JALABERT Lucien, Aimé

Par André Balent, Jean-Louis Ponnavoy

Né le 24 novembre 1921 à Salindres (Gard), exécuté sommairement par les Waffen SS français de la 8e compagnie de la division Brandenburg le 10 juin 1944 à Servas (Gard) ; ouvrier ajusteur à l’usine AFC ; résistant de l’AS (armée secrète), de ses groupes francs de la région d’Alès (Gard), du maquis Feu de Saint-Ambroix (Gard) et de l’Aire-de-Côte (commune de Bassurels, Lozère).

Lucien Jalabert était le fils d’Aimé, Victor et de Emma, Léa Combes. Il était célibataire et demeurait chez ses parents, au Saut-du-Loup à Salindres (Gard). Il entra le 17 septembre 1938 à l’usine salindroise Alais-Froges-Camargue (AFC), comme ajusteur à la forge.
En février 1942, il partit avec son ami Francis Roche, au groupement n° 19 des Chantiers de jeunesse implanté à Aguessac (Aveyron) et dont une antenne se trouvait à Meyrueis (Lozère), localité située dans la partie supérieure des gorges de la Jonte, entre le massif de l’Aigoual et le causse Noir au sud et le causse Méjean au nord. En 1943, ils revinrent travailler à l’usine. À Salindres, Jalabert intégra le groupe de l’AS dirigé par un cheminot d’Alès Marcel Pantel et qui regroupait aussi des membres du personnel de l’usine AFC. Tout naturellement, avec des jeunes dont il était proche (Louis Boutonnet, alias « Hidalgo » et Francis Roche), Jalabert intégra le groupe franc (AS) de la région d’Alès dirigé par Alban Bernat puis par Marcel Pantel et René Pagès. Il participa avec, entre autres, Jean Todorow « le Serbe », Francis Roche et d’Amico à plusieurs actions de « récupération » de carnets et tickets d’alimentation dans des mairies de la région d’Alès ainsi que de cachets et tampons officiels utilisés ensuite par les groupes de Résistance pour fabriquer des faux papiers pour les réfractaires cachés dans les maquis cévenols. Avec Pantel et les cheminots alésiens, il participa au sabotage d’installations ferroviaires. Enfin, en contact avec René Rascalon de l’AS de Nîmes, il fut impliqué dans des taches de liaison avec les maquis des Cévennes destinés à regrouper les réfractaires du STO. Réfractaire lui-même, Jalabert finit par prendre le maquis avec ses amis Louis Boutonnet et Francis Roche.

Ils gagnèrent d’abord le maquis Feu (AS) de Saint-Ambroix (Gard) formé par un commerçant en grains né en 1902, Marcel Chante. Ce maquis qui, dès 1943, accueillait des réfractaires au STO devait être démantelé le 6 mars 1944. Ses membres furent progressivement dirigés vers d’autres maquis comme celui de l’Aire-de-Côte. Le 20 juin 1943, ils rejoignirent le maquis de l’AS (Armée secrète) dans la forêt domaniale de l’Aire-de-Côte située dans le territoire de la commune de Bassurels (Lozère). Ce maquis créé par le plombier René Rascalon regroupait essentiellement des jeunes réfractaires au STO, pour la plupart du Gard, de l’Hérault et de la Lozère. Il était installé à ce moment-là à la baraque du Bidil (1170 m d’altitude) que les maquisards nommaient « la baraque » ou « l’isba ». Elle se trouvait à 2500 m de la maison forestière de l’Aire-de-Côte (1085 m) qui avec la complicité du garde et de sa famille facilitait les contacts entre des maquisards très isolés et encore mal armés et l’extérieur. René Rascalon était aidé dans sa logistique par des cadres de Combat (puis des MUR) et de l’AS Jules Ozil responsable de l’AS du canton de Saint-André-de-Valborgne (Gard), et Marceau Lapierre qui exerçait les mêmes responsabilités à Saint-Jean-du-Gard (Gard).

Jalabert prit le pseudonyme de "Jeannot". Avec son ami Roche, ils devinrent agents de liaison entre les différents maquis et s’occupèrent du ravitaillement.
Le maquis fut dénoncé par le Belge Victor Charles alias « Paulus » (né en 1900) un maquisard qui avait séjourné au Bidil et s’était mis au service des Allemands. Guidé par « Paulus », le maquis fut attaqué par l’ennemi le soir du 1er juillet 1943, à 23 heures. Il y eut 7 tués, 39 prisonniers qui furent déportés en Allemagne et 3 disparus : Lucien Jalabert, Francis Roche et Louis Boutonnet.

En fait Lucien et Francis avaient rejoint le maquis qui fusionna alors avec le maquis Lassalle puis le 12 juillet avec le maquis d’Ardaillers pour former le maquis "Aigoual Cévennes" qui s’installa ensuite au Collet-de-Dèze (Lozère), au hameau Rivière et fit partie des Forces françaises de l’Intérieur (FFI). Le maquis Aigoual-Cévennes commandé par René Rasaclon ne reconnut jamais le commandement départemental FFI du Gard créé tardivement le 24 juillet.

À la suite d’une dénonciation, Lucien Jalabert fut attiré dans un guet-apens et arrêté par des Waffen SS le 31 mai 1944 (ou le 2 juin selon les sources) à La Rivière (aujourd’hui Saint-Michel-de-Dèze), au retour d’une visite à une amie. Interné au Fort Vauban, à Alès, il fut interrogé et torturé par les Waffen SS puis exécuté d’une balle dans la nuque le 10 juin et précipité ensuite dans le fond du puits de Célas. Le 12 septembre 1944, trente-et-un corps déchiquetés dont celui de Lucien Jalabert, de deux résistantes allemandes et de deux miliciens furent retrouvés dans le fond du puits de mine de Celas, à Servas (Gard), baignant dans l’eau.
Lucien Jalabert fut identifié le 15 septembre 1944. Le 18 septembre 1944, 25000 personnes participèrent à Alès aux obsèques solennelles rendues aux martyrs du Puits de Celas. Son décès fut confirmé par jugement du Tribunal civil de Première instance d’Alès le 16 mars 1945 et transcrit à la mairie de Servas le 25 mars 1945.
Il est inhumé au cimetière communal, à Salindres (Gard). Il obtint la mention "Mort pour la France" le 9 juin 1947 ainsi que le grade de chevalier de la Légion d’honneur et la Croix de guerre et fut homologué comme lieutenant FFI à titre posthume.
Son nom figure sur le monument commémoratif du Puits de Celas, à Servas, sur le monument aux morts de l’usine de Salindres, rue Henri-Merle et sur le monument aux morts, à Salindres (Gard).

Voir Servas, Puits de Célas (9, 10, 27 juin 1944 ; 11, 12 juillet 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article195795, notice JALABERT Lucien, Aimé par André Balent, Jean-Louis Ponnavoy, version mise en ligne le 4 octobre 2017, dernière modification le 5 juillet 2020.

Par André Balent, Jean-Louis Ponnavoy

SOURCES : dossier AVCC 21P 465 162. — Claude Émerique, Laurent Pichon, Fabrice Sugier, Monique Vézilier, La Résistance dans le Gard, Paris, Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), 2009, CDROM avec un livret de présentation, 36 p. [en particulier plusieurs notices de Fabrice Sugier]. — Fabrice Sugier, Monique Vézilier, Le Gard dans la guerre 1939-1945, préface de Jean-Marie Guillon, Clermont-Ferrand, De Borée, 2017, 452 p. — Aimé Vielzeuf, On les appelait les « bandits », préface d’André Chamson de l’Académie française, 2e édition, Nîmes, 2002, 383 p. [« La tragédie d’Aire-de-Côte », pp. 13-85]. — Sites Internet (consultés par Jean-Louis Ponnavoy) : Le Puits de Celas, aréhis ; Mémorial GenWeb ; Sites Internet de la mairie de Bouquet, 1944 : maquis de la Résistance à Bouquet, et charnier de Célas ; site Salindres bien-aimé ; Musée de la Résistance en ligne. — Article de journal, Le Midi Libre, 2014.— État civil.

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