OUDET Émile [OUDET Joseph, Émile]

Par Michel Cordillot

Né le 19 février 1826 à Paris ; mort le 21 mai 1909 ; ouvrier peintre sur porcelaine ; opposant au Second Empire ; membre élu de la Commune de Paris.

Plat de faïence signé par Émile Oudet.

Émile Oudet était un enfant naturel. Il était étroitement surveillé par la police. Militant très actif, il accumula en effet quantité de condamnations sur son casier judiciaire avant 1871. Accusé de complot, il fut arrêté le 6 janvier 1852, mais libéré une semaine plus tard. Le 12 mars 1856, compromis dans un complot « ayant pour but de lancer des bombes dans les rues au retour des troupes de Crimée », il fut condamné à Paris à cinq ans de prison. Gracié le 15 avril 1859, il se rendit en Belgique où, dit la police, il vécut d’expédients et aux dépens « d’une femme qu’il n’a épousée que longtemps après ». Rentré en France, il se serait à nouveau intéressé à la fabrication de bombes. Le 20 novembre 1868, il fut condamné à Paris pour cris séditieux. Il travaillait alors à Versailles.

Orateur de réunions publiques à la fin de l’Empire, ses attaques contre le gouvernement lui valurent de nouvelles condamnations : le 30 octobre 1869, quatre mois de prison et 500 F d’amende pour contravention à la loi sur les réunions publiques, refus d’obéissance et provocation à commettre un délit ; le 26 novembre 1869, un mois de prison pour refus de dissolution de réunion ; le 9 février 1870, un an de prison et 1 000 F d’amende pour contravention à la loi sur les réunions publiques. Il parlait le plus souvent à la réunion des Folies-Belleville. Au cours de l’une de ses détentions, il paraît s’être lié avec Jules Vallès.

La proclamation de la république le 4 septembre 1870 le fit sortir de prison. Pendant le Siège, il fut un orateur assidu du club Favier. Il fut également membre du Comité de Vigilance de Belleville. Il en fut parfois le délégué au Comité central républicain des vingt arrondissements, au sein duquel il joua un rôle actif : avec ses amis du Comité, il présenta, le 15 septembre, une série de mesures d’urgence intéressant la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements qu’ils souhaitaient que le gouvernement de la Défense nationale transforme rapidement « en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Il fut également un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris qui se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »

Le 4 novembre 1870, Oudet avait été élu adjoint du XIXe arr., aux côtés du maire Charles Delescluze. Sous le coup d’un mandat d’amener pour avoir signé la seconde affiche rouge, il démissionna de ses fonctions d’adjoint. Après l’armistice, il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février 1871 par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arr. de Paris mais ne fut pas élu.

Le 19 mars 1871, il s’empara de la mairie du XIXe arr., au nom du Comité central de la garde nationale. Il fut élu membre de la Commune par ce même arrondissement le 26 mars 1871. Il fit partie de la commission de Sûreté générale (29 mars). Le 1er avril, il déposa avec quelques collègues une proposition qui prévoyait la radiation de tout membre de la Commune qui, manquant les séances, ne pourrait motiver son absence. Le 21 avril, il demanda à être relevé de son poste de délégué à Passy (6e secteur) en raison de sa grande fatigue. Le 1er mai, il se prononça pour la formation d’un Comité de Salut public.
Le samedi 27 mai, il fut blessé en combattant pour la défense du XXe arr., mais réussit néanmoins à échapper aux poursuites et à gagner l’Angleterre.
Le 11 décembre 1872, le 3e conseil de guerre le condamna par contumace à la peine de mort.

À Londres, il fit partie de la Société des Réfugiés. Franc-maçon, il appartint également à la Loge La Fédération. En 1872, il collabora aux premiers numéros du journal éponyme de Pierre Vésinier. D’abord allié avec ce dernier et avec Bernard Landeck dans la dénonciation des membres de la minorité, il s’éloigna ensuite de l’activité des réfugiés. Bien qu’ayant cosigné en octobre 1879 le message d’encouragement adressé de Londres par un groupe de communards exilés aux participants du congrès ouvrier socialiste de Marseille, il mena une vie retirée durant les dernières années de la proscription. Il regagna la France après l’amnistie, mais refusa se présenter à une quelconque élection, comme il l’écrivit à Vuillaume en 1897.
Hospitalisé à Brévannes à la fin de sa vie, Oudet y reçut en 1909 la visite de Maxime Vuillaume. Il mourut un mois plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article194494, notice OUDET Émile [OUDET Joseph, Émile] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 15 août 2017, dernière modification le 30 juin 2020.

Par Michel Cordillot

Plat de faïence signé par Émile Oudet.

SOURCES : Notes de Louis Bretonnière. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

[Pas de portrait attesté]

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