AVOT-MEYERS Pierre dit Julien, Serge

Par Robert Kosmann

Né le 8 juillet 1930 à Paris, mort le 9 juin 2009 ; OS chez Chausson (1949-1958) puis correcteur de presse ; syndicaliste CGT ; militant trotskiste du PCI (pabliste) ; membre actif du soutien au FLN durant la guerre d’Algérie.

Pierre Avot-Meyers
Pierre Avot-Meyers

Pierre Avot-Meyers porta tout d’abord le nom de sa mère Lucie Meyers, assistante dentaire, car ses parents n’étaient pas mariés. Son père, Charles Avot était peintre en bâtiment. Les parents avaient une sensibilité de gauche mais n’étaient pas militants. Ils consacrèrent leur union en 1950 et Pierre prit alors le nom d’Avot-Meyers, à l’âge de vingt ans. Sa scolarité dans le Xe arrondissement parisien fut perturbée par la guerre mais il obtint son CEP. Il entra dans la vie active en 1946, comme ouvrier sans qualification dans une petite usine de Saint Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis). Il adhéra à la CGT dès 1948, dans un centre FPA où il effectuait son apprentissage de tôlier-chaudronnier. En octobre 1949, il fut embauché comme OS chez Chausson à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Après un stage de quelques semaines à l’école Chausson comme tôlier, il débuta à l’atelier MO, sur la chaîne d’assemblage des carrosseries « en blanc » (Ford et Vedette).

Après son service militaire (octobre 1950 – mai 1952), il fut muté à Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), en équipe, à l’atelier des grosses presses. Il fut de retour en 1953 à Gennevilliers à l’usine G, d’abord sur la chaîne des cars et de nouveau à l’atelier MO, au ferrage des carrosseries Simca (Versailles, Beaulieu, Chambord). Il fut délégué du personnel de 1954 à 1958, date à laquelle il quitta l’entreprise.

Pierre Avot-Meyers fut membre du Parti communiste internationaliste (PCI, trotskiste) à partir de 1949. Au cours de l’été 1950, il participa à la brigade « Commune de Paris » composée d’une quinzaine de jeunes de chez Chausson, qui se rendit à Zagreb, en défense du régime yougoslave. Partisan de Michel Raptis (Pablo) il le suivit dans la scission de 1952 (PCI minoritaire). En 1958, il quitta l’usine Chausson et s’engagea dans le soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie. Devenu permanent de son organisation politique, il s’occupa notamment, avec Louis Fontaine, de l’imprimerie clandestine de la IVe Internationale à Paris et, succédant au trotskiste américain Sherry Mangan, publia l’organe du FLN Résistance Algérienne. En 1960, la police découvrit l’imprimerie clandestine, à Malakoff, en région parisienne. Il fut pourchassé par des agents de la DST et dut se réfugier en Italie. La continuité du travail clandestin pour le FLN fut alors réalisée par Gilbert Marquis.

Pierre Avot-Meyers vécut en Algérie après l’indépendance avec le mouvement des « pieds rouges » qui souhaitaient infléchir la construction de ce nouvel état selon une orientation socialiste. Il devint correcteur et documentaliste à l’hebdomadaire du FLN El Moudjahid puis bibliothécaire documentaliste au siège du syndicat UGTA.

Le 19 juin 1965, Houari Boumediene et les militaires réalisaient un coup d’état. Pierre Avot-Meyers fut arrêté dans la nuit du 2 septembre, par des policiers algériens en civil, sans aucun mandat d’amener, d’arrêt ou de perquisition. Avec Simonne Minguet, sa compagne, ils opposèrent une vive résistance, ils furent frappés, enchaînés et conduits au siège de la Police des Renseignements généraux où ils furent interrogés. Pierre Avot-Meyers s’en tira avec la fracture d’une côte et diverses blessures. Ils furent incarcérés et mis au secret durant trois semaines, puis expulsés vers la France.

À son arrivée à Orly, Pierre Avot-Meyers fut arrêté par la police des frontières française. Après quatre jours d’emprisonnement, il fut condamné à 500 francs d’amende pour falsification d’identité et relâché. Il prit parti pour Pablo dans la crise qui traversa la IVe Internationale en 1965 et milita à la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI) dont l’AMR (Alliance marxiste révolutionnaire), fondée en 1969, était la branche française. Lors du passage de l’AMR au PSU, il demeura extérieur à ce parti. Après une année de précarité et de chômage difficile, Pierre Avot-Meyers entama une nouvelle carrière professionnelle comme correcteur de presse au Canard enchaîné puis à l’Encyclopédie Universalis, jusqu’à sa retraite professionnelle. Il collabora bénévolement aux éditions Syllepse où il corrigeait les épreuves de différents ouvrages. Il participa, à partir de 2001, par son témoignage et sa technicité, à la rédaction de l’ouvrage Chausson : une dignité ouvrière en mémoire de son usine d’Asnières-Gennevilliers. Fin 2002, avec d’autres militants pablistes, il intégra la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

Sur un plan personnel, Pierre Avot-Meyers vivait avec sa compagne Simonne Minguet, dirigeante trotskiste. Ils se marièrent en 1970. En parallèle, il engagea et maintint une relation avec une autre compagne qu’il fréquenta à partir de 1959 : Dany Bondoux, perforatrice-vérificatrice, puis employée EDF, sans appartenance politique mais qui fut collectrice de fonds pour le FLN. Ils eurent un fils Benoît, en 1960. Pierre Avot-Meyers décéda d’un cancer du pancréas en juin 2009, et fut enterré au cimetière du Père Lachaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article194392, notice AVOT-MEYERS Pierre dit Julien, Serge par Robert Kosmann, version mise en ligne le 7 août 2017, dernière modification le 8 février 2021.

Par Robert Kosmann

Pierre Avot-Meyers
Pierre Avot-Meyers

SOURCES : Bernard Masséra et Daniel Grason, Chausson : une dignité ouvrière, Paris, Syllepse 2004. — Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges, Paris, La Découverte, 2009. — Sylvain Pattieu, Les camarades des frères, Guerre d’Algérie et extrême gauche en France, maîtrise d’Histoire sous dir. JL Triaud, Université de Provence Aix Marseille I. — Henri Alleg, Robert Merle, Les Torturés d’el Harrach, Paris, Éditions de Minuit, 1966. — Jean Paul Salles « Les trotskystes et la Guerre d’Algérie » in Dissidences n°3, Printemps 2012. — Daniel Grason « Pierre Avot-Meyers nous a quittés  » sur le site du NPA. — Entretiens avec Dany Bondoux, Henri Benoits et Roland Vacher, janvier 2017.

Photographie : Daniel Grason

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