BURSTIN Osias

Par Bernard Reviriego, Corinne Bouillot, Dominique Tantin

Né le 24 mars 1893 à Rawa-Ruska (Empire austro-hongrois, Pologne, Ukraine), massacré le 27 mars 1944 à Sainte-Marie-de-Chignac (Dordogne) ; victime civile d’origine juive.

Osias Burstin (recadré). Coll. et copyright Annie Mimran
Osias Burstin (recadré). Coll. et copyright Annie Mimran

Osias Samuel, fils de Pinkas Burstin et Feige Halberthal, passe son enfance à Brody en Galicie, rattachée à l’époque à l’Autriche-Hongrie. Il fait la Première Guerre mondiale sous l’uniforme austro-hongrois. En 1922, il épouse à Vienne Anna Blanfeld, née à Bzrezany le 15 août 1898. Osias s’installe en 1923 à Rouen, où il est rejoint l’année suivante par son épouse. Polonais à leur arrivée en France, ils obtiennent la nationalité française en 1929. Ils ont deux filles, Clara née le 19 août 1923 à Vienne (Autriche) et Ginette née le 20 avril 1926 à Mont-Saint-Aignan (Seine-Inférieure). D’abord commis-visiteur pour la Compagnie Française des Métaux à Déville-lès-Rouen, Osias est ensuite marchand ambulant, puis il exploite à partir de 1936 un commerce de vêtements dans les halles d’un marché rouennais. La famille habite 43 rue Victor Hugo à Rouen.
Fin mai 1940, Osias se réfugie à Limoges, en zone non occupée, où il continue à exercer sa profession de commerçant. Il semble avoir fait partie d’un réseau de résistants polonais du mouvement POWN. Son épouse et sa fille aînée restent à Rouen, mais Ginette, la cadette, rejoint son père en 1942 à Limoges, où ils résident 5 place de la Motte. Le 15 janvier 1943, Osias et sa fille font inscrire la mention « Juif/Juive » sur leur carte d’identité. En zone dite libre puis zone sud, les Juifs ont été recensés en application d’une loi de Vichy du 2 juin 1941, le jour même de la promulgation du second Statut des Juifs ; un recensement spécifique des Juifs étrangers intervient en janvier 1942 ; enfin, une loi de Vichy du 11 décembre 1942 impose en zone sud la mention « Juif » sur la carte d’alimentation et sur la carte d’identité des Juifs français et étrangers.
Anna et Clara Burstin sont arrêtées à Rouen lors de la rafle du 15 au 16 janvier 1943 et déportées par le convoi no 48 du 13 février 1943 à Auschwitz-Birkenau, où elles sont assassinées. Osias est arrêté le 21 mars 1944 à Limoges, place Denis Dussoubs. Ginette est arrêtée le même jour que son père suite à la perquisition de leur domicile par la Gestapo. Incarcérée comme lui à la prison de Limoges, elle est transférée à Drancy et déportée par le convoi no 71 du 13 avril 1944 à Auschwitz, où, seule survivante de sa famille, elle est libérée le 27 janvier 1945.
De la prison de Limoges, Osias est amené avec 24 autres personnes, pour la plupart des Juifs et des résistants, à Sainte-Marie-de-Chignac en Dordogne, où il est exécuté le 27 mars 1944 par un détachement de la division Brehmer. Du 26 mars au 2 avril 1944, la division Brehmer, ou division B de l’initiale du patronyme de son chef, le général Brehmer, traverse le département de la Dordogne, accompagnée par des éléments de la Sipo-SD et de la Brigade nord-africaine. Bénéficiant de renseignements collectés par des délateurs, collaborationnistes ou non, et par l’administration de Vichy, elle traque les maquisards et massacre des civils en représailles dans le cadre d’opérations de répression. Elle conduit aussi une politique génocidaire à l’encontre des nombreux Juifs réfugiés dans le département. Les hommes sont abattus parce que juifs tandis que bien souvent, les femmes et les enfants sont arrêtés, transférés à Drancy puis déportés vers les centres de mise à mort, Auschwitz-Birkenau principalement.
L’état civil de décès indique que lors de son exécution, Osias Burstin portait sur lui une ordonnance d’une pharmacie de Limoges, qui a permis de l’identifier.
Son nom figure sur la stèle des « Rivières Basses » à Sainte-Marie-de-Chignac.



Voir Sainte-Marie-de-Chignac, 27 mars et 1er avril 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196071, notice BURSTIN Osias par Bernard Reviriego, Corinne Bouillot, Dominique Tantin, version mise en ligne le 11 octobre 2017, dernière modification le 4 mars 2021.

Par Bernard Reviriego, Corinne Bouillot, Dominique Tantin

Osias Burstin (recadré). Coll. et copyright Annie Mimran
Osias Burstin (recadré). Coll. et copyright Annie Mimran

SOURCES : Arch. dép. Dordogne, 1573W6 ; Registre d’état civil de Sainte-Marie-de-Chignac. – Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, 1939-1944. De l’accueil à la persécution, Périgueux, Éditions Fanlac-Archives départementales de la Dordogne, 2003, p. 240-242, 305. – Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 401. – Anacr Dordogne, Mémorial de la Résistance en Dordogne… Sous la terreur nazie, Périgueux, Copédit, 1985, p. 195. – Corinne Bouillot, « La famille Burstin de Rouen, victime de la Shoah : méthodes et résultats d’une recherche documentaire », dans L’Atelier des Savoirs, 7.11.2020, https://eriac.hypotheses.org/1688. – Arch. dép. Seine-Maritime, 3352W2. – Arch. dép. Haute-Vienne, 985W469, 993W224, 986W540, 646W187 (avec nos remerciements à Bernard Pommaret pour la transmission des documents concernant Osias et Ginette Burstin). – Service historique de la Défense, DAVCC, AC21P431978, AC21P431976, AC21P719928. – CDJC, CCXV43-44-46, LVII17-69. – Archives privées Annie Mimran.

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