PHÉLINE Christian (Leucate Christian, Nemo)

Par Jean-Paul Salles

Né le 12 juin 1945 à Paris (XVe arr.) ; ancien élève de l’ENA, haut fonctionnaire, ancien militant du PSU puis de la LC/LCR, animateur dans les années 1970 d’une tendance minoritaire qui quitta la Ligue pour l’OCI en 1980 ; ayant bien vite démissionné de l’OCI, poursuit sa a carrière de haut fonctionnaire, d’essayiste et d’historien.

Christian Phéline est le fils de Jean Phéline, ingénieur, et de Mady Arkwright, professeur. Élève au Lycée Lakanal de Sceaux, il poursuivit ses études à la Faculté de Droit de Paris, à Sciences-po puis à l’ENA (promotion Jean Jaurès, 1967-69). Il s’était marié le 9 janvier 1988 avec Anne Baldassari, conservatrice générale du Patrimoine. Directrice du Musée Picasso à Paris (2005-2014), elle a organisé la grande exposition Picasso au Grand Palais en 2009. Ils ont un enfant, Anouk.
Administrateur civil à la Direction de la prévision au Ministère de l’Économie et des Finances de 1969 à 1982, Christian Phéline fut aussi au cours de ces années militant du PSU, dont il fut membre de la Direction politique nationale (DPN), puis de la Ligue communiste. Il rejoignit celle-ci en juin 1972 avec plusieurs dizaines de militants dont Jacques Kergoat* (Salles, 2005, p.101). Très vite il participa au débat de tendances à la Ligue, très vif dès le congrès de fondation de la LCR (décembre 1974). Seul ou avec Krasno, il rédigea nombre de bulletins intérieurs témoignant d’une grande connaissance des textes de Trotsky. Sa tendance, la T4, qui ne recueillit que 3% des votes des militants au congrès de fondation de la LCR, vit son influence augmenter au congrès suivant (janvier 1977) car il avait noué une alliance avec la tendance de Gérard Filoche (27%). Son souci constant, en accord avec la minorité internationale de la IVe Internationale animée par le SWP américain, fut de lutter contre la séduction exercée par le guévarisme sur beaucoup de militants de la Ligue communiste. Adepte d’un militantisme plus classique, il voulait que la Ligue cesse de se préoccuper exclusivement d’une soi-disant avant-garde large pour s’adresser à l’ensemble du monde du travail (Salles, 2005, p.235). Gérard Filoche ayant rompu son alliance pour le 3e congrès de la LCR (janvier 1979), Nemo et sa tendance, la T1 cette fois-ci, réunit cependant 18,5% des votes des militants. Les divergences n’ayant cessé de s’aggraver, du fait notamment des positions divergentes sur la révolution sandiniste au Nicaragua, lors du congrès extraordinaire de la LCR tenu à L’Haÿ-les-Roses du 1er au 4 novembre 1979, les militants de la T1 décidèrent de rompre, accompagnés dans leur sortie par ceux de la T5, constituée par les partisans en France du militant argentin Nahuel Moreno (1921-1987), hostiles au guerrillérisme. Ce furent donc 400 militants qui quittèrent la LCR, soit le cinquième des effectifs, pour former une nouvelle organisation, la Ligue communiste internationaliste (LCI), qui fusionna bientôt avec l’OCI. Cependant, Nemo ne resta que quelques mois dans l’OCI unifiée.
Au cours des années 1980, Christian Phéline poursuivit sa carrière de haut fonctionnaire, notamment dans le domaine de la culture. Il fut successivement sous-directeur au Ministère de la Culture (1982-86), administrateur général du Musée d’Art Moderne (1987-89), directeur général-adjoint du Centre national de la cinématographie (CNC) de 1989 à 1991, puis il eut des postes importants dans le domaine de la radio et de la télévision. Il fut directeur du développement des Médias auprès du premier Ministre (2000-2002). Conseiller maître à la Cour des Comptes à partir de 2002, membre du collège de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi), il en est le président depuis 2016. Dans un épais rapport de 140 pages remis à Aurélie Filippetti en 2013, il s’interrogeait sur le partage de la valeur dans l’industrie musicale à l’ère du numérique, suscitant la colère chez les producteurs de disques mais la sympathie chez les artistes-interprètes. « C’est un épais travail d’équilibriste qui documente avec un plaisir presque maniaque l’impossibilité actuelle de savoir avec précision qui paie quoi à qui, qui impose quoi et qui fait vraiment ce qu’il claironne dans le monde très morcelé de la musique par Internet », écrivait Libération (http://www.numerama.com).
Parallèlement à cette activité professionnelle, Christian Phéline poursuivait une oeuvre d’essayiste et d’historien. Passionné depuis longtemps par l’Algérie, il lui consacrait un ouvrage dès 1974, co-écrit avec Kader Ammour et Jean-Jacques Moulin, La voie algérienne. Les contradictions d’un développement national (Maspero). Après plusieurs travaux sur ce pays, avec Agnès Spiquel-Courdille, il publia chez Gallimard, en 2017, Camus, militant communiste. Alger 1935-1937. En 2007, il assurait la publication du journal de Marcel Sembat, 17 ans de notes écrites par un des plus importants dirigeants socialistes français du début du XXe siècle, époux de Georgette Agutte, peintre, qui fut l’élève de Matisse. Christian Phéline est Chevalier de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres.

OEUVRE : -nombreux textes de tendance dans les Bulletins intérieurs de la LCR signés Nemo. -avec Kader Ammour, Jean-Jacques Moulin, sous le nom de Christian Leucate, La voie algérienne. Les contradictions d’un développement national, Maspero, Petite collection, 1974. -Christian Leucate, « Révolution agraire en Algérie ? », revue Critiques de l’économie politique, n°15, janvier-mars 1974. -Christian Leucate et Jacques Valier, « L’inflation en France aujourd’hui », revue Critiques de l’économie politique, Maspero, 1974 (réédition actualisée du n°1, septembre-décembre 1970) -sous le nom de Christian Phéline : -L’image accusatrice, Les Cahiers de la photographie, 1985. -Présentation et notes de Les Cahiers noirs, journal 1905-1922 de Marcel Sembat, éditions Viviane Hamy, 2007, 828 pages. -L’aube d’une révolution : Margueritte, Algérie, 26 avril 1901, Privat SAS, 2012. -Un guadeloupéen à Alger : Maître Maurice l’Admiral (1864-1955), Riveneuve, 2014. -Les avocats indigènes dans l’Algérie coloniale : de l’accès à la profession aux défis de l’indépendance, Riveneuve, 2016. -avec Agnès Spiquel-Courdille, Camus, militant communiste. Alger 1935-1937, Gallimard, 2017.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193852, notice PHÉLINE Christian (Leucate Christian, Nemo) par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 17 juillet 2017, dernière modification le 17 juillet 2017.

Par Jean-Paul Salles

SOURCES : Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Rennes, PUR, 2005 (pages 101, 235, 244, 246 et 338). — Yves-Marc Ajchenbaum, « Les voyages intérieurs de Marcel Sembat », Le Monde, 7 décembre 2007. — Guillaume Champeau, « Christian Phéline nouveau président de l’Hadopi », in http://www.numerama.com.

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