Beillevaire Georges, Ambroise, Pierre

Par Jacques Chapron

Né le 23 septembre 1931 à Bouaye (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 19 février 2018 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ; prêtre du diocèse de Nantes, prêtre-ouvrier ; chaudronnier tuyauteur ; syndicaliste CFDT, délégué du personnel, délégué syndical, secrétaire du Comité d’entreprise (CE) de 1977 à 1990 dans l’entreprise EATON à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

Cadet d’une famille de trois enfants comprenant deux garçons et une fille (l’aînée, qui mourut à la naissance), Georges Beillevaire avait des parents catholiques, très pratiquants. Son père, Pierre Beillevaire, né en 1905, était employé comme homme à tout faire (entretien, jardinage, etc.) au château de la Sénaigerie, à Bouaye, appartenant à la famille De Vallois. Sa mère, Marie Beillevaire née Averty en 1907, était également employée dans ce château comme cuisinière et femme de ménage. Enceinte de son troisième enfant, elle fut « remerciée » et perdit son emploi. Après le mort de son mari pendant les combats de 1940, elle assura seule le quotidien de la famille en travaillant comme aide-ménagère – cuisine, entretien du linge et de la maison – au gré des demandes des familles, parcourant les routes à vélo, plus tard à mobylette.

Toute la formation de Georges Beillevaire eut lieu en Loire-Atlantique. Il entama sa scolarité à l’école primaire confessionnelle de Saint-Mars-de-Coutais jusqu’à l’âge de douze ans. En 1943, il rentra au petit séminaire de Legé où il découvrit le sens de la camaraderie et une forte envie d’apprendre. Il poursuivit sa scolarité au petit séminaire des Couëts en 1947, puis au grand séminaire de Nantes en 1951, interrompue dix-huit mois pour effectuer son service militaire en Allemagne. Libéré, il poursuivit ses études et fut ordonné prêtre en avril 1956. Cette même année, il fut rappelé dans l’armée. Sa demande insistante pour suivre ses camarades qui rejoignaient l’Algérie lui ayant été refusée par les autorités au vu de son statut de pupille de la nation, il fut affecté en Allemagne.

Libéré des obligations militaires, il suivit au grand séminaire une formation complémentaire. Il y retrouva d’autres prêtres de retour d’Algérie. Ce conflit ne cessa d’alimenter leur réflexion sur l’indépendance, la torture, le rôle de l’armée, le maintien de l’ordre. Georges Beillevaire fut nommé surveillant au collège Ozanam de Nantes (institut de formation de l’enseignement privé catholique). Nommé vicaire de la paroisse d’Herbins, commune de Trignac (Loire-Atlantique) en 1960, puis à Saint-Joachim (Loire-Atlantique) de 1962 à 1966 il y rencontra des familles ouvrières, des membres de l’Action catholique ouvrières (ACO) et des militants de la CFTC dont Nestor Rombeaut, Jo Gabory, Michel Jeannes, Jean Souquet, René Aoustin. Ces rencontres ainsi que sa participation à la Mission ouvrière – institution d’Église en milieu ouvrier, créée en 1957 – furent déterminantes et forgèrent son engagement de prêtre-ouvrier.

Entre 1967 et 1968, il travailla durant deux saisons estivales « à la plonge » dans les hôtels « L’Hermitage » et « Le Royal » de La Baule, alors qu’il était aumônier des lycées de l’enseignement catholique de Saint-Nazaire. En 1969, il opta pour une formation de neuf mois comme chaudronnier tuyauteur à l’Association de formation pour adultes (AFPA) de Saint-Nazaire. En 1970, il devint salarié dans l’entreprise d’intérim Main-d’œuvre spécialisée de l’Ouest (MSO) et accepta un premier mandat de délégué du personnel CFDT. La section syndicale obtint des avancées sur les salaires, les congés et les conditions et temps de travail. Ces résultats étaient intéressants car ils démontraient que, même en l’absence de conventions collectives applicables aux entreprises d’intérim, la présence syndicale pouvait était efficace.

Toujours comme salarié intérimaire de MSO, il fut employé dans différentes entreprises de la région nazairienne : aux Chantiers de l’Atlantique, à l’Aérospatiale, aux Ateliers et Forges de l’Ouest, à la raffinerie de Donges. De cette période, Georges Beillevaire garda le sentiment d’une grande solidarité ouvrière, mais aussi une certaine déception. Disséminés dans ces sites industriels, parfois en très petit nombre, les travailleurs intérimaires furent difficiles à organiser syndicalement, ce qui ne permit pas d’obtenir des avancées significatives sur les revendications. Il fallut attendre l’accord national de novembre 1984 sur l’exercice du droit syndical et celui d’octobre 1988 sur la représentation du personnel pour modifier quelque peu cette situation.

En janvier 1977, il intégra l’entreprise Eaton, multinationale américaine, qui s’implantait à Saint-Nazaire pour produire des boîtes de vitesse pour les poids lourds. Il découvrit le travail posté à la chaîne et les cadences de montage imposées par la hiérarchie. Il accepta un mandat de délégué syndical dès son recrutement. Aux élections du CE du 24 mars 1977, la CFDT obtint deux postes de délégué, la CGT un ainsi que FO. Georges Beillevaire devint secrétaire du CE. Avec une petite équipe d’élus : Betty Adam, Chantal Amisse, Bernard Moyon, Danielle Coléno, il œuvra pour améliorer le statut du personnel, notamment sur les salaires et les classifications. Mais l’arrivée d’une nouvelle direction acharnée à briser l’action syndicale stoppa toutes les avancées. Sa politique, qui consistait à distribuer primes et avantages par atelier et même par îlot d’assemblage, engendra un climat social extrêmement tendu. Lettres d’avertissement, mises à pied, restriction du droit syndical devinrent le lot quotidien. De nombreux conflits éclatèrent avec licenciements et poursuite devant les prud’hommes. En 1979 sur dix affaires jugées, neuf furent perdues par la direction. Deux élus du CE, dont Georges Beillevaire en qualité de secrétaire, furent « traînés » devant les tribunaux par la direction pour « entrave au fonctionnement du CE… », un procès que la direction d’Eaton perdit en appel à Rennes (Ile-et-Vilaine) le 2 juin 1981.

Pragmatique, attaché à la défense du droit du travail, au respect des hommes, au travail intersyndical, Georges Beillevaire, bien que soutenu par l’Union métaux de Saint-Nazaire, ne put mener à bien la politique contractuelle qu’il souhaitait dans cette entreprise qui, industriellement, stagnait autour de cinq cents emplois sur les mille annoncés. En 1990, il fut licencié pour motif économique avec une première vague d’ouvriers de production. En 2002, l’entreprise ferma ses portes définitivement.

En retraite, il rejoignit la commission juridique de l’Union locale CFDT et défendit de nombreux salariés devant le conseil des prud’hommes de Saint-Nazaire. Par ailleurs il s’investit une maison de quartier de la ville comme intervenant bénévole pour le soutien scolaire aux enfants issus de l’immigration.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193823, notice Beillevaire Georges, Ambroise, Pierre par Jacques Chapron, version mise en ligne le 16 juillet 2017, dernière modification le 9 avril 2018.

Par Jacques Chapron

SOURCES : Archives de l’union métaux et de l’UL CFDT de Saint-Nazaire. – Entretien avec Georges Beillevaire au second semestre 2016.

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