WEISSBERG Samuel Nicolas dit Gilbert

Par Daniel Grason

Né le 28 avril 1912 à Zastawna en Bessarabie (Roumanie), mort début janvier 1985 ; communiste ; membre du premier triangle de direction du 2ème détachement Juif des FTP-MOI ; résistant.

Ex-étudiant en chimie, Samuel Weissberg quitta la Roumanie en 1938 pour échapper à la répression du gouvernement roumain. Il se réfugia en France, après la déclaration de la guerre en septembre 1939, il s’engagea dans l’armée française, l’entraînement se déroula au camp de Barcarès dans les Pyrénées-Orientales, lieu occupé précédemment par les internés espagnols. Le lieu était sinistre, la tramontane soufflait, le baraques étaient infestées de puces.
Démobilisé en 1940, il rejoignit Paris, milita dans la section juive. Fut-il marié à Genendel Wajsbrot de nationalité polonaise ? Celle-ci était également résistante de la Main d’Œuvre immigrée, lors de son arrestation deux cartes étaient saisies, une d’alimentation et de textiles au nom de Samuel Weissberg. Déportée à Auschwitz, rentrée, elle a été homologuée ainsi : « Wajsbrot épouse Goldsztajn Genendel ex Weissberg » au titre de la Résistance intérieure française et Déportée internée résistante.
Début 1942, après avoir dirigé un groupe de lutte armée de la jeunesse juive, Samuel Weissberg devint le responsable technique du 2ème détachement des FTP-MOI composé de juifs. Un ancien de l’armée républicaine espagnole, lui apprit à fabriquer des bombes à retardement. Il loua un modeste logement au troisième étage du 223 rue Saint-Charles à Paris (XVe arr.) où vivaient des ouvriers qui travaillaient aux usines Citroën toutes proches. Le 3 décembre 1942, il avait reçu ordre de fabriquer deux bombes à retardement. Insuffisamment expérimenté, pressé par le délai à respecter, à 16 heures ce fut la catastrophe, une première explosion brûla ses vêtements, sa chevelure, une deuxième explosion le projeta contre un mur qui s’écroula sous l’effet de la déflagration. Samuel Weissberg fit preuve de courage et de sang-froid, il s’élança dans l’escalier, la rue était pleine de monde et lui portait des vêtements en loques fumantes, ses mains étaient brûlées. Impossible de se montrer en cet état… et la police allait arriver.
Il remonta à son logement, prit un manteau épargné par les flammes, récupéra deux pistolets cachés dans un placard. Il redescendit, sortit dans la rue manteau sur la tête, se faufila, traversa la foule. Il emprunta une rue transversale, longea une rue déserte, passa devant une petite boutique où la vendeuse lui jeta un regard inquiet, les yeux écarquillés. Il s’adressa à elle : « Madame, je suis un patriote ; il m’est arrivé un accident. Pourriez-vous me garder ici une heure ou deux ? »
Silencieuse, elle accepta, il entra dans l’arrière-boutique. Son visage était enflé, la fièvre gagnait son corps. La vendeuse lui pansa le visage. Le temps passait. Six heures après l’explosion, il décida de se rendre dans un logement. Des camarades prévinrent le docteur Léon Chertok du Mouvement national contre le racisme (MNCR), il le soignera dans une clinique, une militante FTP-MOI Hélène Kro couturière lui prodigua veilla sur sa santé pendant trois mois dans un autre lieu.
Gilbert Weissberg reprit quelques temps son activité au sein du 2ème détachement, puis il fut muté dans le département du Nord, puis dans le Pas-de-Calais. En 1944 il a été interrégional FTP-MOI du Nord.
Après la guerre, il resta en France, milita au Parti communiste. Il présida l’Amicale juive des anciens résistants qui organisait notamment chaque année l’anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article195818, notice WEISSBERG Samuel Nicolas dit Gilbert par Daniel Grason, version mise en ligne le 3 octobre 2017, dernière modification le 19 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Bureau Résistance GR 16 P 602235. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. – L’Humanité, 4 janvier 1985.

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