BACICURINSCHI Liuba [née SOCHE]

Par Daniel Grason

Né le 7 février 1909 à Tighina, puis Bender (Roumanie, Moldavie), morte en 1943 à Auschwitz (Pologne) ; couturière ; militante de la Main-d’œuvre immigrée.

Fille de Mathus et de Péça, Liuba Soche épousa Aron Bacicurinschi, le couple vivait 6 rue Lebel à Vincennes (Seine, Val-de-Marne). Elle exerçait le métier de couturière à domicile, son mari Aron était médecin. Le gouvernement de Vichy, promulgua le 3 octobre 1940, un statut des juifs, qu’il aggrava le 2 juin 1941. Une ordonnance allemande du 29 mai 1942 était rendue publique le 1er juin, à compter du dimanche 7 juin 1942 le port de l’étoile jaune était rendue obligatoire.
Le couple redoubla de précautions, et alla vivre au 41 rue Broca dans le XIIIe arrondissement dans le logement qui était loué par Louis Salvetat, cuisinier, un ami de la famille. Le 2 juillet 1943 vers 21 heures 30 elle se présenta au domicile de sa belle-sœur Liuba Bacicurinschi 28 rue du Marché à Vincennes (Seine, Val-de-Marne), trois inspecteurs de la BS2 étaient en surveillance. Son mari Aron y avait été interpellé en début de soirée.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, fouillée, elle portait sur elle un récépissé de carte d’identité. Au logement du 41 rue Broca les policiers saisissaient : une fausse carte d’identité française au nom de Marmoz née Negru le 2 janvier 1910 à Ploesti (Roumanie) portant le cachet de la ville de Chaville (Seine, Hauts-de-Seine) le 11 octobre 1941, ainsi que quatre carte de textiles à divers noms et adresses de province et un tract édité par le Parti communiste clandestin. Elle soutint qu’elle ne s’était jamais occupée de politique.
Interrogée dans les locaux des Brigades spéciales, battue, elle déclara avoir déchiré sa carte d’identité portant la mention « Juif », sa belle-sœur lui avait procuré la fausse carte d’identité au nom de Marmoz qu’elle avait payée deux mille francs.
Quand les policiers lui dirent que des tracts communistes avaient été découverts au domicile de sa belle-sœur, elle fit l’étonnée « Je dois vous dire que ni mon mari, ni moi ne voyions régulièrement Liuba. […] Elle ne m’a jamais parlé ni d’un nommé Pop, ni d’un dénommé « Jean ». Je ne les ai jamais vus, ni l’un ni l’autre. »
Internée au camp de Drancy, le 7 octobre 1943 Liuba Bacicurinschi était dans le convoi n° 60 d’un millier de déportés à destination d’Auschwitz (Pologne). Dès l’arrivée, quatre cent quatre-vingt-onze déportés hommes et femmes furent gazés, puis trois cent quarante hommes et cent soixante-neuf femmes ont été sélectionnés, puis gazés. Selon David Diamant, Liuba Bacicurinschi était enceinte, son mari Aron n’avait pas été sélectionné parce qu’il était médecin, il ne quitta pas son épouse et mourut avec elle dans la chambre à gaz.
Le 27 janvier 1945 les troupes Soviétiques libéraient le camp, trente-et-un déportés étaient vivants dont deux femmes déportés dans le convoi n° 60.
Louis Salvetat interpellé le 1er juillet 1943, avait été relaxé après quatorze jours de détention témoigna devant la commission d’épuration de la police : « Conduit à la Préfecture de police salle 25. Je n’ai pas fait l’objet de mauvais traitements. Par contre, j’ai vu l’inspecteur Boisvieux gifler et frapper violemment une femme, madame Bacicurinschi. […] L’inspecteur Boisvieux m’a demandé les clefs de mon logement. Je les lui ai remises. En compagnie de son collègue R…, ils sont allés perquisitionner à nouveau en compagnie de [Aron] Bacicurinschi […] Á mon retour chez moi, j’ai constaté la disparition d’un rasoir à main, d’un stylo, trois pièces d’or de vingt francs, deux écus de cinq francs en argent, une pièce suisse de trois francs en argent, une pièce suisse de trois francs en argent et une pièce de dix francs français d’émission récente. Je porte plainte contre les inspecteurs qui ont procédé aux différentes perquisitions. »
Le nom de Liuba Bacicurinschi a été gravé sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah rue Geoffroy-l’Asnier à Paris (IVe arr.).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196389, notice BACICURINSCHI Liuba [née SOCHE] par Daniel Grason, version mise en ligne le 23 octobre 2017, dernière modification le 23 octobre 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2298, GB 130, carton 14 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juillet 1943, 77W 3112. – David Diamant, Combattants, héros & martyrs de la Résistance, Éd. Renouveau, 1984, et Par-delà les barbelés, Édité chez l’auteur, 1986. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans le Résistance, Fayard 1989. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Ếd. Romillat, 1992. – Site internet CDJC.

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