KLEINMANN Bernard alias Gabriel POIRIER

Par Daniel Grason

Né le 23 février 1907 à Varsovie (Pologne), mort à une date inconnue ; marchand forain, découpeur sur machine, manœuvre, employé ; militant communiste ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Alter et de Sarah, née Szwelmann, Ber Kleinmann épousa Fanny Hozenschnour, confectionneuse, née le 18 février 1910 à Paris (XVIIIe arr.), le couple habita 333 rue des Pyrénées, puis 7 rue du Guignier à Paris (XXe arr.). Une fille Irène naquit de leur union. Il obtint la nationalité française par le décret n° 4118 en date du 13 février 1926, Ber devint Bernard.
Il adhéra au Parti communiste en 1934, militait à la cellule des Cascades, assuma la responsabilité de trésorier de la cellule, participait à la vente à la criée de l’Humanité. La promulgation du décret-loi du 26 septembre 1939 interdisant l’activité du Parti communiste, il continua à militer clandestinement sous la fausse identité de Gabriel Poirier, né le 13 mars 1907 à Angers (Maine-et-Loire).
Il fut interpellé par la police le 18 juillet 1942 à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne). Il devait avoir un rendez-vous avec Pierre Rosaz qui devait lui remettre des tracts. Incarcéré, il comparut le 18 janvier 1943 devant la section spéciale de la Cour d’Appel de Paris qui le condamna à trois ans de prison et à 1200 francs d’amende et au maximum de la contrainte par corps.
En octobre 1943, une note des Renseignements généraux, rédigée par l’inspecteur Louis S… affirmait que Bernard Kleinmann avait « été membre de la Sous-Section Juive du Parti communiste », et avoir exercé des responsabilités au sein de « L’Amicale des Ouvriers Juifs des XIe et XIIe arrondissement, du Rayon du XIe de la Région Paris-Ville  », à une période non-précisée.
Il a été successivement détenu à la centrale de Poissy (Seine-et-Oise, Yvelines), Melun (Seine-et-Marne), Châlons-sur-Marne (Marne). Transféré à Compiègne, il était le 12 mai 1944 dans le convoi de 2073 hommes à destination de l’Allemagne. Le 14 mai les prisonniers arrivèrent au camp de Buchenwald, 2051 déportés ont été immatriculés. Huit prisonniers s’étaient évadés dans la région de Commercy dans la Meuse, six réussissaient, deux furent tués lors de la tentative. Quatorze moururent pendant le transport dont deux à la descente du wagon par un SS (un père et son fils).
La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Les libérateurs étaient accueillis par le Comité des intérêts français, composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. » Bernard Kleinmann était organisé dans la résistance du camp.
Bernard Kleinmann n’étant pas rentré à Paris, son épouse Fanny, confectionneuse témoigna le 18 avril 1945 devant la commission d’épuration de la police. « Mon époux a été arrêté à un rendez-vous à Joinville-le-Pont, le 18 juillet 1942 dans des conditions que j’ignore. »
« Conduit à la Préfecture de Police, il a été détenu pendant une semaine dans les locaux des Brigades spéciales. Il a été frappé à coup de fouet, de pied et de poing. Durant sa détention à la Préfecture de police j’ai pu le voir ; il portait de nombreuses traces de coups et, me désignant deux inspecteurs qui passaient dans le couloir, il m’a dit "ce sont ces deux-là qui m’ont frappé". Je reconnais formellement, parmi les photographies que vous me présentez, les nommés C… et D… comme étant les policiers en question. »
« Une perquisition avait été effectuée le jour même de l’arrestation de mon époux. Les inspecteurs ont saisi un poste de TSF. Je reconnais le nommé T… comme ayant participé à la perquisition. »
« Transféré au Dépôt, puis à la prison de la Santé, mon époux a été jugé le 23 janvier 1943, condamné à trois ans de prison et écroué aux prisons de Poissy, Melun, Châlons-sur-Marne, et par Compiègne, déporté en Allemagne le 20 mai 1944 au camp de Weimar. »
« J’ai moi-même été détenue pendant quatre jours à la Préfecture de police, à l’issue desquels j’ai été relaxée, aucune charge n’ayant été relevée contre moi. »
Elle mentionna que les policiers volèrent son stylographe et sa montre bracelet. Elle porta plainte contre ceux qui l’arrêtèrent, le frappèrent et se rendirent « coupables de vol ».
Bernard Kleinmann déposa devant la commission d’épuration de la police le 30 mai 1945, il reconnut trois inspecteurs. Il relata ce qu’il endura : « Durant mon séjour aux Brigades spéciales, j’ai été brutalement frappé à coups de cravache sur le corps et la plante des pieds par D… J’ai également été frappé par C… et d’autres inspecteurs. »
« Au cours de la perquisition il m’a été dérobé un stylo, un portefeuille, une blague à tabac et un briquet. » Le président de la commission d’épuration déclara : « Il semble que la déposition de Kleinmann doit être considérée comme le reflet de la vérité puisqu’il émane de la personne qui a été directement frappé par lesdits inspecteurs. »
Après la guerre il continua à militer au Parti communiste, il fut Grand électeur aux élections sénatoriales du 24 novembre 1946. Employé au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, 37 rue Bellechasse à Paris (VIIe arr.). En 1951, il devint membre du Bureau du Syndicat National des Personnels du Ministère.
Bernard Kleinmann a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Il participa aux Assises nationales de la paix les 22 et 23 décembre 1951 à la porte de Versailles à Paris (XVe arr.).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article195584, notice KLEINMANN Bernard alias Gabriel POIRIER par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 septembre 2017, dernière modification le 9 mars 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GA 163, BA 2056, KB 21, KB 32, 77 W 3119-302416. – Bureau Résistance GR 16 P 320904. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. du Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977.

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