JUIN Raymond, Clément

Par Joseph Guihéneuf

Né le 19 mai 1932 à Trignac (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; employé aux écritures, puis agent de maîtrise ; syndicaliste CFTC puis CFDT, élu du personnel de la Raffinerie française des pétroles de l’Atlantique (RFPA) de Donges (Loire-Atlantique), secrétaire du syndicat de la chimie de Saint-Nazaire de 1964 à 1980, membre du bureau de l’UL de Saint-Nazaire de 1964 à 1980, du conseil de l’UD de Loire-Atlantique de 1957 à 1963, du conseil de l’Union régionale interprofessionnelle (URI) des Pays de la Loire de 1972 à 1980, du bureau national de la Fédération unifiée de la Chimie (FUC) de 1972 à 1980 puis président de 1978 à 1980, secrétaire au département international de la Confédération de 1980-1985.

Raymond Juin à 65 ans
Raymond Juin à 65 ans

Raymond Juin était le dernier d’une fratrie de sept enfants dont l’un, Pierre, mourut en déportation en 1945 à l’âge de dix-neuf ans pour fait de résistance. Son père, Roger Juin, manœuvre aux Forges de Trignac, était athée mais toujours là pour aider aux fêtes paroissiales. Sa mère Anne-Marie Juin, née Moyon, était catholique pratiquante. Elle était à la fois femme au foyer et vendeuse ambulante de poissons dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres qu’elle parcourait à vélo.

Raymond Juin commença sa scolarité à Trignac. En février 1943, l’occupation allemande se faisant plus agressive avec les intenses bombardements alliés, le sous-préfet fit éloigner tous les enfants de Saint-Nazaire et des communes voisines. Ses parents l’envoyèrent à l’internat confessionnel pour enfants d’Angreviers dans la commune de Gorges, à quatre-vingt-cinq kilomètres de Trignac. Il y séjourna jusqu’à juillet 1945. Là, il rencontra un prêtre, le père Fourage, qui fut pour lui un exemple et qui influença son engagement citoyen. En septembre 1945, avec l’accord bienveillant de son père, il rejoignit le petit séminaire de Guérande puis celui des Couëts à Bouguenais, près de Nantes, jusqu’en décembre 1950. Il entra alors au lycée Saint-Joseph de Châteaubriant d’où il fut exclu pour avoir défendu un élève accusé à tort d’une faute qu’il n’avait commise. Cette sanction l’empêcha d’atteindre le brevet élémentaire, indispensable pour mener à bien son projet de devenir enseignant dans le privé.

Il effectua un service militaire de dix-huit mois en Allemagne entre 1953 et 1954. Rappelé six mois à Coblence en 1956 comme réserviste, il fut chargé d’enseigner « la pacification » aux jeunes recrues en partance pour l’Algérie. Il s’agissait à cette époque d’un dispositif militaire de formation tourné principalement vers des tâches civiles pour faciliter les relations avec la population algérienne. Son refus de suivre la méthode d’enseignement officielle lui valut huit jours d’arrêt. C’est au retour du service militaire, en 1954, qu’il adhéra à la JOC dont les principes « voir-juger-agir » furent pour lui un guide. En mai 1956, il épousa Madeleine Hervouet, issue d’une famille de paysans et employée à la « Biscuiterie Saint-Michel » de Saint-Michel-Chef-Chef (Loire-Atlantique). Il adopta sa fille et le couple eut ensuite deux garçons. Ils furent membres de l’Action catholique ouvrière (ACO) nazairienne dans laquelle Raymond exerça des responsabilités locales.

Après un passage au service nazairien du remembrement – c’est là qu’il prit sa première carte syndicale CFTC – il fut embauché en mai 1954 à Donges, à la RFPA qui deviendra Antar PA, puis ELF, puis TOTAL, comme employé aux écritures puis agent de maîtrise. Sollicité par Jules Le Bail et Jacques Lorec, des élus CFTC, il fut élu délégué du personnel en 1956, au comité d’entreprise (CE) en 1961, puis au comité central d’entreprise de 1963 à 1966 dont il assura le secrétariat pendant deux ans. Cette période fut marquée par la prise en charge par les élus de la gestion globale et autonome du budget du CE : colonies de vacances, restaurant d’entreprise, bibliothèque, caisse de solidarité et remboursements des pertes de salaires pour la formation syndicale des élus du personnel.

Il participa au congrès confédéral de la mutation de la CFTC en CFDT en 1964 et il en garda un souvenir fort de la dignité et du respect entre tous durant les débats. À partir de cette même année, son activité syndicale se déroula largement hors de son entreprise. Après avoir organisé la CFDT au niveau du groupe, il fut l’artisan du regroupement des deux syndicats chimie de Saint-Nazaire et de Donges, composés de douze sections syndicales et il en assura le secrétariat jusqu’en 1980. Il organisa aussi la coordination des syndicats de la chimie de Loire-Atlantique puis ceux de la région des Pays de la Loire.

Parallèlement, son entrée au conseil et au bureau de l’UL de Saint-Nazaire en 1964, dont le secrétaire était Yves Thoby, donna une dimension interprofessionnelle à son activité syndicale. La commission « enseignement » qu’il anima permit à la CFDT locale d’accompagner ses militants et adhérents dans le combat pour une conception apaisée et dynamique de la laïcité, sur une terre de vieille tradition catholique. Au sein de l’URI il anima, à la demande de Gilbert Declercq, une commission internationale qui favorisa notamment un jumelage avec une Willaya de l’Union générale des travailleurs algériens.

En mai 1968, la grève avec occupation dura dix-sept jours à Donges. Elle fut marquée par une atmosphère d’assemblée générale permanente, où étaient pesées collectivement toutes les décisions dont celle d’accorder un quota de carburant en signant les « bons d’essence » pour les professions et personnes qui en avaient vraiment besoin. Il garda de cette période une grande fierté des résultats de la négociation interne à ANTAR sur le droit syndical dont il fut le rédacteur du projet. Elle déboucha sur le droit de réunion des adhérents (y compris pour ceux en travail posté), la prise en charge des salaires durant les réunions syndicales statutaires, le paiement du temps de formation syndicale.

En juillet 1980, fort de son expérience régionale, il intégra le secteur international de la Confédération comme secrétaire confédéral, sous la responsabilité de Jacques Chérèque, pour prendre en charge les « droits de l’homme, et les relations avec les syndicats de l’est de l’Europe et de l’Afrique australe ». Il fut immédiatement chargé du dossier « Solidarnosc », au plus fort de sa contestation du régime politique en place. Il joua, notamment, un rôle de conseiller pour l’organisation de son congrès fondateur à Gdansk en août 1980 auquel il participa. Il travailla aussi avec les syndicats africains dont ceux d’Afrique du Sud, du Zimbabwe et du Mozambique et il participa dans ce cadre à de nombreux échanges et formations.

En 1985 il revint à la FUC. À sa demande, il créa une structure associative : l’ACT-IFE (Association pour les conditions de travail, information, formation, emploi) destinée aux sections syndicales, CE et CCE. Il en assura la direction jusqu’en 1992, date de son départ à la retraite. Dans ce cadre, il assura toutefois par la suite quelques formations et une mission internationale en Russie.

Revenu à Saint-Nazaire en 2002, il participa activement à la rédaction du livre Un printemps sur l’estuaire. En même temps, il siégea au conseil de l’Union locale des retraités de Saint-Nazaire, contribuant par son sens de l’organisation au développement des sections locales de retraités.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193824, notice JUIN Raymond, Clément par Joseph Guihéneuf, version mise en ligne le 16 juillet 2017, dernière modification le 28 mars 2018.

Par Joseph Guihéneuf

Raymond Juin à 65 ans
Raymond Juin à 65 ans
Raymond Juin en 2017
Raymond Juin en 2017
Clichés fournis par Raymond Juin

ŒUVRE : Ouvrage collectif, Un printemps sur l’estuaire. Saint-Nazaire : la CFDT au cœur des luttes (1945-1975), Centre d’histoire du travail de Nantes, 2005.

SOURCES : Archives de la CFDT, section syndicale ANTAR, UL de Saint-Nazaire, UD de Loire-Atlantique, URI des Pays de la Loire, Fédération unifiée de la Chimie. – Guy Brucy, Histoire de la Fédération de la chimie CFDT, Syros 1997. – Entretien réalisé en avril et mai 2016.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément