CHATON Robert

Par Claude Pennetier

Né le 21 septembre 1912 à Paris (XIVe arr.), mort le 7 janvier 1998 à Bourges (Cher) ; instituteur ; militant syndicaliste du SNI et communiste dans le Cher ; secrétaire de la section communiste de Bourges.

Fils d’une couturière, Robert Chaton reçut les premiers sacrements catholiques et passa son enfance à La Borne (commune d’Henrichemont, Cher), haut-lieu de la poterie artisanale. Très attaché à ce lieu, il lui consacra un livre en 1977. Élève de l’école primaire supérieure de Bourges, il entra à l’École normale d’instituteurs de Bourges (1928-1931).

Joueur de football, il militait à l’Union générale des étudiants de l’enseignement (UGEE), de tendance communiste, comme une dizaine d’autres instituteurs. Il fut délégué au congrès national de 1929, où il fit la connaissance de Georges Cogniot et Léon Vernochet. Le groupe UGEE composé d’une dizaine d’adhérents menait une active propagande en faveur des idées révolutionnaires et contre la préparation militaire. Il permit au Parti communiste du Cher de recruter, dans les années 1930 quelques jeunes instituteurs ; depuis l’exclusion de Maurice Boin il n’y avait en effet plus de militants communistes enseignants.

En 1932, Chaton fut nommé instituteur au Noyer ; il encadra pendant l’été 1932 la colonie de vacances du Secours rouge international à l’île de Ré. Syndiqué à la Fédération unitaire de l’enseignement, il appartenait à la tendance communiste (MOR). Sans être membre du Parti communiste, aucune organisation n’existant au Noyer et dans les environs, il participa à la campagne électorale de Georges Fouilloux, candidat communiste de la circonscription de Sancerre en mai 1932. Élu secrétaire du Syndicat unitaire de l’enseignement du Cher en 1932-1933, il fut délégué au congrès de Reims. Robert Chaton dut effectuer son service militaire, et abandonner son poste en octobre 1933. Raymond Goreau, alors pivertiste (voir Marceau Pivert), lui succéda.

Revenu en octobre 1934, il participa à la fusion avec le Syndicat national des instituteurs, réalisée à titre provisoire dans le Cher. Chaton garda des liens avec la Fédération unitaire de l’enseignement et prit part au congrès d’Angers en 1935. Cette même année, il adhéra au Parti communiste à Bué (Cher) où se trouvaient deux militants rattachés à la cellule de Sancerre. Il écrivit dans une autobiographie de 1937 : « J’étais depuis longtemps d’opinion communiste, mais il n’y avait pas de cellule dans le village où j’exerçais. D’autre part avant mon service militaire (1933) je ne partageais pas entièrement la position du PC. ».

Il se maria civilement en mars 1935 à Henrichemont (Cher) avec une institutrice communiste, née Édith Legendre, fille d’un maçon, responsable locale d’un Comité de femmes contre la guerre. Leur fils ne reçut aucun sacrement religieux. Chaton assurait le secrétariat de la Jeunesse communiste pour le Sancerrois en 1936. Membre du comité fédéral communiste en 1937, il dirigeait la section de La Chapelle d’Angillon et fut délégué au congrès d’Arles (décembre 1937). La Fédération le présenta aux élections cantonales d’octobre 1937. Après la rédaction de son autobiographie en juillet 1937, la commission des cadres releva qu’il qualifiait les trotskystes de « camarades » [la règle était de les traiter en ennemi du mouvement ouvrier] et le classa "B", sur une échelle A-B-C ("ne pas lui confier de responsabilité").

Robert Chaton était le secrétaire du comité local de Paix et Liberté.

Mobilisé en septembre 1939, fait prisonnier (stalag VI A en Westphalie), il revint en France en mai 1945.

Robert Chaton enseigna alors à Asnières-les-Bourges, puis à Bourges où il dirigea l’école Marcel Plaisant de 1960 à sa retraite en 1968. À partir de 1946, membre du conseil syndical du SNI, il dirigea la tendance « cégétiste » jusqu’à sa retraite.

Membre du comité de l’association des prisonniers de guerre depuis 1945, Chaton avait des rapports avec des adversaires supposés du Parti communiste, ce qui lui valut certaines critiques émanant de militants communistes.

Membre du comité de la section communiste de Bourges-Est, Chaton en assura le secrétariat jusqu’en 1954 où il ne fut plus que membre du bureau de section. Il en redevint le secrétaire en 1960 pour quatre ans avant de ne siéger qu’au comité de section. Élu conseiller municipal de Bourges en 1947, il le resta jusqu’en 1959.

