CHASSAING Thérèse [née BERKOVITCH OSSIPOVITCH Tauba, dite Thérèse]. OSBERT Thérèse

Née le 21 février 1908 à Odessa (Russie, URSS, Ukraine), morte le 19 août 1975 à Villejuif (Val-de-Marne) ; coloriste, puis ouvrière à domicile et enfin en usine ; militante communiste ; membre de l’état-major des Brigades Internationales en Espagne ; déportée à Auschwitz le 20 janvier 1944.

Immigrée juive originaire de Russie, considérée comme de nationalité indéterminée, Tauba Berkovitch Ossipovitch milita activement dans les organisations communistes dès son arrivée en France en juin 1926, venant de Varsovie, munie d’un passeport Nansen. Elle adhéra aux Jeunesses communistes en août 1927 et au Parti français en mai 1928. Le 24 mars 1929, elle fut arrêtée lors de la conférence de la région parisienne du Parti communiste tenue à la salle Reflut de Clichy (Seine, Hauts-de-Seine), à laquelle elle participait en qualité de déléguée de cellule de rue, à la suite d’une bagarre opposant des militants du PC à des agents de la force publique. Le lendemain, un arrêté d’expulsion lui fut notifié ; elle quitta alors Paris, mais fut arrêtée en Lorraine et condamnée le 22 décembre 1931 à vingt jours d’incarcération par le tribunal de Briey, pour infraction à un arrêté d’expulsion. Reconduite à la frontière, elle gagna la Belgique, où dès son arrivée, elle milita activement au Parti communiste belge, plus particulièrement dans les rangs de sa section féminine et dans ses organisations de masses sympathisantes. En raison de cette activité politique, une décision d’expulsion fut prise à son encontre en mars 1931 ; arrêtée en juin, elle fut reconduite à la frontière.

Elle revint alors en France et pour éviter une nouvelle mesure d’expulsion, contracta, en août 1931, dans le but d’obtenir sa naturalisation, un mariage blanc avec Henri Chassaing, militant communiste français, membre du 2e rayon de la région parisienne du PCF, futur responsable de la MOI au sein de la direction régionale du Parti communiste. Après avoir habité pendant quelques mois chez Marguerite Chapon, militante communiste, élue conseillère municipale de Villejuif lors des élections invalidées du 3 mai 1925 sur la liste du Bloc Ouvrier et Paysan, elle vécut à Nancy (Meurthe-et-Moselle) dans un garni rue Sainte Catherine de janvier 1932 à mars 1933, d’abord seule, puis maritalement avec le militant Raymond Vincent, gérant du journal communiste La Lorraine ouvrière et paysanne. En février 1932, il lui fut infligé un blâme par la Commission de contrôle politique du PCF, sans que la raison exacte ne lui fût clairement précisée.

Ouvrière en chaussures, Tauba dite Tania, dite Jeanne se livra à une active propagande auprès de la main-d’œuvre étrangère polonaise en Lorraine. Considérée par la police comme chargée de contrôler le travail des dirigeants du Parti en Meurthe-et-Moselle et de donner un nouvel essor à la propagande subversive, elle se fit remarquer aussi à la tête de toutes les manifestations et dans de nombreuses réunions, où elle prit la parole, en faveur du Congrès d’Amsterdam contre la guerre. En septembre 1932, elle fut surprise également à distribuer des tracts du Comité nancéien d’initiative pour la lutte contre la guerre impérialiste. Elle recevait aussi à son domicile un grand nombre de journaux étrangers interdits qu’elle faisait distribuer aux travailleurs immigrés par la communiste polonaise, Freida Strykowska. Ensemble ces deux militantes se rendaient dans les centres ouvriers de Varangéville, Saint-Nicolas-de-Port et Dombasle. En avril 1932, le préfet de Meurthe-et-Moselle demanda au ministre de la Justice d’engager contre elle devant le Tribunal de Nancy une procédure en déchéance de nationalité, en raison de son activité politique. Suite à l’ouverture d’une commission rogatoire ordonnée par la même juridiction pour « provocations de militaires à la désobéissance dans un but de propagande anarchiste », deux perquisitions furent menées à son domicile. Au cours de la première, en juin 1932, divers documents furent saisis dont un tract intitulé « la mobilisation contre la guerre n’est pas la Paix », se terminant par le slogan « Si vous voulez la paix, préparez la guerre civile » ainsi qu’une note relative à l’école d’agitation et de propagande communiste de Nancy, mentionnant qu’un cours y était donné par ses soins. Au cours de la seconde, en décembre 1932, fut découvert un seul tract intitulé « Soldats et Marins. Amnistie pour vos Frères. »

Revenue à Paris, elle logea dans un garni, rue Nollet (XVIIe arr.), où elle travailla à domicile comme mécanicienne en chaussures jusqu’en juin 1934. Une nouvelle perquisition fut opérée alors à son domicile et entraîna la découverte de notes relatives à l’agitation communiste, de tracts antimilitaristes, de journaux interdits et établit également ses relations avec un militant considéré par la police comme dangereux au point de vue national. Suite à cette affaire, elle fit à nouveau l’objet, en novembre de la même année, d’une action en déchéance de nationalité à la demande du ministère de l’Intérieur pour « un mariage blanc contracté en vue de couvrir son activité politique en France », notamment au sein du Secours rouge international et du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme. Par jugement de la première chambre du tribunal civil de première instance du département de la Seine du 19 juin 1935, l’action en déchéance fut rejetée. Cependant, les services du ministère de l’Intérieur demandèrent au préfet de police de continuer d’exercer une surveillance étroite à son égard. Elle fut ouvrière sur machines à l’usine Hispano-Suiza, d’avril 1935 à mars 1937, date de son départ pour l’Espagne, où elle fit partie de l’état-major des Brigades internationales à Albacete jusqu’en février 1938, en tant que responsable de la rédaction du journal Le Volontaire de la Liberté. De retour à Paris, demeurant Bd Brune dans le XIVe arr., elle se fit embaucher de nouveau, dès avril 1938, à l’usine Hispano-Suiza, où elle se livra à une intense activité politique. En décembre 1939, elle fut dénoncée par lettre anonyme pour propagande communiste et quitta cette entreprise en février 1940.

Considérée par les services de police comme une « communiste notoire, personnage suspect et dangereux », elle fut arrêtée le 27 juin 1941 par des inspecteurs de la préfecture et incarcérée à la prison de la Petite Roquette, comme internée administrative. Le 16 septembre de la même année, elle fut transférée au centre de séjour surveillé de Châteaubriant, suite à sa fermeture, au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise) le 12 mai 1942, puis au Camp de Gaillon et enfin au Centre d’internement administratif de La Lande à Monts (Indre-et-Loire). C’est là qu’elle fut avisée que la nationalité française lui avait été retirée par un décret en date du 1er novembre 1940. Transférée à Drancy le 20 décembre 1943, elle fut déportée à Auschwitz le 20 janvier 1944, puis à Ravensbrück.

De retour des camps, rapatriée en France le 22 mai 1945, elle recouvrit la nationalité française, par disposition de l’ordonnance du 24 mai 1944. Directrice de la Commission Centrale de l’Enfance de l’UJRE, à la tête de son foyer de Montreuil-sous-Bois, puis de celui d’Arcueil accueillant des orphelins, elle consacra son action à l’enfance juive. Elle l’a poursuivie en devenant trésorière de l’association médico-pédagogique « La Forge » de Fontenay-aux-Roses. Divorcée d’Henri Chassaing par jugement de divorce rendu le 14 octobre 1948 (tribunal de 1° instance de Bordeaux), elle obtint la francisation de son nom en Osbert Thérèse par décret du 7 mars 1968. Demeurant à Paris (XVe arr.), rue Gustave Larroumet, elle décéda le 19 août 1975 à Villejuif.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19564, notice CHASSAING Thérèse [née BERKOVITCH OSSIPOVITCH Tauba, dite Thérèse]. OSBERT Thérèse, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 septembre 2018.

SOURCES : Arch. Nat. F7 13119, 19940437 art. 205 dos. n° 18960 Chassaing Henri, 19940466 art. 70 dos. n° 5623. — Natural. BB__ 3442 X 32. — Arch. PPo. Gª B16. — R. Francotte, Une Vie de militant communiste, Le Pavillon, 1973, p. 155. — Notes de Sarah Rozenberg.

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