Police du 12 février 1943, madame Boisnier tenta sans succès de plaider la cause de son mari affirmant qu’au « dépôt, il assista à l’évasion de plusieurs détenus, qu’il fit comme eux, ne se croyant pas en faute puisqu’il avait purgé sa peine ». En février 1944 il fut transféré au camp de Pithiviers (Loiret).
Il mourut le 23 septembre 1953, trois semaines avant sa cinquante-troisième année.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193570, notice BOISNIER Eugène, Pierre, Joseph par Gérard Larue, version mise en ligne le 29 juin 2017, dernière modification le 12 décembre 2019.

Par Gérard Larue

Eugène Boisnier.
Eugène Boisnier.
Fiche de police pendant l’Occupation.

SOURCES : Arch. PPo. 1 W 749, 1W1407, 77 W 78. – État civil numérisé de la Vienne, année 1900, acte 607.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 142 cliché du 13 février 1941.

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