Robert Chaton fut élu au comité de la fédération communiste de 1948 à 1950. Lors de la conférence fédérale de 1950, il ne fut pas réélu. Selon le rapport d’Henri Lozeray, lors de la réunion du comité fédéral, le 10 juillet 1949, il affirma son désaccord avec un article de l’Humanité, le 2 juin 1949, condamnant une circulaire de Daniel Mayer qui retirait les allocations familiales pour non-fréquentation scolaire, ce qui était la position du SNI, se distinguant alors de la CGT et du PCF. Chaton et Laurent Bilbeau affirmèrent qu’ils pouvaient en tant que dirigeants syndicalistes ne pas tenir compte des positions de leur parti. L’année suivante, lors de la commission politique, il n’exposa pas son désaccord. Questionné par le représentant du comité central, Hubert Ruffe, il soutint à nouveau, selon le rapport de ce dernier, qu’« il avait le droit de se désolidariser avec les points de la politique du Parti qu’il n’approuvait pas. » Aussi Ruffe demanda-t-il de ne pas le réélire au comité fédéral. Autre conséquence, bien que proposé par la fédération, il ne faut pas admis à suivre le stage pour instituteurs communistes en septembre 1952.

Revenu au comité fédéral en 1953, Robert Chaton risqua, le 5 juin 1955, lors de la conférence fédérale, ne pas être réélu. Dans son intervention, il avait estimé « que la campagne pour la paix est trop orientée vers les personnalités au détriment du travail à la base », selon le rapport de Georges Gosnat qui, malgré « une déformation petite-bourgeoise », ne fit pas opposition à cette nomination. Léon Feix, qui participait à la réunion du comité fédéral, le 12 octobre 1958, nota à nouveau des critiques de Chaton sur les analyses du PCF. Il aurait insisté sur « des phénomènes de décomposition de la classe ouvrière : ventes à crédit, corruption, alcoolisme », sur les conséquences de l’affaire hongroise et mis en doute le soutien à l’indépendance de l’Algérie « puisque les Français n’en sont pas partisans ». De plus il serait parti avant que Léon Feix prenne la parole. Aussi, bien que proposé en 1959, pour faire partie du bureau fédéral, cette éventualité ne fut-elle pas retenue. Au comité fédéral, à partir de 1969, il faisait partie de la commission de l’enseignement et de la culture. Il représentait le PCF au conseil d’administration de la Maison de la culture de Bourges. Il ne fut pas proposé au comité fédéral en 1974 pour raisons de santé.

Dans une note au secrétariat du Parti communiste, après la conférence fédérale au 14 avril 1970, le secrétaire fédéral déclara que Robert Chaton « avait désapprouvé la position du Parti contre l’intervention ». À la fin de l’été 1968, il développa des réserves vis-à-vis de la position du PCF sur la Tchécoslovaquie. Dans une lettre à la direction, il se demandait quelle était la signification de « la liberté de la presse et de la liberté de l’information en régime socialiste ». Revenant sur les questions de sécurité, il indiquait « que les soviétiques aient eu peur, peut-on le leur reprocher ? Ils ont payé suffisamment ». Aussi demandait-il au PCF de revoir et approfondir ses analyses. Dans l’immédiat, « il importe d’appuyer tout effort vers un retour à une situation normale ».

Robert Chaton avait été candidat aux élections législatives de 1958 (sur 61164 inscrits, 12779 voix puis 16584 voix au deuxième tour) et de 1968 (première circonscription de Bourges, sur 64721 inscrits, 14734 voix). Il conduisait la liste communiste aux élections municipales de 1971.

Cet historien local, membre actif de la Société d’histoire du Cher, présenta une communication « Bourges-nord : ville neuve » au congrès de la fédération des Sociétés savantes du centre de la France (mai 1989) et fut l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à La Borne et à Bourges.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19623, notice CHATON Robert par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 août 2021.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : En collaboration avec Henri Talbot : La Borne et ses potiers : un village pas comme les autres, La Charité-sur-Loire, Éditions Delayance, 1977. — En collaboration photographique avec Gérard Frat : Marais et moulins de Bourges, Un Berruyer à Bourges, 1991.

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3655. — Arch. Mun. Bourges (Melle Laurant). — Archives du comité national du PCF. — RGASPI, 495/270/4483, autobiographie juillet 1937, 517/1/1863, 1891, 1908. — Témoignages de l’intéressé. — Notes de Jacques Girault.

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