HAN Yuming 韩欲明 [HAN Genzi 韩根仔]

Par Lucien Bianco

Co-fondateur en 1923 de la Secte de la Porte Céleste (Tianmenhui) dans l’extrême nord du Henan, tué en décembre 1931.

Illettré et très pauvre (sa famille ne disposait que de 2 mu de terre, soit à peine 1, 3 are), Han gagnait sa vie en travaillant le bois ou en taillant la pierre. Ayant adopté le prénom de Yuming (« celui qui désire être éclairé »), Han s’impose comme le chef (l’autre fondateur, Guo Guanlin, a très vite quitté la secte) d’un mouvement d’autodéfense paysanne qui chasse ou fusille ses ennemis : indistinctement bandits et percepteurs d’impôts aussi bien que grands propriétaires fonciers, « despotes locaux » (tuhao) et « mauvais lettrés » (lieshen). La secte recrute de très nombreux paysans dans 26 xian aux confins de trois provinces : Shanxi, Hebei et surtout Henan. A son apogée en 1927 elle compte 400 000 adhérents. Battu en mars 1928, puis écrasé en janvier 1929, Han se réfugie auprès du seigneur de la guerre Zhang Xueliang et séjourne un an à Mukden, où il apprécie le savoir et la modernité. Bien qu’il lui soit arrivé d’employer des lettrés traditionnels, il était jusqu’alors enclin à faire arrêter et tuer quiconque avait reçu une éducation moderne. Jusqu’en 1928, il avait constamment porté une natte et traité de « diable étranger » quiconque était vêtu à l’occidentale. A Mukden en 1929, Han Yuming mérite enfin son prénom d’emprunt : il juge nécessaire de s’ouvrir l’esprit, ne serait-ce que pour créer une armée moderne, foncièrement différente de son armée de paysans mal équipés. Il renie toute superstition, qu’il tient désormais pour ridicule.
De retour fin 1929 dans sa région natale (Henan septentrional), Han se nomme lui-même commandant. Contraint de ménager le Tianmenhui, le sous-préfet de Lin Xian organise une réception en l’honneur de Han, qui parade en costume occidental, souliers en cuir, chapeau, gants blancs et canne. Sous sa houlette, la milice officielle chargée su maintien de l’ordre dans la sous-préfecture de Lin Xian est composée exclusivement de membres du Tianmenhui. Tirant la leçon des défaites, Han répudie les méthodes et les rites dont s’étaient accommodés les succès initiaux. Il abandonne les anciennes formes d’organisation, auxquelles les paysans étaient très attachés, sans se rallier les lettrés, qui ne lui pardonnent pas d’avoir massacré nombre d’entre eux quelques années auparavant. Arrêté en novembre 1931, Han est tué avec 200 de ses soldats le mois suivant. Son neveu lui succède et reconstitue une base en montagne, mais la vraie résurgence de la secte, c’est l’invasion japonaise qui la provoquera en 1938, sous la houlette non plus d’un paysan illettré, mais d’un intellectuel issu d’une famille riche et puissante : Yang Guanyi, venu douze ans auparavant apprendre des Tianmenhui les rudiments des arts martiaux. Après la capture en 1926 de plusieurs membres de sa famille pris en otage et tués par des bandits, son père avait envoyé 20 jeunes gens dont son fils suivre les cours d’arts martiaux professés par la secte. Ce même fils, Yang Guanyi, s’était empressé d’adhérer à la secte et de recruter des milliers de nouveaux membres, avant de devenir lui-même l’un des principaux chefs du Tianmenhui henanais. Sollicité par les Japonais, Yang refuse de les soutenir, puis se rallie à la résistance communiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article194664, notice HAN Yuming 韩欲明 [HAN Genzi 韩根仔] par Lucien Bianco, version mise en ligne le 21 août 2017, dernière modification le 21 août 2017.

Par Lucien Bianco

SOURCE : Qiao (1993).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément